Odyss ., XII, 242 et
2. Cf. Wiegmann. Die Malerei der Alten in ihrer Anwendung und Technik. Hannover, 1830, c. X, p. 213.
soutiennent qu’alors le bleu était remplacé par le noir et ne s’était pas encore dégagé de la notion des teintes sombres et obscures au point d’être devenu une sensation spécifique.
Encore après l’époque homérique, on constate avec plus ou moins de certitude une sensibilité confuse ou même une absence de sensibilité à l’endroit des diverses nuances du bleu. Les Pythagoriciens ne semblent pas avoir eu conscience d’une différence essentielle existant entre le bleu et le sombre. Goethe en a fait très-judicieusement la remarque : « Si les Pythagoriciens ne mentionnent pas le bleu, nous devons nous rappeler encore une fois que le bleu a tant d’affinité intime avec les teintes sombres et obscures, que l’on a pu longtemps les confondre 1 . » Il paraît bien que Xenophane n’avait guère non plus conscience de cette distinction, puisque, comme nous l’avons déjà noté, il n’a point connu la teinte bleue de l’arc-en-ciel et n’a distingué que trois couleurs dans ce phénomène : pourpre, rouge et jaune-vert. Chez Platon, au contraire, l’expression xuaveoç est
1. Materialien zur Geschichte der Farbenlehre. Stuttgart, 1860. B. 6, p. 278,
déjà pleinement arrivée à représenter l’idée du bleu. Néanmoins ce philosophe conserve encore au mot la notion accessoire du sombre et de l’obscur., car il nomme 1 expressément le noir comme un élément essentiel du bleu. Aristote aussi déclare que le bleu ou le violet se distingue du rouge par la prédominance du noir 2 .
Bien que le sens des couleurs eût déjà atteint à l’époque du Stagirite un degré élevé de son développement, quoiqu’il fût capable de distinguer par des sensations spécifiques toutes les couleurs du spectre, il paraît pourtant avoir été moins étendu que notre sens actuel des couleurs. Ainsi, il ne possédait peut-être point au même degré de finesse que de nos jours la faculté de distinguer les nuances obscures des couleurs. Pour toutes les nuances sombres, qu’elles appartiennent âu bleu, au vert, au brun, ou à n’importe quelle autre couleur, on considérait moins alors le ton propre et caractéristique de la couleur que son apparence sombre et obscure. Si nous tenons compte de cette particularité du sens des couleurs à cette époque,