‹ Histoire de l'évangélisation des Lapons [microforme]Chapitre 27 sur 33 · Station d’Okak · texte numérisé non relu

Station d’Okak

A 150 milles au nord de Naïn se trouvait un licu nommé Okak, où l'infatigable Jens Haven se sentit pressé de fonder, en 1775, une seconde station. Environ 300 Esquimaux se réunirent pu à peu autour de lui, pour entendre la Parole t profiter de toutes ses instructions, et déjà, en 1778, il put en baptiser six qui furent bientôt suivis d'autres néophytes. Une école fut fondée pour les enfants ; l'Évangile put être annoncé chaque jour tant aux Esquim 8 à

ET h, qu'à ceux qui étaient venus de loin pour voir et entendre les étrangers : et, trois fois par semaine, les missionnaires réunissaient les nouveaux convertis autour de la Parole,

L'EVANGII E AU LABRADOR.

ct cherchaient à leur donner une connaissance plus approfondie de Ja voie du salut et en particulier de la sainte cène: Des relations suivies s’établirent entre Okak et Naïn. Le récit détaillé d'une de ces excursions Pourra donner à nos lecteurs quelque idée de ces contrées sauvages.

Deux traineaux Partirent de Naïn, au mois de Mars 1778, pour se rendre à Okak. Dans l'un se trouvaient les MisSionnaires Livhieh ot Turner, qui allaient voir Jens Haven; dans l'autre, deux Esquimaux ayant avec eux une femme et son enfant, Le temps était superbe, les chiens allaient bon train, et l'on espérait atteindre Okak en moins de trois jours, Pouréviter les aspérités montueuses de la côte, on cheminait assez en avant sur la mer profondément gelée: on rencontra bien quelques naturels qui eonscillèrent de regagner le bord , Mais le ciel était sans nuages, et lors que Pouväit-on redouter ? On glissait do sans peine Sur Cette plaine unie, quand tout à coup les Esquimaux s'aperçurent que l’Océan commencait à s'agiter sous sa prison de glace. Un Point noir parut à l'horizon ; on se dirigea en toute hâte vers le rivage, Des Craquements de plus en plus effrayants se firent entendre; la glace, quoique épaisse de douze pieds, se fendait de toutes parts, etles vagues, affranchies par les fissures, s'élancaient à

ine offres e hauteur, Queiquefois les lraineaux semblaient gravir une pente ardue ;

l'instant d'après ils étaient Précipités surleschiens

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avec une telle rapidité qu'ils les entrainaient. Cependant, lorsque ceux-ci parvenaient à reprendre leur place accoutumée, ils sautaient avec une grande célérité par-dessus les larges crevasses qui se trouvaicut sur leur passage, et, gräce à leur agilité, nos voyageurs s'approchèrent rapidement du rivage,

Mais là, de nouveaux perils les attendaient. La glace, qui, sous les ef'orts de la tempête, s'était détachée du bord, suivait tous les mouvements de la mer en tourmente, en sorte que l’on ne pouvait aborder qu'en saisissant à la volée l'instant où la plaine de glace, qui s'abaissait avec les vagues, se trouvait de niveau avec le terrain, Dieu voulait sauver les voyageurs, et ce passage périlleux se fit sans accident pour les deux traineaux, Mais à peine nos amis curent-ils touché la terre, qu'un éclat épouvantable vint subitement leur révéler le danger qu'ils avaient couru, Comment peindre le Spectacle qui s'oflrit alors à leurs regards? Cette immense étendue de glace qu'ils venaient à peine de quitter, s'était subitement brisée et avait disparu tout entière sous les vagues écumantes, mais Pour reparaître bientôt après sous la forme de blocs énormes qui, surgissant hors de l'Océan en furie, s’élançaient l'un contre l'autre et se brisaient avec

le fracas de nus plus far

Sous le poids d'une suinte stupeur, les frères contemplèrent quelques instants encore cette scène imposante; puis, upres avoir élevé avec recon-

naissance leur âne à Dieu, qui les avait si miraculeusement préservés, ils songèrent à s’abriter Pour la nuit,

En une denr-heure les Esquimaux eurent élevé une Sorte de maison, assez semblable à ce qu'ils nomment leurs maisons d'hiver, construites uniquement avec de la neige et de la glace. Dès qu'elle fut achevée, nos YoYageurs n’eurent rien de plus pressé que de s’y blottir du mieux qu'ils purent, Après avoir chanté un cantique, ils se livrèrent au sommeil, En proie à un violent mal de gorge, le frère Liebisch, qui se retournait en vain sur sa froide couche de neige sans pouvoir trouver le Sommeil, sentit tombe: sur ses lèvres quelques gouttes d'une eau à laquelle il reconnut avec surprise une saveur salée, ]] allait en prévenir ses ‘amarades, lorsqu'un bruit sourd et sinistre vint les réveiller en sursaut, Les Esquimaux comprirent aussitôt de quoi il s'agissait et de quel danger ils étaient menacés. Cette eau salée provenait des vagues de la mer qu'un furieux VUragan poussait jusqu'à eux. Ils se frayérent en toute hâte une issue en taillant une ouverture dans la muraille de glace qui avait servi à ies abriter; mais à peine s’étaient-ils enfuis et avaient-ils gagné une partie élevée du rivage, qu'une lame d’eau, se déroulant avec impétuosité de la mer en furie, balaya leur maison de dessus le sol, Ne pouvant en bâtirune nouvelle, ils durent se tapir du mieux qu’ils purent dans la neige pour

le reste de la nuit, et Le lendemain, la tempète continuant toujours à sévir, ils se construisirent une demeure plus solide et, cette fois-ci, à l'abri d’une seconde visite de l'Océan, La femme qui les accompagnait y travailla comme les autres. Elle s'acquitta de ce travail sans paraître aucunement gènée par son nourrisson qu'elle portait, selon la coutume du pays, sur ses épaules, couché dans une espèce de capuchoñ qui était attaché à son vêtement de dessus, De cetie manière, les bras de la mère restent libres, et elle ne quitte pas même son ouvrage pour allaiter son enfant, S'il crie ct demande sa nourriture, elle donne fort adroitement un petit coup d'épaule qui amène le capuchon avec sa précieuse charge sur la poitrine de la mère; et lorsque l’enfant ainsi placé à satisfait sa faim, un second mouvement, aussi bien calculé que le premier, le reporte sur ses épaules, C'est là qu'il passe les trois et même les quatre premières années de sa vic; Car, Jusqu'à cet âge, il ne peut supporter d'autre nourriture que le lait ï: Sa mère, vu que les aliments des Esquimaux sont trop grossiers pour lui. Cela est si vrai que, lorsqu'une femme meurt laissant un enfant à la mamelle, là pauvre petite créature la suit presque toujours au tombeau, Mais revenons à nos

voyageurs.

La tempête qui avait sévi avec tant de violence cessa enfin, mais elle avait emporté bien loin jusqu'au moindre glaçon, Une température d'une

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