‹ Histoire de l'évangélisation des Lapons [microforme]Chapitre 31 sur 33 · LE RÉVEIL · texte numérisé non relu

LE RÉVEIL

Les premières impressions vraiment sérieuses de ce réveil se rattachent à l’apparitiond'un brillant météore. Dans Ja nuit du 41 au 12 novembre 1799 apparurent tout à coup une foule de globes de feu qui parcouraient les espaces célestes avec la rapidité de l'éclair, ct dont plusieurs éclatèrent avec un grand fracas. La vue d’un phénomène aussi étrange fit sur Jes Esquimaux une profonde impression. Dans leur eflroi, plusieurs d'entre eux s’écriaient : « Convertissons-nous donc à Jésus de tout notre cœur?» Ces impressions diminuèrent sans doute lorsque disparut le phénomène qui les avait fait naître, mais elles ne s’effacèrent pas entièrement. Souvent, dès lors, les missionnaires virent de grosses larmes couler le long des joues de tel ou tel de leurs auditeurs, et ils purent constater qu'un esprit d'union et de prières tout nouveau faisait peu à peu disparaitre Ja légèreté et les discordes qui régnaient parmi eux. « Tout nous dit, et nous sentons de plus en plus, écrivait, à la fin de l'an 1800, le missionnaire Burkhardt, que

nous purviendrons à rassembler, sous les soins

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182 L'ÉVANGILE av LABRADOR .

du Saint-Esprit, un petit troupeau d'Esquimaux vraiment convertis au Seigneur et vivants de en vie. Il y a même parmi les paiens des personnes qui sentent la nécessité dese convertir, C’est pourquoi nous avons lieu de nous réjouir en voyant ce qui se passe et nous nous disons : « Tout vient à temps pour qui sait attendre, » Mais tout cela n'était encore que les préparatifs du réveil qui allait éclateret que les Frères attendaient avec tant d'assurance, Le jour de Noël de l'année 1803, un des missionnaires prêcha sur ces paroles : Le fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. À l’ouïe de ces paroles, une femme, que les païens eux-mêmes méprisaient à cause de la profonde dissolution dans laquelle elle vivait, fut vivement impressionnée ; et à mesure que le prédicateur entrait dans les développements de ce beau texte, elle se disait : « Serait-il bien vrai que le Sei- £neur Jésus soit venu Pour des gens aussi mauvais que moil» Le discours fut suivi du chant et de la prière, puis l'assemblée se sépara. Tandis que tous les assistants quittaient leurs banes et s’en retournaient dans.leurs demeures, une personne absorbée dans ses réflexions, restait assise à sa place sans qu'on s’en aperçût, Elle demeura dans cette attitude jusqu'au moment où les soupirs, qui s'échappaient de son cœur oppressé, attirérent l'attention d'une femme qui, à la fin de la

journée, traversait a Salle ayant une lanterne à

L'ÉVANGILE AU LANRADOR. 183

la main, «Que faites-vous done là, lui dit-elle en l'apercevant? Ne savez-vous pas que le service est terminé depuis longtemps? — Ah! je me suis oubliée, répondit cette femme. veuillez me pardonner.» À peine eut-elle prononcé ces mots qu'elle sortit en toute hâte et s'éloigna en courant, puis, e jetant à genoux derrière un rocher, elle s’écria avec larmes : « Seigneur Jésus, je viens d’entendre dire que tu es venu pour sauver aussi les méchants, Si c’est la vérité. fais-le-moi connaître ! Mais je suis la plus méchante des créatures. Oh! que je sois aussi sauvéel» \ peine a-telle prononcé cette courte mais fervente prière qu'elle se relève; elle ignore encore ce qui s’est passé en elle à la suite de cette prière, si ce n’est qu’en retournant dans sa demeure elle se sentit péncétrée d’une joie inexprimable, Tous ceux qui l'avaient connue auparavant furent frappis en voyant le changement qui s'était opéré en elle. On était édifié par la joie et la paix qui brillaient sur Son visage, et surtout par les paroles qui sortaient de sa bouche : car elle se répandait en louanges et en actions de grâces pour tout le bien que Jésus avait fait à son âme.

Ge fut, à voies impénétrables de Celui dont la sigesse paraît une folie aux veux des hommes! la première âme véritablement touchée à salut par le réveil qui éclatait, et qui, de Hoffenthal, devait s'étendre sur toutes les autres stations. Depuis ce moment, les imembres du troupeau ve-

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naient de toutes parts vers leurs missionnaires, pour leur confesser la sécheresse de leur cœur, leur coupable incrédulité et Ja dissimulation dont ils avaient usé jusqu'alors, « Quoique tant d’hypocrisie démasquée eût droit de nous affliger, écrivaient à cette époque les Frères moraves, notre joie surpassait notre affliction à la vue de ces cœurs brisés par la merveilleuse puissance de la grâce. Notre foi en fut ranimée, et nous comprimes mieux qu’en aucun temps que rien n’est impossible à Dieu. »

Les Esquimaux, en revenant à Hoffenthal de leurs excursions d'été, étaient Pour la plupart imbus de nouveau des plus grossières superstitions du paganisme, tandis que l’année où éclata le réveil ils en revinrent avec une foi plus affermie. Au lieu de regretter les désordres auxquels ils se livraient autrefois, ils a aient été profondément frappés du malheur de ceux qui ne connaissent pas Dieu, et ils ne cessaient de rendre grâces à celui qui les avait appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière. L'instruction qu'ils recevaient des Frères n'était plus pour eux, comme auparavant, une tâche pénible à remplir; poussés par une véritable soif de la justice, ils ac- Couraient auprès d'eux pour venir se désaltérer aux eaux qui jaillissent en vie éternelle, Ces vérités qui faisaient leur joie, ils éprouvaient le besoin de les faire connaitre à d’autres, Les paiens de leur côté, témoins de la paix, de la joie, de la

charité infatigable et du dévouement à toute épreuve que Christ inspire aux siens, éprouvaient à leur tour un vif désir d'appartenir au même Sauveur qu'eux, afin d'être aussi rendus participants des mêmes grâces; et chaque fois que l'un d'eux demandait la permission de se fixer à la station pour suivre les instructions chrétiennes, il était reçu par ses compatriotes avec une joie et une prévenance qui touchaient son cœur et le disposaient à recevoir l'Évangile. En peu d'années, le nombre des chrétiens doubla, Les Frères n'avaient rien perdu à attendre, car dans ce jours si bénis, leur foi persévérante se trouvait largement récompensée, « Quelle différence, s'écria une jeune femme qui demandait le baptôme, entre ce que j'éprouve aujourd’hui et ce qui se passait dans mon cœur il Ya un an! Alors tout ce que j'entendais dire de Ja vié de Jésus et du bonheur qu'on trouve en lui, me semblait souverainement ridicule, Mais, grâces lui soient rendues de ce qu’il m'a aussi ouvert le cœur, car aujourd'hui je ne crois pas seulement, mais je sens dans mon cœur que ce que vous nous enseignez est bien la vérité,» — « Depuis longtemps, dit un Esquimau baptisé, je suis convaincu que je n’ai jamais eu une vraie faim ni une vraie soif de la grâce du Seigneur. Depuis mon baptème, j'ai toujours hésité entre Je monde et mon Sauveur, mais maintenant Je me sens pressé de lui appartenir tout entier, » — «Ce n'est que ces der-

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