Comv.Pra.nt\,AristotelesüberdieFarbenMünchen
De même, les anciens peuples du Nord n'étaient pas encore capables, d’après Geiger, de distinguer dans le prisme plus de trois couleurs ; dans l’Edda, du moins, l’arc-en-ciel est décrit comme un pont, non d’un grand nombre de couleurs, mais de trois couleurs seulement.
Ces exemples peuvent suffire à montrer qu’en cette étude on ne peut prendre pour point de départ les couleurs du prisme, telles qu’elles sont distinguées et déterminées par la physique moderne. A moins de faire violence de gaieté de cœur à l’état réel des choses, on ne réussira jamais à faire entrer de force les couleurs et les désignations des couleurs des époques historiques fort anciennes dans un schéma chromatique qui ne tient compte que du sens des couleurs tel qu’il existe dans le monde moderne. Quiconque a essayé jusqu’ici de rapporter en toute circonstance les noms des couleurs en usage dans l’antiquité à des nuances déterminées du prisme et de les identifier, a dû s’apercevoir qu’une telle entreprise ressemble fort, comme celle de Sisyphe, à un travail aussi infructueux que pénible. C’est une des raisons pour lesquelles le chapitre des
couleurs ne jouit pas d’une faveur très-marquée auprès des philologues classiques. La lexicographie latine et grecque n’est sur aucun point plus incertaine, plus défectueuse que dans l’interprétation et l’explication des anciennes désignations de couleurs.
Pour parer à cette difficulté, je ne me suis pas tenu, en ce travail, au schéma chromatique, aujourd’hui généralement adopté, du spectre : j’ai préféré une autre division des couleurs qui me paraît plus en harmonie avec les idées du monde ancien. En poursuivant notre examen de l’état du sens des couleurs aux différentes périodes historiques, nous considérerons la connaissance des couleurs chez les anciens d’après Yintensité lumineuse des couleurs. Nous examinerons d’abord les couleurs riches en lumière qui, dans le spectre, s’étendent du rouge au vert; nous y ajouterons une étude sur la connaissance et l’appréciation des couleurs qui possèdent une intensité lumineuse moyenne, et nous parlerons en finissant des couleurs faibles en lumière qui répondent au bleu et au violet du prisme.