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CHAPITRE VIII

Le sens des couleurs une fois éveillé et entré en fonction, quel a été son mode de développement ultérieur?

Pour trouver une réponse satisfaisante à cette question, retenons d’abord que l’impulsion première, d’où est sorti progressivement le sens des couleurs, est venue de l’excitation de la rétine sous l’influence du choc incessant des molécules de l’éther. Cet éréthisme étant un effet des vibrations que communiquent à la rétine les ondes lumineuses, le degré et l’intensité de l’excitation produite doivent être en rapport direct avec la force du choc dont l’éther en mouvement ébranle la rétine. Plus le choc des ondes éthérées contre les éléments sensibles de la rétine est fort et énergique, plus l’excitation correspondante, la réaction de 7 cette membrane devra être considérable. Il y a donc lieu de sup-

poser que les couleurs qui ébranlent la rétine par un choc très-énergique, ou, pour parler comme les physiciens, qui possèdent la plus grande force vive, seront perçues les premières. En effet, par la grande quantité de force vive qu’elles recèlent, ces couleurs doivent produire dans la rétine un état d’excitation bien plus fort et bien plus étendu que celles qui ne possèdent qu’une médiocre force vive. Or, puisque, selon nous, le sens des couleurs doit son origine à l’excitation que déterminent les molécules de l’éther en venant ébranler la rétine, nous sommes forcément amené à conclure que la sensibilité aux diverses couleurs a dû se développer en raison de la quantité de force vive qu’elles renferment. Par conséquent, les couleurs d’une force vive plus considérable ont été perçues d’abord, les plus faibles ensuite.

Cette hypothèse, corollaire nécessaire de notre théorie de l’origine du sens des couleurs, se trouve pleinement confirmée par le mode réel de développement qu’a suivi ce sens, tel que son histoire nous l’a montré.

Et, en effet, l’élaboration et l’évolution du sens

des couleurs a eu lieu de telle sorte que la sensibilité aux couleurs rouge et jaune, les plus riches en force vive, s’est manifestée la première. Les autres couleurs se sont également succédé dans un ordre tel que les couleurs les plus lumineuses ont toujours précédé celles qui le sont moins. Nous voyons donc le sens des couleurs suivre parallèlement dans son évolution la série des couleurs du prisme; il commence, lui aussi, par les couleurs douées de la force vive la plus intense, par celles qui appartiennent à l’extrémité rouge du spectre solaire, et n’acquiert qu’à la fin les couleurs peu lumineuses de l’extrémité bleue.

Toutefois, quand nous parlons de l’évolutionfinale du sens des couleurs, nous sommes bien éloigné d’affirmer qu’avec son développement actuel il a atteint le terme le plus élevé et la limite naturelle de sa perfection; au contraire, nous avons bien plus déraison de croire que, dans les âges futurs de l’humanité, le sens des couleurs se perfectionnera encore et s’étendra au-delà de l’extrémité violette du spectre, dernière limite de la vision actuelle, jusqu’aux régions de l’ultra-violet.

H4 ÉVOLUTION DU SENS

Nos descendants distingueront peut-être une couleur particulière, spécifique, là même où, pour nos yeux, le caractère chromatique du spectre solaire s’éteint tout à fait. Le développement continu, progressif, du sens des couleurs dans les temps historiques, témoigne en faveur de l’opinion que ce sens n’a pas encore atteint la limite de sa capacité fonctionnelle et qu’il est susceptible de nouveaux progrès.

Il semble, d’ailleurs, que, pour le violet en particulier, notre sensibilité soit encore aujourd’hui dans un état d’élaboration ; on peut observer, et nous en avons déjà fait la remarque, que notre faculté de distinguer certaines nuances du bleu et du violet est encore assez indécise et vague. Il n’est pas rare d’entendre appeler violette une nuance qui paraît bleue à d’autres. La raison en est qu’aujourd’hui encore le sens des couleurs n’est pas, quant au violet, entièrement formé, et qu’il est actuellement sur le point d’atteindre le dernier degré d’élaboration de sa sensibilité au violet.

Enfin, on doit admettre la possibilité que les régions périphériques de la rétine, aujourd'hui à

peu près insensibles aux couleurs, pourront arriver un jour â sentir les couleurs, comme les sentent uniquement encore les parties centrales de notre rétine. Nous sommes tout à fait du même sentiment que Schôn' 1 , lorsqu’il prétend que toutes les impressions chromatiques pourraient être aussi perçues à l’extrême périphérie de la rétine, si des excitations plus fortes suppléaient à la faiblesse de l’excitabilité périphérique.

Nous n’hésitons donc point à considérer la forme actuelle du champ visuel des différentes couleurs uniquement comme un résultat du développement imparfait, et non encore achevé, du sens des couleurs, et à croire qu’un temps viendra où les champs do la vision dès couleurs, encore si restreints, présenteront une étendue beaucoup plus considérable. A l’appui de cette opinion, nous citerons les travaux de Cuignet 2 et de Roustan 3 , qui démontrent que la forme du champ visuel dépend essentiellement dé l’in-

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