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CONQUETE DES CANARIES

considérable, n'était sa guerre avec la Castille et les Sarrasins. Cependant Don Louis n'entra pas en possession effective du fief pontifical, qui resta en quelque sorte une terre vacante.

Vers la fin du XIV siècle, des marchands « aventuriers » de l'Andalousie et des provinces basques, associés à Séville, entreprirent, avec l'autorisation de Henri III, roi de Castille, une expédition le long des côtes d'Afrique jusqu'aux îles Canaries (ij. Ils pillèrent Lanzarote, la plus orientale de ces îles, capturèrent un grand nombre d'indigènes, puis retournèrent à Séville. A plusieurs reprises des navigateurs castillans furent jetés par la tempête sur les rivages des Canaries, mais il ne s'établit pas de rapports directs entre ces îles et la péninsule ibérique. Ce ne fut qu'au début du siècle suivant qu'un chevalier normand, apparenté à la noblesse de Castille, Jean de Béthencourt, avide d'aventures et de gloire, commença la véritable conquête des Canaries (1402- 1405). Il obtint à cet effet l'assentiment de Henri III qui lui accorda quelques secours (2). Les fameuses « îles Fortunées » devinrent ainsi un fief de la couronne de Castille. Cet épisode de la conquête des Canaries se rattache sans doute à la grande lutte de la Castille et des autres royaumes ibériques contre les Maures ; peut-être ces îles furent-elles considérées comme des points d'appui pour les guerres à entreprendre contre les infidèles sur les côtes d'Afrique, car cette entreprise eut lieu immédiatement après la grande expédition maritime dirigée en 1399 contre Tétouan, fameux repaire de corsaires. De Béthencourt fit d'ailleurs au moins une descente sur la côte africaine dans la région appelée Rio de Oro; il projeta même d'y construire une forteresse, mais il ne put réaliser son dessein.

Les rois de Castille, trop occupés à l'intérieur de la péninsule, ne portèrent guère leur attention vers les terres d'outremer. Ils se laissèrent devancer dans la voie de la colonisation

(i) MiNUTOLi, Die Canarischen Insein, pp. 19-21. — A. Millabes, Historia gênerai de las islas Canarias. Las Palmas, 1882.

(2) Le Canarien, livre de la conquête et conversion des Canaries (1402-1422) par Jean de Béthencourt, édité par G. Gravier dans les publications de la Société des Antiquaires de Normandie. Rouen, 1874. — P. Margrv, La conquête et les conquérants des îles Canaries. Paris, iSgô.

par leurs voisins, les rois de Portugal. Jean P' s'opposa bien à la première tentative faite par son fils, Henri le Navigateur^ pour fonder un établissement aux Canaries (1424) (i), mais il favorisa de toutes ses forces l'expansion portugaise le long des côtes d'Afrique. Sous le règne de son petit-fils Alphonse V, la conquête des Canaries tenta de nouveau Henri le Navigateur ; cette fois il parvint à faire occuper Lanzarote (1447).

Les souverains de Castille ne comprirent l'importance et la valeur des Canaries que lorsque les navigateurs portugais eurent déjà jeté les bases d'un empire colonial en Afrique, notamment sur les côtes du golfe de Guinée. A partir de 1477 ou 1478, différentes expéditions furent dirigées vers les Canaries au nom de la couronne de Castille. La reine Isabelle dénia au roi de Portugal tout droit sur ces îles. Les traités d'Alcaceva (1479) et de Tolède (1480) les lui assurèrent pour toujours. Ce fut surtout lors des expéditions de Christophe Colomb qu'Isabelle s'occupa de la conquête définitive des Canaries : en 1484 (29 avril), elle y fit proclamer sa suzeraineté; en 1497, Ténériffe, le dernier refuge des indigènes, tombait au pouvoir des troupes castillanes (2). L'occupation effective de ces îles ne fut donc opérée qu'à l'époque où s'ouvre l'ère des grandes découvertes. Elles constituèrent dès lors un excellent point d'appui pour l'expansion maritime de la Castille.

C'est un singulier concours de circonstances qui amena la reine de Castille à soutenir l'expédition de Christophe Colomb destinée à atteindre l'Inde par la voie de l'océan Atlantique. Désireuse de contribuer à la fois à la prospérité matérielle de ses États et à l'extension de la foi catholique, elle accorda son patronage au projet que lui présenta l'aventurier génois ; elle provoqua ainsi l'expansion outre mer de son pays et fit de la Castille une rivale redoutable du Portugal. Christophe Colomb ne vint chercher fortune en Espagne qu'après un séjour

(1) En quittant les Canaries, Jean de Béthencourt y avait laissé comme viceroi son neveu, Maciotde Béthencourt, qui se rendit coupable de telles exactions que la reine Catherine de Castille envoya contre lui trois caravelles. Maciot vint à Madère et vendit au prince Henri, raconte Azurara, ses droits sur les Canaries.

{2) Un grand nombre des indigènes fut réduit en esclavage (Saco, Historia de la Esclavitiid, p. 285. — Navarrete, Collée, dipl., appendice n» 7).

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