‹ Histoire de l'évolution du sens des couleursChapitre 41 sur 65 · Hist. animal., lib. I, cap · texte numérisé non relu

Hist. animal., lib. I, cap

On peut également prouver que le terme w&nçç, qui acquit à la fin la signification de bleu foncé, et même de bleu en général, ne désignait pas une couleur chez les anciens Grecs : il ne servait qu’à noter les nuances sombres et obscures.

Voici maintenant, après ces remarques préliminaires, le détail des preuves sur lesquelles repose l’évolution du bleu que nous venons de retracer à ^grands traits.

Cette tâche sera d’autant moins ardue, que Geiger, que nous avons si souvent cité dans ce travail, a fait sur ce sujet des recherches trèsapprofondies. Il suffira donc de reproduire ici, en partie, l’étude de Geiger. Pour l’antiquité grecque' et romaine, nous nous proposons d’établir par nos propres recherches que le bleu est issu, d’une part, du noir et, de l’autre, du gris pâle.

Les faits les plus importants du travail de Geiger 1 se trouvent dans les passages suivants : « Si

1. Geiger, Ursprung und Entwickehmgdermenschlichen Sprache und Vernunft. Stuttgart, 1872. t. II, liv. 3. Malheureusement les recherches que le livre de Geiger contient sur le développement du bleu ne nous sont parvenues qu’à l’état de fragments trouvés dans les papiers de ce savant. Cependant ces fragments sont si pleins de choses que nous en tirerons, comme d’une mine, nos meilleurs arguments.

nous remontons vers l’état primitif des peuples, tel qu’il nous apparaît encore dans leurs poèmes, tout nous y montre l’importance des phénomènes célestes; de tous côtés les regards de l’homme se lèvent avec piété vers le ciel; les dieux du ciel sont constamment l’objet des louanges et de l’adoration des hommes ; ils considèrent avec crainte, avec une curiosité et un étonnement religieux tout ce qui se passe en eux et autour d’eux. On est donc d’autant plus surpris que, ainsi qu’on le verra, ni les hymnes védiques, ni l’Avesta, ni la Bible, ni le Koran, ni même les poésies homériques ne mentionnent jamais d’une façon quelconque la teinte bleue du ciel, qui pourtant agit avec un charme tout particulier dans les contrées où ces livres sont nés et qui s’impose de soi-même et‘à tout instant, pour ainsi dire, aux descriptions des poètes. Dans.les dix livres de la Riksanhita, nul objet n’est plus souvent mentionné que le ciel : mais tous les adjectifs, toutes les descriptions, toutes les comparaisons auxquelles il donne lieu, n’ont trait qu’à son étendue, à sa grandeur, à sa hauteur et à son immensité *. ».

Page 1