CHRISTOPHE COLOMB
assez long en Portugal. Auparavant il n'avait que peu de connaissances et d'expérience nautique ( i). Tl résida en Portugal pendant une huitaine d'années (1477-1484); il y épousa Felipa Moniz, fille de Barthélemi Perestrello, capitaine donataire de Porto Santo, et ce mariage le mit probablement en rapport avec des marins expérimentés. Ce fut sans doute par eux qu'il entendit parler des difficultés que présentait la circumnavigation de l'Afrique pour atteindre les Indes par l'est et des tentatives faites pour y arriver par l'ouest. Il eut connaissance de la correspondance échangée entre le chanoine Fernam Martinez, confesseur du roi Jean II, et le savant florentin Toscanelli. Il n'est pas impossible qu'il soit entré en possession d'une copie de ces documents d'une manière illicite. Toujours est-il qu'il quitta précipitamment le Portugal en 1484 et se rendit en Andalousie. Il parvint à intéresser plusieurs personnages au projet que lui avaient suggéré les documents de Toscanelli, d'atteindre les Indes par l'Ouest. On ne sait au juste qui furent ses premiers protecteurs (2), mais il trouva rapidement un appui auprès de Don Louis de la Cerda, duc de Médina Celi, l'un des membres les plus riches et les plus influents de la noblesse castillane (3). Celui-ci s'éprit tellement de son projet qu'il voulut même fournir l'argent nécessaire pour le mettre à exécution, mais il y renonça en apprenant que la reine Isabelle elle-même avait été gagnée à l'entreprise de l'aventurier génois et l'avait mandé à sa cour. Colomb ne parvint pas à persuader
(1) Il est mentionné encore comme tisserand à Savone en 1473, et il arriva une première fois en Portugal en 1476, après un combat naval entre des navires génois et ceux du pirate français Coullon II avait alors 25 ans, étant né en 1451. Sur la jeunesse de Ch. Colomb, voy. H. \'ignaud, Etudes critiques sur la vie de Colomb avant ses découvertes. Paris, iqoS; sur son séjour à Lisbonne, U. Asse- RETO a publié des documents intéressants dans La data délia nascita di Colombo accertata da un documento nuovo. La Spezia, 1904.
(2) D'après Altamira (Historia de Espana. Barcelone, 1902, p. 38i), Colomb aurait résidé d'abord à Séville, où il obtint la protection d'un banquier italien Juanoto Berardi ; celui ci le mit en rapport avec des seigneurs de la cour. Colomb trouva parmi eux aussi quelques partisans, entre autres le contador major Quintanilla, qui avait déjà entrepris, par asiento ou contrat avec la couronne, la conquête de la Grande Canarie dés 1480 et avait fait le commerce d'esclaves.
(3) Il descendait sans doute de Don Louis de la Cerda, à qui le pape Clément VI avait conféré, en 1344, la suzeraineté des Canaries (Voir p. 272).
2/6 LES GRANDES PHASES DE l'EXPANSION
les conseillers de la reine de la possibilité de réaliser son voyage par la route qu'il leur indiqua. Il ne leur donna pas sans doute, au point de vue des connaissances nautiques et géographiques, des garanties suffisantes. D'ailleurs ces conseillers pouvaient avec raison se défier de son projet, puisque le roi de Portugal lui-même l'avait abandonné (i).
Cependant la reine Isabelle donna une pension à Colomb, mais, préoccupée qu'elle était par la guerre contre les Maures, elle remit à une date ultérieure la décision à prendre au sujet de l'expédition. Impatient de réaliser son plan, Colomb résolut de le soumettre à d'autres souverains pour obtenir leur appui. Il voulut, dit-on, partir pour la France. En se rendant au port de Palos, il passa par le couvent de la Rabida. Le « gardien » ou chef de ce couvent, Juan Ferez de Marchena, séduit par le projet de Colomb, le pria d'y attendre jusqu'à ce qu'il eût fait une dernière tentative en sa faveur auprès de la reine. Il avait été antérieurement confesseur de la souveraine et c'est à ce titre qu'il s'adressa à elle pour lui recommander chaleureusement le projet de Colomb (2).
La démarche de ce religieux fut couronnée de succès. Isabelle, qui se trouvait au camp de Santa Fe devant Grenade, s'attendait d'un jour à l'autre à la prise de cette ville et elle accueillit favorablement la demande du protecteur de Colomb. Avant même la chute de Grenade, elle décida de lui prêter son appui .
On a déjà remarqué que ce fut parmi les ecclésiastiques que Colomb trouva ses plus dévoués partisans. Le marin génois sut faire entrevoir, dès le début, les conséquences favorables que la réussite de son projet pourrait avoir pour l'extension de la foi catholique. Cette perspective fut peut-être le principal
(1) Altamira (Historia de Espana, t. II, p. 382), affirme qu'une autre commission de savants — non officielle celle-ci — réunie à Salamanque, émit au sujet du projet de Colomb un avis favorable. Le cosmographe catalan Jaime Ferrer de Blanes aurait assisté à cette junte et aurait même fourni des indications sur la meilleure route à suivre pour faire la traversée de l'Atlantique. Faisaient aussi partie de cette commission deux dominicains : Diego de Deza et Antonio de Marchena.
(2) S. RuGEj Columbus, p. gS, 2<= édition. Berlin, 1902.