CHAPITRE YI
Coup d’œil rétrospectif sur l’état du sens des couleurs
aux diverses phases du développement de l’humanité.
Si, jetant un regard rapide sur les quatre derniers chapitres, nous voulons embrasser d’un coup d’œil les résultats obtenus, voici les idées générales qui sortent de cette étude.
Aussi loin qu’il est permis d’en suivre l’évolution, à sa première période, le sens des couleurs était borné à la capacité de sentir le rouge ; encore cette sensation n’était- elle pas franche , d’une netteté complète, et se confondait-elle en partie avec celle des tons clairs et lumineux, si bien que le blanc et le rouge ne répondaient pas encore à des notions radicalement distinctes. Or, la sensation des tons clairs et lumineux et celle des nuances sombres et obscures étant moins une fonction du sens des couleurs que du sens de la
lumière, on doit supposer qu’à cette époque le sens de la lumière, c’est-à-dire l’aptitude à sentir les différentes quantités de lumière, était l’unique manifestation fonctionnelle de la rétine. Par conséquent, à l’origine, le sens des couleurs ne laisse paraître que quelques traces peu caractéristiques et d’une nature tout à fait rudimentaire.
A la phase suivante de son développement, le sens des couleurs se distingue déjà avec netteté du sens de la lumière. L’aptitude à sentir le rouge et le jaune se différencie pleinement de la capacité de percevoir les tons clairs, avec laquelle elle avait été jusqu’alors confondue, et acquiert le caractère d’une sensation chromatique particulière et spécifique.
A un troisième degré de son évolution, le sens des couleurs unit à l’aptitude acquise de percevoir les couleurs lumineuses, telles que le rouge et le jaune, celle d’être affecté par les couleurs d’une intensité lumineuse moyenne, telles que les différentes nuances du vert. En particulier, la notion des tons clairs du vert se développe de celle du jaune pâle; celle du vert foncé, de l’idée générale du sombre et de l’obscur.
Enfin, dans une quatrième et dernière période, apparaît l’aptitude à sentir les couleurs d’une faible intensité lumineuse, telles que le bleu et le violet ; elle se dégage peu à peu dé la notion des teintes sombres avec lesquelles elle avait été jusque-là entièrement confondue.
En somme, l’évolution historique du sens des couleurs a eu lieu de telle sorte que, suivant une marche parallèle à l’ordre dans lequel se présentent les couleurs du spectre, après avoir commencé par percevoir les couleurs de l’intensité lumineuse la plus vive, il s’est acheminé progressivement, toujours dans l’ordre où se succèdent les couleurs d’une intensité lumineuse décroissante, du vert au bleu, du bleu au violet.