ORDRES MILITAIRES
L'ordre de Saint-Jean ou de l'Hôpital apparut en Portugal à peu près à la même époque que celui du Temple. Il n'y atteignit cependant jamais, à beaucoup près, l'importance de ce dernier : il ne possédait en Portugal qu'un prieuré soumis au grand commandeur de l'ordre pour les royaumes de la péninsule ibérique.
L'ordre d'Aviz se forma au XII" siècle. Il reçut, au siècle suivant, les biens que l'ordre de Calatrava possédait en Portugal, mais resta un véritable ordre portugais indépendant en fait, sinon nominalement, du grand maître castillan (i). Il acquit un prestige tout particulier quand son maître, Jean, devint roi de Portugal en 1385.
Le quatrième ordre, celui de Santiago da Espada (Saint- Jacques de l'Epée), avait été créé en Galice, près de Compostèle vers 1 170, mais il avait pénétré en Portugal peu après sa fondation pour y participer aux guerres contre les Maures. Les services qu'il rendit, déterminèrent le roi Denis à demander au pape, en 1288, la création d'une maîtrise spéciale pour les chevaliers portugais. En 1320, cette maîtrise fut rendue complètement indépendante.
A l'époque où les guerres contre les Maures étaient presque continuelles, les ordres militaires formaient en quelque sorte le noyau de l'armée et de la marine portugaises. Ils combattaient sans relâche, comme leur serment les y obligeait, contre les ennemis de la chrétienté, qui étaient en même temps les ennemis du roi. Les rois de Portugal les considéraient comme leurs plus précieux auxiliaires et les récompensaient de leurs services par de riches donations. Mais, quand les Maures eurent été expulsés du Portugal au milieu du XIIP siècle, ces ordres, devenus inactifs, se transformèrent; la discipline se relâcha et les frères adoptèrent un genre de vie presque identique à celui des autres nobles. En 1340 déjà, ils prirent part à la bataille du rio Salado contre les Maures d'Espagne, non pas comme une troupe spéciale, mais mêlés aux vassaux du roi et, à l'époque de Jean P'', ils fournissaient comme les autres
(1) ScHAEFER, Geschichte von Portugal, I, p. 352.
l8 LE PORTUGAL AU DEBUT DE SON EXPANSION
donataires leur contingent à l'armée royale (i). Leurs maîtrises, richement dotées, furent dès lors presque toujours occupées par un membre de la famille royale. Elles formaient des sortes d'apanages de la couronne, tandis que les commanderies servaient à récompenser le dévouement des courtisans. Les ordres militaires n'étaient plus au XV^ siècle comme autrefois, des corps de troupes organisés en vue de la lutte contre les infidèles, mais des sortes d'associations chevaleresques aux liens très relâchés, dont les richesses et l'activité étaient mises au service du roi et de la cour (2).
Dans les provinces soumises directement à l'administration du roi, comme dans les districts concédés aux ricosliomens et au clergé, se trouvaient de nombreuses communes (^co;7c^///05^ qui, en vertu àe foraes ou privilèges, jouissaient d'une certaine autonomie en matière administrative et judiciaire et envoyaieirt des délégués aux Cortès. A l'époque des guerres contre les Maures, ces communes étaient les vrais centres de l'activité nationale ; elles avaient pris une part active à la lutte et leurs foraes étaient la récompense de leurs services (3). Mais, au XV^ siècle, ces privilèges n'étaient plus intacts. Les ricoshomens violèrent souvent ceux des communes situées dans leurs domaines. Les rois eux-mêmes, loin d'accorder aux communes une protection efficace contre les abus de la noblesse, diminuèrent sensiblement, dans le courant du XIV*^ siècle, l'étendue de leurs privilèges. Alphonse IV et Pierre le Justicier substituèrent dans certaines communes des juges royaux dits jiiizes da fora, aux juges élus par les bourgeois et leurs corregedores, chargés simplement jusqu'alors de veiller à la paix publique, commencèrent à s'immiscer dans les affaires municipales (4).
(1) Ce contingent était de 3ûo lances, dont loo de l'ordre du Christ, loo de l'ordre de Saint-Jacques, 80 de celui d'Aviz et 20 de celui de Saint-Jean. Schaefer, GeschichtevonPortugal,ll\,p.gi. — Ouvrira M arti}<s,Os Ji!/ios de Joâo l, p. 35.
(2) Gama Barros, Historia da administraçâo, I, ch. II, sect. 2 : As ordens mil (tares.
(3) Sur l'organisation des concellios, voir Herculano, H'ist. de Port., IV, 3* partie.
(4) Schaefer, Geschichte von Portugal, II, pp. 70 à 78. — Rebello da Silva, Hist. de Port., V, p. 417.