LES INDES OCCIDENTALES
qui, à la tête de ses troupes, les força de prendre la fuite et de retourner à leur campement. Il se rendit alors en toute hâte à Xavidad, s'en empara sans difficulté et massacra presque tous les occupants. Ceux qui parvinrent à s'enfuir ne survécurent pas longtemps à la destruction de l'établissement : ils durent se cacher dans les forêts et 3^ périrent d'une mort misérable.
Au cours du voyage, Martin Alonso Pinzon avait fait défection pendant un certain temps. Il avait voulu aller seul à la conquête de richesses, mais il n'avait pas trouvé ce qu'il désirait et avait alors rejoint le gros de l'expédition.
En somme, les premières découvertes ne répondirent pas entièrement à l'attente de Colomb et, s'il revint aussi vite en Espagne, ce fut pour annoncer l'heureuse issue du voyage : il croyait avoir posé les premiers jalons pour la prise de possession de l'Inde.
Un grand nombre d'aventuriers, désireux de participer à l'exploitation des Indes, s'inscrivirent pour le second vo3'age de Colomb (1493). Environ douze cents hommes s'embarquèrent : il y avait parmi eux des mineurs, des artisans, des agriculteurs et des hidalgos.
En même temps Isabelle, préoccupée d'étendre le domaine de la religion catholique, choisit le bénédictin Bernard Buyl, de Catalogne, comme premier apôtre des Indiens. Ce choix fut confirmé plus tard par le pape (1494). Douze missionnaires, entre autres Barthélémy de Las Casas, se présentèrent pour évangéliser les Indiens. Ce nombre est très restreint en comparaison du chiffre total de ceux qui participèrent à la deuxième expédition. Las Casas rapporte (i) que la plupart des partants étaient attirés par l'or ou le désir de voir des pays nouveaux.
Le roi de Portugal, Jean II, avait fait quelques difficultés pour reconnaître à la Castille le droit de faire des conquêtes du côté des Indes (2). Il s'autorisa des bulles que les papes avaient octroyé à ses prédécesseurs et des traités d'Alcaceva et de Tolède pour réclamer le monopole du commerce des Indes.
(1) Chapitre LXXXIL
(2) \'oir p. 5i.
2 8o LES GRANDES PHASES DE L'EXPANSION
Cependant par la bulle du 3 mai 1493, le pape Alexandre VI confirma, en vertu de son autorité apostolique (nwtn proprio), les droits de la couronne de Castille sur les terres découvertes par Colomb. Puis, par une seconde bulle datée du lendemain (4 mai 1493), il établit une ligne de démarcation entre les zones d'influence du Portugal et de la Castille : cette ligne était fixée à 100 lieues à l'ouest des îles Açores et des îles du Cap Vert (i). Après de longues négociations les souverains des deux pays en vinrent à conclure le traité de Tordesillas (7 juin 1494) qui reportait la ligne de démarcation à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap Vert (2).
Pendant ce temps Colomb poursuivait son second vo3^age. Hanté par l'idée de reconnaître ce qu'il croyait être le continent asiatique, il ne s'occupa guère lui-même de la colonisation des terres découvertes : il fonda bien à Espagnola (Haïti) la ville d'Isabela, après avoir constaté avec regret la ruine totale de l'établissement de la Navidad, mais il confia à l'un de ses lieutenants le soin de diriger la colonisation pour aller luimême à la recherche du pays de l'or.
L'établissement d'Isabela eut une existence très précaire. Ce ne fi.it pas sans peine que les colons parvinrent à effectuer les premiers travaux d'installation et à se pourvoir d'un matériel agricole. Leur inexpérience, d'une part, le climat meurtrier, de l'autre, furent les principales causes de la lenteur avec laquelle se fit la colonisation.
Christophe Colomb avait chargé un de ses lieutenants, Alonso de Hojeda, de faire, à la tête de quinze hommes, une rapide expédition vers les montagnes 011, à ce qu'il avait entendu dire, se trouvait une contrée aurifère, Civao. On ne découvrit que très peu d'or ; ce fut pour Colomb une véritable déception. Pour que l'expédition pût produire des bénéfices,
(1) Voir ci-dessus pp. .S2 et suiv. — Plusieurs auteurs estiment que le pape, en octroyant ces bulles, n'a fait qu'accorder aux souverains portugais et castillan un monopole pour la catholicisation des infidèles. Il n'aurait posé qu'un acte de juridiction ecclé^iastique. (Voir à ce sujet Barthélémy, Les fondateurs du droit international. Paris, 1904, et Scelle, La traite négrière aux Indes de Castille, t. I, p. 7).
(2) Ce traité fut confirmé par une bulle du pape Jules II, le 24 janvier i3c6.