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LA « CAPITULATION » DE SANTA FE 2'J'J

motif qui détermina Isabelle à permettre et à seconder l'entreprise.

Quant à Colomb lui-même, tout en maintenant à l'entreprise son caractère de propagande religieuse, il visait un but plus pratique : la fondation d'un empire d'outre-mer à son profit et l'exploitation des richesses des Indes, lesquelles consistaient surtout en or et en épices (i). Les préoccupations de lucre primaient chez lui l'ardeur d'évangélisation (2).

Colomb demanda le titre héréditaire de « grand amiral de la mer océane », de vice-roi et gouverneur général des îles et de la terre ferme à découvrir et la dîme de toutes les richesses et productions dans les régions soumises à son autorité. Ces exigences retardèrent la signature de la « capitulation » de Santa Fe, qui n'eut lieu que le 17 avril 1492 : Colomb était nommé amiral avec toutes les prérogatives attachées au titre de grand amiral de Castille; il devenait en outre vice-roi et gouverneur général des îles et de la terre ferme à découvrir ; il avait droit à la dîme de tous les produits (3); il devait contribuer pour un huitième aux frais de l'expédition, mais recevrait un huitième des profits commerciaux qui en résulteraient. Ainsi donc la reine Isabelle se réservait non seulement la souveraineté sur les terres à. découvrir, mais la plus grande part des bénéfices de l'entreprise. Il est vrai qu'elle en couvrait presque tous les frais.

L'alcade de Palos reçut l'ordre de mettre à la disposition de Colomb les deux caravelles « armées aux frais de la ville », que, en vertu d'un jugement du conseil royal, la municipalité

(1) Cela ressort à l'évidence de plusieurs lettres de Colomb, notamment de celle qu'il adressa en 149? aux souverains pour expliquer son plan d'organisation de la colonie d'Espugnola. On y voit que sa principale préoccupation est de recueillir de l'or et de faire le commerce (Thacher, Christofhev Columbus, t. III, pp. looetsuiv.). Voir aussi les lettres écrites à son fils, en )5o4, ibid., pp. 299-349.

(2) Voir en sens contraire Roscher, Kolonien, Kolonialpolitik, ... p. 41, qui attribue à l'expansion coloniale de la Castille des causes essentiellement religieuses.

(3) Les produits mentionnés entre autres dans la « capitulation » sont les perles, les pierres précieuses, l'or, l'argent, les épices, etc.. (Thacher, Christopher Columbus, t. I, p. 441).

de Palos avait dû entretenir pendant un an au service du roi (i).

Colomb fit à Palos la connaissance de Martin Alonso Pinzon, un riche armateur versé dans la navigation océanique. Il s'associa avec lui, lui promettant la moitié de ses bénéfices éventuels. Mais il rompit bientôt cet engagement, on ne sait pourquoi, et c'est peut-être par suite de ce fait qu'il ne parvint pas à embaucher un seul matelot. Grâce à l'entre mise du frère Jean Perez, une nouvelle convention fut conclue entre Colomb et Pinzon : on en ignore les stipulations. Dès lors des matelots furent vite trouvés ; les deux caravelles fournies par la reine furent échangées contre deux autres plus grandes, appelées la Pinta et la Nifia, et une naus, la Smita Maria, fut louée. Colomb s'y embarqua avec le propriétaire de ce navire, Juan delà Cosa, comme maitre d'équipage (2).

Le premier voyage de Colomb (3 août 1492-15 mars 1493) révéla l'existence de terres inexplorées, qu'il prit lui-même pour les approches de l'Inde. Après avoir touché une des îles Bahamas, il avait longé la côte septentrionale de Cuba et s'était dirigé ensuite vers Haïti, qu'il appela Espagnol a et qu'il crut être Zipangu (le Japon). Il en prit solennellement possession au nom de la couronne de Castille en y plantant, sur le rivage presque en face de l'île Tortue, une grande croix. Voyant que les habitants portaient des ornements en or, il crut que l'île recelait de grandes quantités de ce précieux métal et il résolut d'y séjourner quelque temps. Par suite de l'imprudence d'un marin, le vaisseau amiral échoua et on dut en transporter la cargaison à terre. Colomb fut alors obligé de laisser dans l'île une partie de son équipage; il fit construire un retranchement avec les débris du navire et le baptisa du nom de « Navidad ».

Des mutineries éclatèrent après le départ de Christophe Colomb. La plupart des Espagnols, en quête de trésors, parcoururent l'île en maraudeurs; ils furent surpris par un cacique

(1) Les (c cédules » relatives aux voyages de Colomb (1493-1493) sont publiées dans les Documentas ineditos relativos al descubrimiento..., 1"-' série, t. XXI, pp. 3o3 et suivantes.

(2) Les caravelles — de loo à 200 tonnes — étaient à cette époque les navires ordinairement employés par les Portugais dans leurs voyages d'exploration.

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