‹ Histoire de l'excommunication juiveChapitre 3 sur 14 · IG · texte numérisé non relu

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fidèles, passibles du Karelh, seront les seuls à ne pas bénéficier de la résurrection future. Selon lui, les hommes n'ont aucune action sur le coupable (1).

L'excommunication, contrairement à ce que (juelques auteurs ont prétendu et affirmé, se retrouve moins encore dans le fait de la relégation, en dehors du camp d'Israël, d'une personne atteinte d/une maladie contagieuse, de la lèpre, par exemple. Celait là, au temps de Moïse et de ses successeurs, une simple précaution et une pure mesure d'hygiène. C'était, si l'on veut, une exclusion pliysique mais sans aucune portée morale. Plus tard l'Eglise reconnaîtra dans ces malades, des possédés du démon et elle les excommuniera.

Pour nous donc (2), l'anathème n'existait réellement pas durant la période qui va de Moïse jusqu'après Fexil de Babylone ; le besoin de cette peine ne se faisait point sentir. Plus tard, cette peine s'affirmera et sera surtout mise en vigueur quand le peuple, perdant son indépendance, se réfugiera, pour ainsi dire, dans la Loi, quand Israël verra sa nationalité disparaître sous l'étreinte de fer des Romains et l'ennemi

(1) Selon le ïalmud, le coupable meurt d'une mort soutlaino et sans laisser de progéniture.

(2) Conf. der Baun p. 11, Voir aussi Es ra 10-8 et au mot Ybadel, de ce verset, le dictionnaire Sander et Trenel.

viclorieux réduire en cendres Jérusalem et son Temple. Cette catastrophe, on le sait, entraîna la dispersion d'Israël sur tous les points de la terre.

En présence de ce triste et nouvel état de choses, les rabbins ne perdent pas courage ; ils renoncent à recouvrer, pour Israël, tout pouvoir politique, mais ils entendent conserver, à tout prix, Tunité religieuse qui courait alors un danger évident. Tous leurs elTorts tendent à ce but ; la Thora, ils en nourrissent le ferme espoir, sera l'égide du vaincu.

Confiants dans les promesses que renferme ce livre sur l'avenir de leur peuple ; persuadés qu'elles devront s'accomplir un jour ou Tautre et qu'Israël demeurera toujours debout, ils se mettent à l'œuvre avec cette mâle volonté et cette indomptable énergie que donne seule la conscience d'un grand devoir à remplir. Israël, Dieu l'a voulu, vivra au milieu des nations, mais il n'en perdra pas, pour cela, son caractère, son originalité, sa personnalité et son unité.

Ils se demandaient avec une légitime anxiété . ce qu'allait devenir ce petit peuple perdu au milieu des autres peuples de la terre, victime de toutes les tyrannies et obligé d'obéir aux lois différentesdes divers pays où le sort l'avait transplanté. Ils craignaient, non sans raison, que le naufrage, qui avait englouti la nationalité juive, ne vînt aussi à emporter la religion et l'idée mosaïques. Dans ces douloureuses conjonctures, tout

leur faisait une nécessité d'enrayer la marche de celle ruine et d'opposer une forte digue au torrent dévastateur.

Déjà aussi, il faut le dire, le monothéisme de Moïse et des prophètes n'avait plus sa pureté primitive; l'alliage hahjionien qui s'y était ajouté, pouvait prendre des proportions inquiétantes. Les princes de la communauté juive se pénètrent de l'importance de leur mandat et ne négligent rien, pour réunir en un seul faisceau, les forces éparses de la nation.

Partout où il y aura des Israélites et quelle que soit la distance qui les sépare les uns des autres ; quelques dilïérentes que soient les lois des pays où ils auront assis leurs pénates, une seule doctrine, la Thora, les dirigera dans leur conduite religieuse, un seul et même lien, la Religion Sinaïque, les reliera de l'un à l'autre bout de la terre. Ainsi, celte unilé qu'on aura voulu rompre, qu'on aura cru ruiner par la dispersion et par les persécutions, ne sera que plus solide et que plus intime. L'autorité de la Bible et celle des rabbins, ses interprètes, seront obéies et respectées en tous lieux, sans qu'il soit permis de les discuter. Privés de toute autre prérogative, les rabbins n'auront à leur service que cette sanction purement morale, l'excommunication.

A coup sûr, on a pu et on pourra encore contester la justesse et la légitimité du moyen, mais on ne

saurait méconnaître la grandeur et la noblesse du ijut poursuivi et etTectiveraent atteint par nos premiers docteurs.

On est toujours un peu le fds de son siècle. En conséquence, on transporte dans le passé, et ajoutons le, dans un passé tout de troubles et d'agitations, les idées et les sentiments de l'époquo présente, on juge les hommes de ce passé et les institutions qu'ils ont fondées, sans faire la part des événements qui les ont fait agir, sans s'enquérir des circonstances qui ont dicté leur conduite et sans considérer la fin qu'ils se proposaient ni le mobile qui les inspirait. Le Judaïsme, disons-le hautement, doit à ses docteurs des premiers siècles et à eux seuls, de n'avoir pas été absorbé par les religions voisines, de n'avoir pas même été entamé par elles dans son essence, et partant d'avoir conservé à l'humanité l'idée monothéiste, pure de tout mélange. C'est à leur intelligente et ferme direction qu'il doit encore de n'avoir pas favorisé, dans son se'n, l'éclosion ni le développement de ces sectes nombreuses qu'aucune autre grande religion n'a pu empêcher de se former parmi ses adeptes. Les sectes qui avaien' pris naissance disparaîtront peu à peu. Grâce à eu.\. plus de schisme, plus de séparation ; voilà leur objet, leur désir et leur passion. A une, situation exceptionnelle, il fallait, un remède exceptionnel ; les docteurs n'hésitèrent pas à l'employer.

« On croit comnuiiiL'nieiU », dil dans ses études orientales M. Franck, le célèbre professeur du collège de France, « que la ruine et la dispersion de la race « juive ne commencent qu'avec la prise de Jérusa- « lem, l'an 70 de l'ère chrétienne. Rien de plus (( erronné que cette opinion. La destruction de la « ville sainte n'a été qne le dernier terme d'un travail « de dissolution déjà bien ancien, le signal d'une « chute depuis longtemps imminente ».

L'existence du peuple juif, à partir de l'exil de Babylone jusqu'à la ruine du second temple, sous Titus, est une longue et douloureuse agonie de l'indépendance et de la nationalité israélites. Presque durant toute celte période, la Palestine est l'arène de luttes incessantes. Un jour, avec la dynastie des Hasmonéens (175 ans avant l'ère actuelle) le peuple paraît avoir brisé pour longtemps le joug et repris sa place parmi les autres peuples. Cette renaissance pourtant est éphémère, cet épanouissement de toutes les forces et de toutes les énergies, n'a qu'un temps.

Bientôt les luttes et les dissentions intestines rouvrent une ère de révolutions et de maux, inconnus dans les annales de toute autre nation. Les tentatives réitérées de secouer l'oppression, tentatives inutUes, prouvent à Israël que tout espoir de revendication politique est perdu. Les docteurs veUlent alors déplus

près sur le dépôt de la Loi; ils se serrent plus étroitement autour du drapeau de Sinaï et désormais ne s'occupent plus que de l'étude de l'Ecriture sainte.

(( Convaincus » , dit Munck (1), que « !eur mission, « comme société politique était finie, que le sanc- « tuaire de Jérusalem, avec ses prêtres et ses autels, « ne pouvait plus être le symbole autour duquel » devaient se réunir les débris dispersés de la nation, ce ils (les docteurs) déposèrent et firent déposer aux « autres les armes, et cherchèrent par des moyens « pacifiques et des moyens intellectuels, à se fortifier « comme société religieuse ; ils ne combattirent plus « pour posséder une patrie, mais ils surent mourir « pour leur religion ».

A ces considérations historiques s'en ajoutent d'autres qui exphquent et excusent l'excommunication, la seule sanction dont font usage les docteurs, complètement désarmés vis-à-vis du récalcitrant.

La Loi, le Pentateuque de Moïse était muet sur bien des points ; il n'indiquait pas au fidèle la conduite à tenir dans toutes les circonstances de la vie ; il prêtait lui-même, dans plusieurs de ses parties, à des interprétations nombreuses. Il pouvait arriver qu'à la tête des écoles multiples dont les Docteurs

<1) Palestine, 178.

lavorisaieiU le développement de cœur et d'Ame (1), il veut des maîtres qui rompraient avec la tradition, et qui érigeraient en principes, des doctrines contraires aux dogmes et aux statuts du Sinaï, tels que cette môme tradition les avait établis, dès l'abord. Il fallait donc asseoir sur des bases solides, Tunilé des croyances etTuniformité des pratiques religieuses ; il fallait constituer un centre religieux unique d'où l'on dicterait les ordonnances qui seules auraient force de loi. Tout Israélite, tout docteur même, quel que fût son savoir, quelle que fût la notoriété de son nom, devait, dans la pratique, renoncer à son sentiment personnel et s'incliner devant celui de la majorité, selon l'aphorisme du Pentateuque : Acharé rabhim lehatboth{^). L'étude de la Thora et de tous les autres livres sacrés était un bien, mais l'unité de la doctrine que l'on enseignait, ne devait pas être atteinte.

Cette unité d'ailleurs n'existait plus alors dans son intégrité. « On conçoit aisément, » dit encore M. Franck (ibid.), « qu'à la suite des revers du peuple juif, de son commerce avec les autres peuples, les modifications et les éléments intervenus successive-

(1) Voir la préface du savant ouvrage du docteur Rabbinovviez. — Législation criminelle du Talmud. Conf. aussi J. Simon, l'Education et l'Instruction chez les anciens Juifs.

(2) La majorité fait loi.

menldans le judaïsme, ont dû appeler une comparaison entre son origine et son état présent ; ont dû porter les uns à régler tout ce qui n'est pas formellement exprimé dans l'Ecriture, pousser les autres à conserver , au nom d'une tradition divine , les dogmes nécessaires ou déjà enracinés dans la masse et, entre les deux partis contraires, toujours livrés à la dispute, ont dû faire naître le besoin d'une vie calme et sainte, passée dans l'exercice de la charité et la douceur de la contemplation. C'est ce qui arriva, en effet ; au commencement du règne des Maccabées , nous voyons se former trois sectes, les Pharisiens, les Sadducéens et les Esséniens ».

Cette unité, si utile au maintien de la foi juive et du peuple qui en était la représentation vivante, était rompue; il fallait, à tout prix, regagner le terrain perdu et faire cesser ces divisions qui, après la prise de Jérusalem, la dispersion des Israélites, et principalement avec le christianisme naissant, pouvaient prendre une extension rapide. C'est à l'excommunication qu'onaura recours pour atteindre ce résultat. Les discussions dans l'école et hors de l'école, seront libres ; la Misna et les deux Talmuds — Babli et Yerusalmi — les ont pieusement recueillies. Chacun pourra émettre son opinion, mais cette opinion, pour ôtre suivie dans la pratique, devra réunir la majorité des suffrages des docteurs présents.

Telles sont, à notre avis, les raisons religieuses qui inspirèrent les rabbins, quand Us fondèrent l'excommunication. Au reste, celte institution, à cause même de l'existence de ces trois sectes, les Pharisiens, les Sadducéens et les Esséniens, avait déjà cours à cette époque.

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