‹ Histoire de l'excommunication juiveChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DÉLITS ENTRAINANT L'ANATHÈME

Sera frappé d'anathème :

\° Quiconque méprisera un sage, un docteur de la loi, ou qui en dira du mal, même après la mort de ce sage (1);

2° Quiconque insultera l'envoyé d'un tribunal religieux ;

3° Quiconque appellera esclave un homme libre ;

4° Quiconque, après trois avertissements, ne se présentera pas à la barre du tribunal qui l'aura mandé;

50 Quiconque ne se conformera pas à une prescription rabbinique et, à fortiori, à une prescription de la loi de Moïse ;

6<» Quiconque refusera de se soumettre à l'arrêt d'un tribunal et ne payera pas l'amende qui lui aura été infligée ; il restera anathèmejusqu'à parfait acquittement de cette amende.

(1) Hilchoth, T. Thora ch. 6. Maimonide indique, dan» ce chap. les passages talmudiques dont il a, tiré ces cas.

1" Quicoiuiue sera détenteur d'un être malfaisant ou d'un objet dangereux, tels que cliien méchant ou échelle boiteuse, et qui après avis, ne fera pas disparaître cet objet ou cet être.

8« Quiconque ayant cédé ou vendu à un païen un champ contigu au champ d'un Israélite, ne consentira pas à prendre à son compte le dommage résultant, pour l'Israélite, de ce voisinage. (Cet anathème ne sera prononcé qu'au cas où l'israéhte aurait voulu donner, pour prix de la terre, une somme égale (l)à celle versée par le païen);

9" Quiconque, devant des juges étrangers, aura porté contre des coreligionnaires un témoignage que des juges israélites auraient reconnu sans valeur. L'interdit durera jusqu'à entière restitution, de la part du témoin, de la somme à laquelle aura été condamné l'Israélite (2).

10» Tout boucher qui, parce qu'il appartiendra luimême à la tribu des prêtres, se sera attribué les parties d'une bête qu'il aura saignée et qu'il aurait dû donner à un autre prêtre, comme représentant la dîme.

(1) Voir Tossaphoih, Baba Kama 114 et Choschem Mischpat, 218.

(2) Voir 1 Corinthiens, ch. 6-1, où $e trouve exprimée une idé» à peu près semblable.

11" Quiconque wégVigern àe célébrer \es deuxièmes jours de fête, institués par les rabbins et n'ayant aucune racine dans le Pentateuque ;

12" Quiconque, à la veille de Pessacli, se livrera à un travail après l'heure de midi ;

13" Quiconque proférera en vain le nom de Dieu, ou môme s'en servira pour affirmer des futilités;

14° Quiconque, par son exemple, entraînera d'autres hommes à profaner le nom divin ;

15" Quiconque engagera les fidèles à apporter des offrandes ailleurs que dans le temple de Jérusalem ;

16" Quiconque, empiétant sur le droit exclusif du Naçi et de son conseil, se permettra de fixer en dehors de la Palestine, des néoménies, ou de déclarer une année bisextile ;

47° Quiconque, par ses actes, donnera à un coreligionnaire l'occasion de transgresser une ordonnance de la loi mosaïque. Exemple : Un père se laisse aller à frapper son fils déjà homme, il se met dans le cas de se voir frappé à son tour par le fils qui violera ainsi le précepte du Décalogue : Honore ton père et ta mère (1).

18» Quiconque empêchera un autre de faire une bonne action, d'accomplir une œuvre pie.

(1) Moed Katan,17a. La servante du Naçi avait été présenta à une scène semblable; elle met le père en anathème. Cet anatlième, dit le Talmud, fut respecté pendant trois ans.

19" Tout boucher qui débitera de la viande malsaine.

20" Tout boucher qui, saignant une hôte en présence d'un docteur de la loi, n'aura pas, au préalable, fait inspecter son couteau par ce docteur, pour (lu'il puisse s'assurer si le couteau est ébréché ou non. (Il est défendu de saigner une bête avec un couteau ébréché. Cette précaution a pour but de diminuer les souffrances de la bote).

SI" Quiconque se livrera à l'onamisme ou à tout autre vice de cette nature.

22» Seront également frappés d'anathème, les deux conjoints qui, après avoir divorcé, continueraient à se voir, à avoir ensemble des relations, et se donneraient ainsi l'occasion de faillir.

23" Tout docteur de la loi qui aura une mauvaise conduite, religieuse ou morale.

24° Enfin celui qui lancera l'anathème indûment contre une autre personne.

Le contradicteur habituel de Maimouide, Rabbi Abraham ben David de Posquières (Vauvert), estime que Maimouide n'a pas épuisé la liste des cas de Pana» thème, et, à son tour, il en ajoute d'autres qui peuvent, il est vrai, être ramenés à l'un ou à l'autre de ceux précités.

En s'en tenant donc à la liste de Maimouide, il est aisé de comprendre les tendances des Amoraïm et leur but dans l'application plus large qu'ils font

de l"anathème. Celui-ci, tout d'abord, devait frapper celui qui s'écartait des règles de la religion; mais à côté de ce but principal, il devait assurer à la morale une base, ou mieux il lui servait de sanction; il devait, en outre, rendre des relations entre Israélites, affables et loyales, empêcher un Israélite de nuire directement à un coreligionnaire, ou indirectement en lui donnant un voisin non israélite et en l'exposant ainsi à des vexations ou à des violences. L'anathème sera désormais la seule peine en vigueur dans toutes les affaires , civiles et religieuses ; aussi le nombre des cas ira-t-il en augmentant

Il arrivera même que le rabbin excommuniant sera lui-même rais en interdit par la personne qu'il aura injustement frappée de ce châtiment ; il s'élèvera alors la question de savoir à qui restera le dernier mot. Le Talmud rapporte les deux faits suivants :

1° Rabbi Siméon, fils de Lakisch (1), était propriétaire d'un jardin où il y avait de magnifiques figues- Un jour, il trouve un inconnu qui se plaisait à en manger sans gêne ; il l'engage à se retirer. Le voleur refuse et continue à cueillir les fruits. c< Que cet homme, s' écrie lepropriétaire irrité, soit anatheme ! » Le voleur, sans se déconcerter, lui réplique : « Le dommage que je t'ai

(1) Moed, Katan, 17 a.

causé est réparable par de l'argent, tu avals le droit de me réclamer le prix de ce dommage, mais non de me déclarer analhème. Tu as, par conséquent, usé d'un droit qui ne t'appartenait pas et pour ce, je te mets toi en iinathème. » Tout bouleversé, Rabbi Siméon se rend à la salle d'étude où étaient réunis ses collègues ; il raconte ce qui vient de se passer et leur demande ce qu'il doit faire : « Ton anathème est nul, lui fut-il répondu, celui de l'inconnu est valable : Va donc rejoindre le voleur pour qu'il le relève de son interdit, et si tu ne le peux, va trouver le Naçi qui seul a qualité pour te relever de cet anathème ». 2° La communauté de Tibériade (1) avait à acquitter un impôt très-onéreux. Le rabbin, chargé, sans doute, de réunir la somme et ne pouvant la trouver chez les membres de sa communauté, s'avisa, dans cette circonstance critique, de requérir Jacob, fds d'Abin, l'un de ses collègues, et lui intima l'ordre de lui apporter le flambeau d'argent qu'il possédait. Le rabbin espérait, par là, satisfaire aux exigences du gouverneur étranger. Le propriétaire du flambeau, outré de cette injonction que rien ne justifiait, lança un anathème contre le rabbin qui aussitôt le paya de la môme monnaie. Peu après cependant les deux docteurs reconnurent leurs torts et suspendirent l'un l'anathème de l'autre.

(1) Yerusalimi 3-1,

Nous ne saurions trop le répéter. On recourait à l'anaihème à propos de tout, et l'indignation était, bien plus souvent que le souci de leur propre honneur ou que celui des intérêts religieux, la conseillère des docteurs. Nous sommes loin du motif invoqué par R. Gamaliel et son conseil pour infliger cette honte à R. Eliézer. Alors on n'avait d'autre intention que de de ne pas laisser consacrer, par le temps et par la pratique, une décision rejetée par la majorité. Désormais, il y aura abus dans l'application de l'anathème, et comme conséquence, l'anathème tombera en discrédit et perdra, chaque jour, davantage, de son efficacité. Mais n'empiétons pas.

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