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COMMUNES

Les communes portugaises n'avaient pas la force, comme celles des Pays-Bas, de défendre longtemps leurs privilèges. Elles étaient rarement assez peuplées pour mériter le titre de ville ou de cité. Simples agglomérations rurales pour la plupart, elles possédaient' peu de ressources. Leurs habitants étaient répartis en de nombreuses classes, non pas d'après leur profession (i), mais d'après leur richesse et leur naissance. Ces classes servaient de base à l'organisation militaire du royaume.

Au degré inférieur se trouvaient les indigents et les demilibres. Ils étaient exempts des charges publiques, du service militaire, mais ne participaient pas à l'administration de la commune.

C'était la bourgeoisie qui constituait, à proprement parler, le municipe. Suivant leur degré de fortune, on classait les bourgeois (vizinhos) en fantassins (pedites, peôes) et cavaliers (cavalleiros), catégories qui comportaient de nombreuses subdivisions (2). Les habitants de la commune qui étaient nobles de naissance, constituaient la classe des cavalleiros fidalgos (3).

Chacune de ces classes jouissait non seulement de prérogatives honorifiques, mais d'avantages spéciaux en matière judiciaire et en matière fiscale. Ceux des nobles allaient jusqu'à l'exemption complète des impôts (4).

La population des communes se divisait ainsi en groupes différemment privilégiés, ayant chacun leurs intérêts particuliers à sauvegarder, qu'il était difficile d'unir pour la défense des foraes.

Toutes ces causes, action des grands et de la royauté, défaut de ressources matérielles, absence d'union entre les

(ij II y avait cependant des exceptions. Certaines professions donnaient droit au rang de cavalleiro. Herculano, //zs^. de Port., IV, p. 3i8.

(2) Par exemple, les pédites qui se servaient de la bésta (arme de jet) et qu'on appelait besteiros, avaient des avantages égaux aux cavalleiros. S'ils venaient à l'armée sans leur arme, ils étaient mis au rang de simples fantassins. Herculano, Hist. de Port., IV, p. 3i6.

(3) Herculano, Hist. de Port., IV, pp. 336-341. — Gama Barros, Historia da administraçâo, I, pp. 494-514.

(4) Herculano, Hist. de Port., IV, p. 40 1 .

habitants, amoindrirent peu à peu l'importance des communes. Jean d'Aviz qui leur devait le trône, leur donna, en réunissant assez fréquemment les Cortès, l'occasion d'exprimer leur avis sur la direction des affaires publiques, mais sous ses successeurs leur intervention, d'ailleurs peu efficace, fut de plus en plus rare.

Comme nous l'avons vu plus haut, les institutions militaires se modelaient sur les institutions sociales, chose toute naturelle chez une nation qui s'était constituée au milieu d'une longue suite de guerres. L'armée avait pour chef le roi et était commandée par lui ou par le connétable. L'infanterie se recrutait uniquement parmi les classes inférieures de la bourgeoisie. La cavalerie comprenait les vassaux du roi, les contingents des donataires, les troupes des ordres religieux et les hommes montés des communes. L'armée était donc une véritable milice nationale ; elle ne comptait pas de mercenaires dans ses rangs et les chevaliers étrangers qui se joignaient parfois à elle en temps de guerre, étaient en trop petit nombre pour modifier son caractère. Au début du XV siècle, elle était forte de 4000 à 6000 cavaliers, vassaux du roi pour la moitié, et de 14.000 à 20.000 fantassins.

On veillait avec soin à ce que les hommes eussent leurs équipements toujours en bon état, de manière à ce qu'au premier appel aux armes les troupes fussent prêtes à combattre. Les vassaux du roi (vasallos acontiados) recevaient même du souverain la somme nécessaire (contia) à leur armement et à celui de leur suite (i).

La marine avait été, jusqu'au XV^ siècle, l'objet de beaucoup moins de soins que l'armée de terre. On fait remonter la création d'une flotte de guerre au règne du roi Denis qui, pour l'organiser, fît appel au talent des Génois. Manuel Peçanha (ou Pezagno), issu d'une noble famille génoise, devint, en 13 17, amiral héréditaire du Portugal. Il s'engagea à entretenir pour le service du roi, vingt officiers génois, aptes à commander les galères. En temps de paix ces officiers ne recevaient pas de

(i) ScHAEFER, Geschichte von Portugal, III, pp. 90 91. — Rebello da Silva, Hist, de Port., V, p. 8. — Oliveira Martins, Osfilhos, p. 35.

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