CHAPITRE II
Pharisiens, Sadducéens, Rsséniens.
Nous nous bornerons à dire un mot sur ces trois sectes, et nous laisserons au lecteur le soin de compléter cette courte notice, en le renvoyant iaw nombreux écrits parus sui' cette matière (1).
Les PiiARisiEiss, en liébreu Perusehim, distingués, séparés de la masse par leur science (2), croyaient à Texistence d'une tradition ou loi orale, aussi ancienne que la loi écrite, et lui accordaient le môme degré de sainteté et la même origine. Elle avait été dictée, elle aussi, par Dieu à Moïse, sur le mont Sinaï; elle s'imposait, par conséquent, au respect des fidèles avec la même autorité, et ne pouvait être violée dans sespres-
(IjJosèphe, Antiquités et guerre des juifs; — 'Munck, Palestine ; Frank, Etudes orientales ; Deremboiirg, Histoire de la Palestine; Cohem, Les Pharisiens.
(2) Peut-être aussi commentateurs, interprètes de la Bible et du Talmud.
(3) Josèphe, Guerre des Juifs, livre II.
criptions sans que, du môme coup, les l)ascs de la rcli!];ion ne fussent ébranlées.
Les Pharisiens admettaient les principaux dogmes suivants :
4° L'existence d'un destin auquel ils attribuaient tout ce qui arrivait, sans refuser, pour cela, à la volonté humaine, le droit de se déterminer ; malgré ce destin, qui lui est supérieur, l'homme est libre et peut choisir entre le bien et le mal. Ce destin, cela va s'en dire, n'entravait pas davantage la liberté de Dieu.
2^ Les âmes, disaient-ils, sont immortelles; jugées dans un autre monde, elles sont punies ou récompensées, selon leur conduite sur la terre; les unes sont éternellement retenues prisonnières dans cet autre monde, les autres reviennent en celui-ci expier leurs fautes.
3o Ils croyaient à l'existence d'anges, les uns bons, les seconds mauvais. Voici comment l'historien Flavius Josèphe, s'exprime sur les Pharisiens : « Ils se sont acquis par leurs croyances, et aussi par leurs mœurs austères, par leur aménité dans leur commerce avec les autres hommes, une si grande autorité parmi le peuple, que celui-ci suit leur sentiment dans tout ce qui regarde le culte de Dieu et les prières qui lui sont faites ; et ainsi des villes entières rendent des témoignages avantageux de leurs vertus, de leur manière de vivre et de leurs discours. »
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Quelques hommes, parmi les Pharisiens, exagérèrent le formalisme et cachèrent, sous les dehors d'une dévotion outrée, leurs actions blâmables; mais ils furent la minorité. La majorité, au contraire, se distingua par son savoir et par son profond amour de l'humanité. Aussi, ni les reproches, ni les épithètes iVhr/pocriies, de sépulcres blanchis, ne sauraient atteindre ces docteurs d'une piété sincère et à toute épreuve. Nous, Israélites modernes, nous sommes leurs héritiers directs, et sans dévier aucunement de la voie qu'ils ont ouverte, nous continuons leur œuvre, peut-être avec moins d'énergie qu'eux-mêmes, mais guidés par leurs lumières et nous inspirant de cet esprit large et libéral qui restera l'éternel honneur de cette secte.
Les Sadducéens, en héhren ZaddouJ^im, (nom emprunté au fondateur présumé de cette secte, le grand prêtre Zadoc, qui vivait au temps du roi Saiil), professaient des doctrines diamétralement opposées à celles des Pharisiens. Pour eux, point de tradition révélée ; ils s'en tenaient strictement à l'observance de la loi écrite. Pour eux encore, ni immortalité des âmes, ni résurrection, ni destin, ni providence. L'homme est libre, et le seul ouvrier de son malheur ou de son bonheur.
Cette doctrine avait pour conséquence, chez les membres de cette corporation, une rigidité, une se-
véi'ilô quelquefois cruelle daus leuisjugemenls, et qui conlraslait fort avec l'indulgeuce des Pharisiens. Autant ceux-ci étaient affables, autant ceux-là étaient froids et réservés dans leurs relations; ils avaient même ([uelque chose de dur et d'acerhe, (jui éloignait d'eux le peuple.
Ils faisaient consister le bonheur dans la jouissance des biens terrestres; aussi les grands et les riches seuls appartenaient-ils à cette association. Il ne faut donc pas s'étonner si le peuple, préférant la spiritualité des dogmes pharisiens, s'est principalement rallié au premier parti.
Les Sadducéens pouvaient également arriver aux honneurs et à la direction des affaires ; mais pour les conserver, ils étaient dans l'obligation d'abandonner les principes de leur secte et d'adopter, au moins en apparence, ceux des Pharisiens.
Les EssÉNiENS (du syriaque, IJasaj/a, les pieux ou encore du chaldéen,/! .?«//«, les médecins) (1), quel'on appelle également Esséens, Thérapeutes, sont probablement issus des Pharisiens ; plus lard, ils s'en séparent par les spéculations d'une philosophie pratique et par un genre de vie ascétique. Josèphe et
(1) Voir Josèphe, Guerre des Juifs, livre II. Pliilon, ii, pages 457-459. Consulter, sur ces trois sectes, ]a. Real-Encyclopédie' du docteur Hamburger.
Pluloii tlAlexandrie nous fournissent sur eux les renseignements les plus étendus.
Le premier de ces deux historiens, dans sa relation sur ces trois sectes, est complètement muet sur le mode et sur les conditions d'admissibilité requises par les Pharisiens et par les Sadducéens. Pour les Esséniens, il nous retrace, avec force détails, les épreuves que subissait le néophyte avant d'être reconnu comme membre actif (l) '.
Pourtant, cela est probable, avant d'être reçu par les Pharisiens et les Sadducéens, il fallait se soumettre à quelques formalités, oiïrir quelques garanties et prendre, à tout le moins, envers ces deux associations, un engagement moral.
I a Misna (2) supplée, en partie, au silence de Josèphe, et nous apprend que les Pharisiens, dits aussi Chabp.rin (3), — compagnons, sociétaires, — étaient tenus à une grande condescendance, à un respect absolu et à une obéissance passive vis-à-vis des anciens, c'est-à-dire des chefs de la société.
II était défendu de les contredire, quand même ils se trompaient. Ce respect, poussé jusqu'aux der-
(1) Guelfe des Juifs, ibidem.
(2) Demaï, 2-3.
(3) Voir lobî, Histoire des Juifs, livre i. Conl". jiussi (.'hafjiiga, 18 b.
nières limites, est exprimé par les propositions suivantes (1) : Se révolter contre sonmaître, se plaindre de lui, en médire, lui dcsohéir : c'est commettre ces fautes envers Dieu lai-même : C'est à l'un d'eux que l'on doit ce conseil, à l'élève : Crains ton maître à l'i'(jal de Dieu (2). Pour les Sadducéens, on ne trouve aucune règle ni dans la Misna ni dans le Talmutl.
Selon Josèplie, rappelons-le sommairement avant d'entrer au cours de notre sujet, les Esséniens employèrent beaucoup l'excommunication, et ils le tirent avec un rigorisme, envers les excommuniés, qui se rapprochait fort de la cruauté.
Le Talmud ne rapporte que les bulles lancées par les Pharisiens ; ces bulles seulement figureront dans ce travail.
(1) Demaï, ilnd. Voir aussi Sanhédrin, 110".
(2) Traité des Pères, IV, 12.