‹ Histoire de l'excommunication juiveChapitre 7 sur 14 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PÉRIODE DES AmORAIM (1).

Avec ces nouveaux docteurs, le vague dans lequel on se trouvait jusqu'ici va disparaître ; nous marcherons sur un terrain plus solide. Les Amoraïn examineront, de plus près, toutes les questions soulevées et laissées, trop souvent, sans solution satisfaisante. L'anathène sera donc, lui aussi, mieux défini et mieux réglé ; il sera gradué, proportionné, pour ainsi dire,

(1) Ou donne ce nom aux successeurs des Tanaïm, aux docteurs qui ont vécu après R. Juda, le saint, soit du 2» au 5» siècle de l'ère actuf>IIe et dont les opinions ont été consignées dans les deux Talmuds, Babli et Yérusalrai. Leur autorité était inférieure à celle des Tanaïm.

au délit qu'il devra réprimer et n'entraînera plus, comme du temps des Tanaïra, des conséquences également rigoureuses pour une faute grave ou pour une faute légère. Cette graduation amènera nécessairement un plus grand nombre d'excommunications. Le premier degré de l'analhème est la Nesifà.

Nesifa (1).

La Nesifa répond, nous le supposons, à ce qu'on appelle aujourd'hui la censure. Elle est un avertissement pour le coupable, avertissement qu'il ne faut pas confondre avec celui qui pouvait précéder l'application de l'ana thème mineur — Niddouï ou Schamta — et qui était également en usage, dans le Christianisme, au Moyen-âge et plus tard. Celui qui encourait cet anathème, était obligé de se tenir enfermé chez soi, pendant un certain temps, et de fuir toute relation et tout commerce avec le dehors. La Nesifa est comme une consigne, comme des arrêts infligés au coupable.

Le Naçi, le chef religieux ou un homme d'une grande valeur , avait seul le droit d'édicter cette peine, qui servait surtout à punir l'offense faite par

(1) Ce terme ne se trouve pas dans la Bible. Dans le Traité des Pères, 6, 2, on lit : Quiconque ne s'occupe pas de l'étude de la loi, est appelé Nasouff.

un Inférieur à son supérieur, par un disciple à son maître. La Nesifa avait une durée inégale et variable avec les lieux , avec la notoriété de la personne froissée dans son honneur, et priiicipaleraont avec la nature de l'offense. Tandis qu'en Babylonie, elle n'excédait jamais un jour (1), elle durait, en Palestine, sept jours et pouvait même aller jusqu'à trente jours. Pendant ce temps, le délinquant était rigoureusement exclu de tonte participation aux intérêts de la communauté et ne devait pas s'approcher de la personne offensée. On fixait la durée de ces arrêts, qui étaient levés, sans aucune formalité, à la date indiquée à l'avance. Le coupable n'était pas tenu de faire amende honorable, et l'offensé n'avait pas à déclarer qu'il pardonnait l'offense.

On ne trouve pas dans le Talmud, de nombreuses applications de la Nésifà. Rabbi Juda, le saint (137- 194 après Jésus-Christ) dans le but d'enlever aux Romains toute occasion de nuire aux Israélites, avait défendu expressément aux docteurs, de réunir pour leur enseignement, leurs disciples en plein air ; Rabbi Chia contrevint k cet ordre et fut puni de la Nesifà (2).

Alexandre Jaunée (roi de Judée qui régnait depuis l'an 105 jusqu'à l'an 79 avant J.-C), devenu Saddu-

(1) Moed-Katan, 16 et 17.

(2) Ibid. 17 b.

céen, reçut le titre infamant de Han-nasouff (1) ; on voulait, par là exprimer le mépris que ce roi s'était attiré par son passage à cette secte, mais cette expression n'indiquait nullement que le roi Jannée était en anathème.

NiDDOUI (2) ou SCHÂMTA (3). — EXCOMMUNICATION

Page 1