Œuvres complètes d'A. Fresnel, II
INTRODUCTION
mécanique est la moindre. Comparée aux rayons rouges et ultra-rouges, Tyndall en a fait la remarque, la force de ces rayons chimiques est infiniment petite : « il faudrait probablement, en certains cas, la multiplier par des millions pour la rendre égale à celle des rayons ultra-rouges. »
La force chimique des rayons ultra-violets tient à la fréquence des vibrations de leurs ondes. Tandis que le violet fait à peu près 790 billions de vibrations par seconde, le rouge n’en fait que 450 billions environ 1 . Le nombre des vibrations, et partant la durée des oscillations de l’éther, voilà l’unique cause qui fait que nous distinguons
1. Voici le tableau des longueurs d’ondes des couleurs exprimées en cent-millièmes de millimètre, avec les principaux nombres correspondants de vibrations comptées par billions
en une seconde :
Rouge extrême. 7617 ... »
Rouge. 6878 ... 450
Limite du rouge et de l’orangé. . 6564 . . . 472
Jaune d’or. 5888 ... 526
Vert. 5260 . . . 589
Bleu cyanique. 4843 . . . 640
Limite de l'indigo et du violet. . 4291 . . . 722
Limite du violet. 3929 . . . 790
Ultra-violet.) 3741 ‘ *
INTRODUCTION
dans le spectre des rayons de différentes couleurs. ! Pourquoi la couleur la plus intense est-elle le jaune , couleur composée d’un mélange des sensations du rouge et du vert, en d’autres termes, pourquoi la sensation qu’éveillent en nous des ondes éthérées qui vibrent environ 526 billions de fois par seconde est-elle la plus lumineuse ?
On ne peut répondre qu’en alléguant la nature physiologique des éléments de la retine qu’impressionne la lumière. Ceux-ci ne sont pas les fibres du nerf optique, mais les cônes et les bâtonnets qui, à travers les couches rétiniennes, communiquent avec les fibres nerveuses optiques. On ignore d’ailleurs en quoi consiste l’action des ondes lumineuses sur ces éléments, qui rappellent les baguettes cristallines des yeux d’Arthropodes et les bâtonnets des yeux des Mollusques. Cette action pourrait être de nature chimique. « Cette supposition, écrit Bernstein, est la première à laquelle on puisse songer, car nous savons que la. lumière peut produire une image sur la plaque photographique en décomposant l’iodure ou le chlorure d’argent qui s’y trouvent. On pourrait donc admettre qu’il se trouve dans
INTRODUCTION. xlj
les bâtonnets et dans les cônes une substance se modifiant à la lumière et produ^ant ainsi une image réelle et matérielle sur la rétine. (îette image n’est sans doute point permanente comme l’image photographique, et l’on est obligé d’admettre qu’elle est effacée par les effets de la nutrition et par la circulation du sang. Une telle image serait capable d’exciter les extrémités nerveuses, car nous savons que les nerfs peuvent être excités par des agents chimiques 1 . »
Quant à la part qui revient aux cônes et aux bâtonnets dans les sensations lumineuses, on ne la connaît guère encore. Les bâtonnets se rencontrant le plus communément dans tout le règne animal, il est vraisemblable que les cônes en proviennent par voie de développement, grâce au perfectionnement de l’organe visuel. De ce que, comme l’enseigne l’anatomie comparée, la rétine des mammifères qui voient la nuit contient exclusivement des bâtonnets, tandis que celle des oiseaux et des reptiles dont la vue est perçante contient surtout des cônes, à l’exception, toute-