‹ Histoire de l'évangélisation des Lapons [microforme]Chapitre 3 sur 33 · INTRODUCTION DU CHRISTIANISME PARMI LES LAPONS · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DU CHRISTIANISME PARMI LES LAPONS

Tandis que la lumiere de l'Évangile luisait depuis des siècles sur les autres contrées de l’Europe, les ténèbres du paganisme régnaient encore parmi les pauvres Lapons, presque séparés du reste de l'univers. Les efforts tentés avant le siècle dernier pour convertir ce peuple à la foi chrétienne, w'ont réussi qu'à aflaiblir le culte des faux dieux; aujourd’hui même, le paganisme n’est pas entièrement détruit. Mais avant de raconter les travaux évangéliques parmi les Lapons, il convient de faire connaitre leur ancienne religion.

Gomme presque tous les peuples privés de la révélation, les Lapons ont divinisé la nature; ils ont adoré e! servi la créature au lieu du Créateur. Le culte des démons, dont ils redoutaient la vengeance, formait une partie importante de leur rel ion. Cependant, l'idée d'un Dieu suprème ne leur était pas complétement étrangère; mais, ne pouvant saisir ni conserver cette idée dans sa spiritualité, ils se sont représenté cette divinité sous l'image la plus grossière. Le Lapen dressait au-

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pen

DES LAPONS. 15 tour de sa tente une table autour de laquelle il plantait des branches de bouleauavec leurs feuilles vertes, puis il plaçait dessus un plat grossier du mêmé bois : c'était son Dieu. 11 avait soin de lun offrir du lait et de lui sacrifier un renne à la fin de l'été, après avoir joui avec abondance du fruit de ses troupeaux.

Mais cette vague notion d’un Diet suprème n'a pas empêché ce peuple de transformer tous les objets de la nature en divinités : le soleil, la lune, le tonnerre, la tempête, le rocher de la montagne, sont autant de dieux pour lui. 11 existe pour le Lapon idolâtre un dieu de la vie et un dieu de Ia mort, un dieu de la fécondité et un dieu de 1n destruction; il croit aux dieux des rennes et des poules sauvages, comme à ceux des fleux es, de la montagne, des lacs et de la mer. 1l honore toutes ces divinités en leur immolant un renne et en plentant ses cornes dans le sol. Un village entouré d’une clôture de bois de rennes est un lieu sacré pour le païen lapon. Selon lui, les roch-rs, les cavités, les sommets élevés, les îles des lacs, sont la demeure de ses dieux, et c’est là surtout qu’il leur présente ses offrandes. Les deux principales divinités de ce peuple étaient Sarakka et Saiwo. On leur sacrifiait des chiens, surtout à Sarakka, en faveur des enfants malades ct des femmes enceintes, L'ancienne religion des Lapons ne conuaissait pas de sacerdoce spécial, Chaque père de

famille était prêtre et eélébrait le culte des dieux

I MISTOIRE DE L'ÉVANGELISATION

au Milieu des siens. En revanche, les sorciers et les devins, dont les principaux se nommaient noïdes, formaient une classe particulière et fort nombreuse, Ces enchante:rs, poussés par leur intérêt, multiplient partout les objets de terreur devant l'imagination du peuple ignorant; et en trompant les autres, ils finissent par se tromper cux-mêmes, D'ailleurs, n’est-ii pas naturel de penser que les démens qu'ils évoquent leur communiquent, tout en se jouant d’eux, un pouvoir et des connaissances qui rappellent les magiciens d'Égypte et la Pythonisse d'Hendor?

Nulle part les superstitions de toutes sortes n’avaient trouvé un terrain plus fécond que parmi les Lapons ; elles se manifestaient sous bien des formes diverses, Voici, entre autres, comment les devins s’y prenaient Pour maintenir leur influence sur le peuple, et pour exploiter son incrédulité. Lorsqu'on les consultait sur des événemets fulurs, sur l'issue d’une affaire, qu’on leur demandlait des remèdes Pour un malade, ou des avis dans telle circonstance, iis se servaient, pour rendre leurs oracles, d’une espèce de tambour en Säpin où en bouleau appelé cannus. Des anneaux de cuivre, des clochettes et des osselets de renne rendaient à ce tambour, sur

la peau duquel on avait dessiné, avec une

espèce d'encre rouge.

s sortes de figures ayant rapport à des dieux ou à d'autres objets, Sur cette peau le devin placait différents anneaux paseés dans un fil, puis, se

iettant à genoux, il faisait sautilles eus anneaux cn frappant le tambour avec un marteau de corne de renne, II irappait d'abord fail it, ensuite plus fort, jusqu'à ce ue les

anneaux formassent sur le tambour la figure qui convenait à son but. C'était au meyen de

cette figure qu'il répondait äUx questions qu'on lui adressait.

Mais lorsqu'il s'agissnit d'apaiser les démons ou de les évoquer, le sorcier dilatait le tambour en l'approchant du feu. afin que la heau, ainsi distendue, rendit un son plus sourd; ensuite il s’a- Senouillait et Mmurmurait certaines formules sur ce tambour. Aussitôt sa figure devenait bleue, ses cheveux se hérissaient, et il tombait sans connaissance sur son visage, Après s'être entretenu pendant un certain temps avec le démon, le devin se relevait pour communiquer les secrets qui lui avaient été révélés,

Les Lapons croyaient à l'immortalité de l'âme, à des peines et à des récompenses après cette vie. Selon leurs idées, le séjour des justes est dans les montagnes sacrées: c'est une région Iumineuse où, après diverses Migrations, leurs Ames sont admises à une félicité semblable à celle des dieux. Là on jouit en abondance de to cette terre, et €

de-vie, Ce

us ïes biens de n particulier du tabac et de l’eau Paradis est réservé à ceux qui se sont abstenus ici-bas du Parjure, des querelles et du vol. Mais les Parjures et les voleurs sont envoyés dns un pays de ténébres où règne le démon. et

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sont livrés à des tourments éternels, Néanmoins, les damnés apparaissent de nouveau sur la terre #tse montrent aux vivants, tantôt sous la forme d'animaux divers, tantôt sous celle de spectres nuageux. Ces apparitions tourmentent les mortels, et les sorciers peuvent seuls les en délivrer,

Le culte des faux dieux n’a jamais empêché la corruption des mœurs. Aussi les Lapons, malgré leur geure de vie simple, sont-ils adonnés à l’impudicité et à l’ivrognerie. Les marchands étrangers ont introduit au milieu de ce peuple l'usage de l'eau-de-vie, qui est une source de ruine corporelle et spirituelle, et un grand obstacle à son relèvement.

La première tentative de christianiser les Lapons remonte au treizième siècle. En 1275, un nouveau roi monta sur le trône de Suède; c'était Magnus 1, qui ajouta à son royaume une grande partie de la Laponie, Les lois qu’il fit contre les voleurs, qu'il réprima avec vigueur, lui valurent le surnom de Ladulos, mot qui signifie La serrure des granges. Ce fut lui qui s'occupa le premier de faire «nnoncer la foi chrétienne aux Lapons, ses nouveaux sujets, Ce prince mourut après quinze uns de règne, en 1290, Ses successeurs imitèrent son exemple avec plus on moins de zèle, Mais le succès de ces missions fut plus apparent que réel. On introduisit par la force deux cérémonies chréüennes au milieu d'une partie de ce peuple : le baptème et le mariage, Néanmoins le paganisme

persistait sous ces nouvelles formes, Pour le renverser, il eût fallu la prédication fidèle de l’Évangile et l'établissement d'écoles chrétiennes. Or, l'Église de Suède, qui portait encore bien des traces de l’ancien paganisme du Ncrd, et dont le culte était chargé des superstitions romaines, n’était pas en état de communiquer aux Lapons la pure lumière évangélique. D'autre part, la vie nomade de ce peuple ct la dissémination des familles opposaient et opposent encore aujourd'hui des obstacles presque insurmontables à l'institution d’un culte régulier et à l'instruction suivie de la jeunesse.

Pour que les Lapons fussent l’objet d’une évangélisation sérieuse, il fallait que la lumière fût remise sur le chandelier dans l’Église, et c’est ce qui eut lieu par la réformation, Ce fut encore un prince, Gustave Vasa, qui s’intéressa au salut des Lapons, Après avoir affranchi sa patrie du joug du Danemare, le nouveau roi de Suède, proclamé à Stockholm en 1523, travailla à faire triompher, dans son royaume, la doctrine de Luther, qu'il avait lui-même embrassée avec ardeur. Désireux de procurer le bonheur de tous ses sujets, ce roi n'oublia pas les pauvres Lapons. I] leur fit annoncer l'Évangile par des prédicateurs itinérants, seul moyen de les atteindre, Une

efficace qu’il adopta, ce fut la fondation d'écoles pour les Lapons. La première fut établie à Pitea, petite ville peuplée de colons suédois, ot située

22 WISTO'RE DFE L'ÉVANGÉLISATION

au bord de la mer, au nord-ouest du golfe de Bothnie. Gustave Vasa mourut en 1560.

Le quatrième fils de ce prince monta sur lé trône en 1604, sous le nom de Charles IX, Il fit décréter, en 1595, pendant qu’il n’était encore qu'administrateur du royaume, une loi intolérante qui n’autorisait que le culte luthérien en Suède, Sous son règne, les Lapons obtinrent l’usage des églises qui se trouvaient, comme succursales, dans leur voisinage, et qui appartenaient à des communautés de colons suédois. Les pasteurs qui faisaient les fonctions dans ces succursales furent chargés d'y célébrer le culte pour les Lapons, à des intervalles réguliers. Sous la reine Christine, qui monta sur le trône en 1644, ces succursales furent pourvues de pasteurs spéciaux. Depuis cette époque, les :apons aisés ont pris l'haitude de construire dans le voisinage de l’église des huttes en bois qui leur servent d’abri quand ils viennent au culte, ve qu'ils font trois ou quatre fois par an, Is arrivent la veille et ne repartent que le lendemain,

Les rois de Danemare, qui ont régné sur la Norwége de 1536 à 1814, ont aussi travaillé, à l’inslar des princes de Suède, à faire connaitre le christianisme aux Lapons norwégiens,

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noncer l'Évangile aux Lapons, n’ont pas eu les succès qu'on aurait pu en attendre, Il manquait aux prédicateurs la foi vivante, l'amour des âmes,

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le dévouement chrétien, le véritable esprit missionnaire. Pour l'ordinaire, ils ne parlaient ni ne comprenaient la langue laponne, et prêchaient en norwégien ou en suédois; or, ces langues n'étaient que très imparfaitement comprises des Lapons. ÇGeux-ci se rendaient aux époques convenues dans les eglises qui leur étaient assignées, y farsaient baptiser leurs enfants et bénir leurs mariages, ils y prenaient la cène et écoutaient une prédication qu'ils ne pouvaient comprendre qu'à demi. Ces pauvres gens restaient, dans l'intervalle de leur visite à l’église, sans aucun secours spirituel,

Comment, dans de telles circonstances, ce peuple eût-il pu être sérieusement gagné à l’Évangile?

Mais un autre obstacle à la conversion des Lapons provenait de leur contact avec les colons suédois et norwégiens, qui professaient le christianisme, Ces derniers, profitant de l'ignorance des Lapons, les trompuient indignement dans leurs transactions avec eux. Is leur vendaient de l'eau-de-vie, et choisissaient le moment où ils étaient ivres pour faire des marchés frauduleux, De tels procédés de la part de chrétiens de profession n'étaient guère propres à gagner le cœur

#8 à ia foi chrétienne, Les mesures de rigueur n'eurent pas non plus le pouvoir de transformer la religion et les mœurs de ce peuple. Ghristian IV, roi de Danemare, de 1588 à 1648,

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