‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 9 sur 173 · ORGANISATION POLITIQUE ET SOCIALE · texte numérisé non relu

ORGANISATION POLITIQUE ET SOCIALE

La période coloniale commence donc en Portugal, au moment où, dans la lutte séculaire entre le pouvoir du roi et celui de la haute noblesse, la victoire commence à se dessiner au profit du premier. Néanmoins, durant les soixante premières années de cette période, les grands domaines nobles continuèrent d'échapper complètement, au point de vue administratif, à l'autorité ro3'ale. Leurs propriétaires étaient d'ailleurs de fidèles sujets du roi, composaient son conseil et occupaient de hautes charges à la cour, où ils envoyaient leurs fils se former aux usages de la chevalerie. Jamais ils n'essayèrent comme la noblesse féodale d'autres pays, de transformer leurs domaines en Etats indépendants. Mais ils administraient ces domaines à leur guise, possédaient généralement le pouvoir judiciaire dans toute sa plénitude, sauf appel dans certains cas aux juges auliques, étaient les chefs militaires de leurs vassaux (quand leur acte de donation ne les dispensait pas de tout service mihtaire) et ne pa3'aient pas d'impôts (i).

Les biens ecclésiastiques, très nombreux, étaient administrés par les chefs du clergé séculier ou régulier comme ceux des ricoshomens . La situation du clergé dans l'organisation politique du Portugal, après avoir donné lieu au XIIP et au XIV* siècle à des différends nombreux entre le roi et les hauts dignitaires ecclésiastiques, avait été partiellement définie par Pierre le Justicier, aux Cortès d'Elvas de 1 3 6 1 . Les pouvoirs judiciaires des évêques et des couvents furent restreints et nettement délimités ; il leur fut interdit d'acquérir de nouveaux biens immobiliers sans l'autorisation royale ; enfin les brefs du pape durent être soumis à l'exequatur royal, ce qui mit fin à la prétention soutenue au XIV* siècle par l'évêque de Porto, de ne relever que du pape, même dans les questions de juridiction temporelle.

Mais, quoique amoindri par ces mesures, le pouvoir du clergé resta très considérable. Puissant parle nombre de ses membres, par ses riches dotations, par la haute situation de ses chefs, par les armes spirituelles redoutables dont il disposait, le clergé intervenait activement dans les affaires publiques, notamment

(1) Rebello da Silva, Hist. de Port., V, p. 340.

l6 LE PORTUGAL AU DÉBUT DE SON EXPANSION

dans les délibérations des Cortès (i). C'étaient, en général, des clercs qui composaient la chancellerie royale, remplissaient les fonctions de notaires et dirigeaient les services de la trésorerie (2). D'un autre côté, par suite de la grande piété du peuple portugais, l'influence sociale du clergé était extrêmement forte. Fréquemment des laïcs, sans se destiner à la vie religieuse, se retiraient dans les monastères pour y faire pénitence et partageaient, pendant un temps plus ou moins long, la vie des religieux ou, sans prononcer de vœux, passaient dans un couvent les dernières années de leur vie. Plus instruits que les autres classes de la population, respectés comme ministres de Dieu, les moines étaient les conseillers écoutés du peuple, même dans les actes de la vie publique.

Cette influence du clergé fut mise au service de la royauté du jour où, sous Emmanuel le Fortuné (15 14), l'Eglise de Portugal eut pour chef le chapelain royal, plus tard patriarche de Lisbonne. L'indépendance du clergé vis-k-visde la couronne déjà fort diminuée quand commence la période coloniale, devait disparaître complètement un siècle plus tard.

Les ordres militaires très différents des autres ordres, et par leur mission et par la façon de vivre de leurs membres, souvent plus soldats que moines, méritent une mention spéciale à raison du rôle important qu'ils ont joué dans l'histoire du Portugal.

Au début du XV^ siècle, ces ordres militaires étaient au nombre de quatre. Le plus ancien était celui du Temple qui s'était établi en Portugal dès 11 28, c'est-à-dire peu de temps après sa création en Terre-Sainte. Sa dissolution avait été prononcée par Clément V en 131 2, mais, dès 13 18, sa branche portugaise fut reconstituée sous la forme d'une association exclusivement portugaise qui prit le nom d'ordre du Christ. Il possédait de vastes domaines entre Coïmbre et Leria et dans les Algarves. Sa maison principale était établie, depuis 1356, à Thomar (3).

(1) Gama Barros, Historia da administraçâo, I, pp. 344-346.

(2) ScHAEFER, Geschichte von Portugal, II, p. 23 etss.

(3) Arns, Ordem de Christo {Revista portugue^a maritima e colonial, 1898, p. 243).

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