‹ Histoire de l'évolution du sens des couleursChapitre 43 sur 65 · Cf. Odyss., XII · texte numérisé non relu

Cf. Odyss., XII

Que, dans tous ces passages, le poète n’ait pu songer à entendre xuâveoç de la couleur bleue, il est à peine besoin d’en faire la remarque. Alors même que l’épithète yiXaç « noir », par laquelle le poète en différents endroits cherche à peindre la couleur qu’il avait en vue, ferait défaut, .tout le monde s’accorderait à reconnaître dans xuôveoç cette nuance sombre, gris-noir, que montrent si souvent les nuages orageux.

D’ailleurs, il existe encore d’autres preuves très-caractéristiques qui établissent que, à certaines époques de l’antiquité grecque, le sens du mot servant à désigner le bleu se confondait pleinement avec la notion du sombre. Il résulte des ouvrages de divers auteurs grecs que la couleur de certaines fleurs, que notre œil mieux développé voit aujourd’hui bleues ou violettes, n’était point perçue en ces temps-là comme étant bleue ou violette, mais avait uniquement l’apparence d’une teinte sombre plus ou moins prononcée. Geiger a recherché et réuni un certain nombre de passages d’auteurs anciens que nous reproduirons ici.

« Dans l’Odyssée, dit-il, les cheveux d’Ulysse

sont comparés à l’hyacinthe, et c’est à bon droit que les commentateurs grecs, auxquels cette manière de voir n’était pas aussi étrangère qu’à nous, ont rapporté cette comparaison à la couleur. Pindare parle dans le même sens de tresses violettes (P.,1,1), de boucles violettes (01.,VI, 30; Isthm ./ VI, 23), expressions avec lesquelles il faut comparer tostSJjç* épithète de la mer dans les poèmes homériques (IL, XI, 298; Od., V, 56; XI, 107), de la source chez Hésiode (Th. 3), ainsi que le mot îôsiç, épithète du fer (IL, XXIII, 850). C’est ainsi que Théocrite, et après lui Virgile, pour trouver une excuse au teint hâlé et brûlé du soleil d’un beau visage, ont pu dire que les violettes aussi sont noires, et les hyacinthes (Théocr., X, 28; Virg., EcL, X, 39) *. »

Ces faits nous obligent à admettre qu’à certaines périodes de l’antiquité grecque, à l’époque homérique sans aucun doute 2 , l’idée, la sensation

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