Hérod., I
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« bleu », bleu foncé tirant sur le noir, ou gris, peut être rapproché de mots arabes et araméens qui signifient « être noir », « noirceur », « brunrouge», « sombre » : ce dernier sens se rencontre expressément dans le pronostic d’une tablette astrologique assyrienne, où l’on lit : « nuage sombre ».
On le voit, si certains faits semblent infirmer la thèse du physiologiste allemand, d’autres faits, négligés par lui, la confirment.
C’est désormais une remarque vraie que toutes les couleurs de l’extrémité sombre du spectre, à partir même du vert, sont bien plus rarement mentionnées que celles de l’extrémité lumineuse dans les plus anciens monuments écrits. Tous les raisonnements des adversaires de l’évolution du sens chromatique n’expliqueront jamais pourquoi ni la verdure des végétaux, ni la couleur bleue du ciel n’ont pas été notées dans les hymnes védiques, dans l’Avesta, dans les poèmes homériques. Quand le vert et le bleu ont été distinctement perçus, on les a désignés par des mots qui, dans
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le principe, rappelaient à l’esprit de tout autres notions. Voilà des faits.
Aujourd’hui encore, pourquoi discernons-nous si mal certaines nuances du bleu et du violet? Ce qui nous semble vague et indécis dans les couleurs de l’extrémité sombre du spectre apparaîtra sûrement à nos descendants avec la même netteté que le rouge ou le vert, ainsi que c’est déjà le cas pour des yeux exercés. Ce n’est qu’à une période avancée de son développement, après avoir d’abord confondu le blanc et le rouge, puis perçu distinctement le rouge et le jaune, que le sens chromatique devint sensible aux couleurs d’une intensité lumineuse moyenne, aux différentes nuances du vert, du bleu et du violet. « En somme, écrit M. Magnus, l’évolution historique du sens des couleurs a eu lieu de telle sorte que, suivant une marche parallèle à l’ordre dans lequel se présentent les couleurs du spectre, après avoir commencé par percevoir les couleurs de l’intensité lumineuse la plus vive, il s’est acheminé progressivement, toujours dans l’ordre où se succèdent les couleurs^ d’une intensité lumineuse décroissante, du vert au bleu, du bleu au violet. »
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Quelle est la raison de ce parallélisme observé entre le développement historique du sens des couleurs et l’ordre où apparaissent les divers rayons du spectre solaire ?
Selon nous, c’est une hypothèse insoutenable que celle qui explique ce fait par les progrès de l’attention et de la réflexion. Sans doute, à regarder un objet attentivement, on y découvre mille particularités qu’on n’y avait pas aperçues ; mais si les formes et les couleurs de cet objet nous sont mieux connues à la longue, c’est qu’elles éveillent dans notre esprit le souvenir de qualités correspondantes, antérieurement perçues et fixées dans la trame organique de nos centres nerveux. On ne saurait faire de l’attention un phénomène primordial. Ce n’est pas ainsi que procède l’esprit de l’homme ; ce n’est pas ainsi que procède la nature dans l’élaboration des sens, et, partant, dans la genèse des idées. La structure de notre esprit, comme celle de notre corps, est l’œuvre de la nature; et, quoique rien ne ressemble moins à la nature que l’idée que nous nous formons d’elle, elle n’en est pas moins l’auteur des conditions sous lesquelles nous noüs la représentons. Ce qu’on
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nomme l’attention, l’éveil d’une partie ou de toutes les forces vives de l’intelligence, est un phénomène secondaire, subordonné à une excitation centrale ou périphérique. C’est le monde extérieur qui, par son action incessante sur nos organes des sens, a fait apparaître dans la conscience cette image de la nature que chacun y découvre.
Je répète, et je démontrerai bientôt que cette image est purement subjective ; on pourrait l’appeler une hallucination. La cause inconnue qui l’a produite n’en est pas moins venue du dehors, non du dedans, et l’évolution psychique est bien une suite de l’évolution organique. Ce que nous appelons la couleur verte des végétaux et la couleur bleue du ciel n’a certes pas existé avant qu’un œil l’ait perçu ; loin de s’imposer peu à peu à l’attention de l’homme comme des réalités méconnues, les vibrations de l’éther auxquelles ces nuances correspondent avaient dû. déjà façonner la rétine, différencier ses éléments anatomiques, l’amener au point de délicatesse suffisante pour transformer en sensations des impressions jusqu’alors trop faibles pour retentir jusqu’à la conscience. C’est dans ce sens qu’il faut entendre ces paroles de M. Magnus :
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« Quand nous parlons d’une époque où les couleurs faisaient entièrement défaut, il est clair que nous n’entendons ces mots que dans un sens subjectif. Au point de vue objectif, les couleurs ont existé à toutes les périodes historiques et préhistoriques; le bleu du ciel, la couleur verte des plantes, l’éclat varié des fleurs existaient aussi bien aux âges les plus reculés que de notre temps. Alors, comme aujourd’hui, les atomes de l’éther étaient emportés dans les ondes rapides du rayon violet, tandis qu’ils étaient plus doucement bercés . dans celles de la lumière rouge. Seulement la rétine humaine n’a pas toujours été également apte à réagir d’une manière appropriée selon ces différences dans la durée des vibrations et à les traduire en sensations spécifiques. On ne peut parler d’un temps où les couleurs faisaient défaut que si, par là, on entend une époque où la rétine, sensible à la grandeur et à l’amplitude des vagues éthérées qui venaient l’ébranler, n’était pourtant pas encore capable de saisir et de fixer dans sa trame la durée de ces oscillations de la lumière pour les transformer en sensations distinctes. »
Ce qui rend très vraisemblable l’hypothèse que
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le sens des couleurs est sorti d’un état d’insensibilité relative de la rétine aux couleurs, en tant que perceptions distinctes et spécifiques, c’est le principe, général en morphologie, que tous les organes se sont élevés, selon une évolution progressive, d’un point de départ originel relativement très bas à un perfectionnement de plus en plus haut.
,Des réactions sous l’influence de la lumière se manifestent déjà dans le protoplasma 1 . « Comme il existe certains organismes inférieurs sensibles à la lumière, dit Darwin, bien que l’on ne puisse découvrir chez eux aucune trace de nerf, il ne parait pas impossible que certains éléments du sarcode dont ils sont en grande partie formés, puissent s’agréger et se développer en nerfs doués de cette sensibilité spéciale 2 . » Ainsi, bien avant l’apparition d’un nerf optique rudimentaire, la matière organique sent inconsciemment l’action du jour et de l’obscurité; c’est à cette simple distinction que se borne le sens de la vue chez