‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 103 sur 173 · PREMIERS ÉTABLISSEMENTS AUX ANTILLES · texte numérisé non relu

PREMIERS ÉTABLISSEMENTS AUX ANTILLES

il proposa aux souverains de réduire une partie des indigènes en esclavage et de les envoyer en Espagne afin de les soustraire plus facilement à l'influence du paganisme. Dépourvue d'approvisionnements, mal outillée, la deuxième colonie fondée par Christophe Colomb ne se maintint qu'à grand'peine. La plupart des participants au second voyage de Colomb étaient des aventuriers, partis avec la certitude de trouver l'Eldorado. Aussi furent-ils on ne peut plus désappointés, lorsqu'ils virent les difficultés d'installation. Leur mécontentement se traduisit par des révoltes et des conjurations contre leur chef. Ils trouvèrent un appui en la personne du trésorier de la colonie, Diaz de Pisa. Celui-ci fut toutefois arrêté sur l'ordre de Colomb et transporté en Espagne.

Au mois de mars 1494, Colomb partit lui-même, emmenant une petite troupe, pour explorer à son tour la région du Civao. Il y fit construire le fort San Thoma, où il laissa une cinquantaine d'hommes pour y recueillir de l'or. Revenu à Isabela, il apprit que la cacique Caonabo^ qui avait précédemment détruit le premier établissement espagnol, s'apprêtait à marcher sur Isabela. Il envoya Hojeda avec des troupes à sa rencontre, mais décida de quitter lui-même l'île avec les plus mécontents des colons pour aller à la recherche de terres offrant plus de ressources encore que les précédentes. Il visita la Jamaïque,mais, comme il n'y trouva pas de métaux précieux, il fit voile vers Cuba.

A son retour à Espagnola, Colomb apprit que le capitaine dé San Thoma ne s'était pas conformé à ses recommandations pour tenir en respect le cacique Caonabo, et avait même abandonné son poste. Les soldats qui lui avaient été confiés, s'étaient livrés alors à toutes sortes d'excès à l'égard des indi' gènes. Leurs pillages et leurs exactions eurent pour conséquence des représailles violentes de la part de ceux-ci. Colomb jugea nécessaire de renvoyer deux cents des colons les plus remuants en Espagne. D'autre part, il fit établir des postes militaires en divers endroits de l'île pour maintenir les tribus dans l'obéissance.

Pendant l'absence de Colomb, son frère Barthélémy admi-

nistra la colonie. Il fonda dans la partie méridionale de l'île, à proximité des régions aurifères, une nouvelle ville, Santo Domingo^ qui fut dès lors la capitale de la colonie. En outre, il s'empara de territoires encore indépendants situés dans l'ouest de l'ile ; il soumit à un tribut annuel le cacique de cette région et pour assurer la possession du principal district aurifère dans la partie méridionale, y installa un fort (las Minas de San Cristobal). Mais bientôt surgirent de graves difficultés : des troubles éclatèrent parmi les colons mécontents de ne pas recevoir une part assez grande des trésors conquis, qu'ils se figuraient être très grands; les soldats réclamaient en vain leur solde et les fonctionnaires, leur traitement. A la tète des mécontents se mit le juge Roldan qui fomenta une véritable révolte.

La guerre contre les indigènes se compliqua donc d'une lutte intestine. L'arrivée de Christophe Colomb ne fit qu'aggraver la situation : l'amiral réinstalla dans ses fonctions Roldan, que son frère avait destitué et relégué dans un district indigène.

Ce fut surtout le manque de ressources qui mit Colomb dans une situation embarrassante. N'ayant pas trouvé assez d'or, il se vit obligé d'envoyer en Espagne un certain nombre d'indigènes comme esclaves, pour prouver que les terres découvertes par lui présentaient des sources de richesses analogues à celles de plusieurs colonies portugaises d'Afrique (Arguin, etc.). La nouvelle des violences qui étaient commises à l'égard des indigènes, provoqua dans la métropole même une certaine émotion. La reine Isabelle donna l'ordre de renvo3^er les esclaves dans leurs foyers ; d'autre part, elle dépécha un commissaire extraordinaire, François de Bobadilla, pour faire une enquête sur les faits imputés à Colomb.

Prévenu contre Colomb, Bobadilla ne tint aucun compte des privilèges de « l'amiral et vice-roi » et le renvoya, comme on sait, prisonnier en Espagne. Isabelle essaya de réparer l'humiliation qui avait été infligée à Colomb en le mettant en liberté et en lui faisant rendre les honneurs dus à son rang, mais, convaincue de son incapacité comme organisateur et administrateur, elle ne lui rendit pas le gouvernement de

TENTATIVES d'EXPANSION EN AFRIQUE 283

Saint-Domingue. Le nouveau gouverneur fut Nicolas de Ovando (1501), qui donna aussitôt à la colonisation d'Espagnola une impulsion nouvelle. Au lieu de concentrer le plus possible tous les colons dans un même établissement, comme l'avaient fait Christophe Colomb et son frère, il les dispersa dans une série de districts nouveaux qu'il créa dans l'île (i).

Pendant que Christophe Colomb essayait, dans un quatrième voyage, d'atteindre le continent des « Indes » pour y trouver des régions plus riches que les îles qu'il avait découvertes, la reine Isabelle poursuivait la lutte contre les Barbaresques. Ceux-ci pratiquaient plus que jamais la piraterie, de concert avec les Maures expulsés de Castille. Les forces castillanes leur enlevèrent quelques ports et détruisirent quelques villes côtières comme Melilla et Cazaza (1497). P^^^^ tard elles attaquèrent Oran, mais eurent beaucoup de peine à s'en emparer (1509). Une réaction de l'Islam, amenée par les progrès des Ottomans^ fît perdre à la Castille presque tout le terrain gagné (2). Les tentatives d'expansion en Afrique étaient vouées à l'insuccès.

Le grand domaine colonial de la Castille devait être le Nouveau-Monde. Cependant souverains et sujets ne songeaient encore qu'à accaparer les richesses qui s'y trouvaient. Leur but resta essentiellement commercial : exploiter les Indes pour en retirer le plus de trésors immédiats. Les voyages de Colomb ayant révélé l'existence de gisements aurifères à Espagnola, c'est de ce côté que se dirigèrent ses continuateurs. Les expéditions particulières qui partirent de Cadix vers les Indes

(1) Sur l'activité de ce gouverneur, voyez l'intéressante notice de Ruiz Martinez, Gobierno de frey Nicolas de Ovando en la Espanola (dans El continente Americano, Conferencias dadas en el Ateneo... de Madrid. Madrid, 1894, t. I).

(2) A. Cour, L'établissement des dynasties des chérifs an Maroc et leur rivalité avec les Turcs de la régence d'Alger, i5oç-iS3o (publication de l'Ecole des Lettres d'Alger, t. XXIX). Paris 1904. — De i33o à 1541, la Castille reconquit quelques positions sur la côte septentrionale d'Afrique, mais elle les laissa dans l'abandon. (Mercier, Histoire de l'Afrique septentrionale. Paris 1888, t. III, pp. 32 et suivantes.)

284 LES GRANDES PHASES DE l'EXPANSION

occidentales avec l'autorisation des souverains et malgré le monopole accordé à Christophe Colomb à titre héréditaire, ne furent conduites que par quelques aventuriers avides de butin et n'aboutirent pas à la fondation de colonies ; quelquesuns d'entre eux, notamment Vicente Yanez Pinzon, ancien compagnon de Colomb, cherchèrent un passage maritime vers les iles à épices à travers les terres récemment découvertes.

Peu à peu, l'île Espagnola attira un grand nombre de Castillans, tandis que les îles voisines ne furent que virtuellement occupées sous la direction de Nicolas Ovando, gouverneur d'Espagnola. Les territoires conquis furent divisés en repartimientos ou encomiendas, districts ou commanderies, dont les chefs devaient fournir une certaine quantité d'or. Les indigènes furent astreints, à partir de l'âge de quinze ans, à payer tous les trimestres une redevance déterminée en or. Ceux qui ne voulurent pas se conformer à ces prescriptions furent réduits en esclavage, de même que ceux qui essa3^èrent de se soustraire aux exigences des vainqueurs.

La colonisation de la Jamaïque et de Porto-Rico ne se fit qu'avec une extrême lenteur. Ce n'est qu'en 1509 que Ponce de Léon fonda le premier établissement à Porto-Rico, notamment Capana, situé au sud de la capitale actuelle. Deux ans après furent construites les premières habitations de San Juan Baustita de Puerto-Rico, qui devait devenir la capitale de l'île. Porto-Rico n'attira dans la suite qu'un certain nombre de paysans, la plupart d'origine andalouse, \Q%jivaros ou f^oajiros, qui y créèrent des plantations. L'île de la Jamaïque commença à être colonisée vers 1509, lorsque Diego Colomb, désireux de faire affirmer ses droits héréditaires au gouvernement des Indes occidentales, envoya Esquimel avec environ soixante-dix colons y fonder un établissement. Esquimel débarqua au nord de l'île, à la baie Sainte-Anne, où Colomb avait également débarqué et y fonda Sevilla Xueva, qui reçut le nom de Sevilla d'Oro, parce qu'on trouva une certaine quantité d'or chez les indigènes. Cette découverte ne manqua pas d'exciter la convoitise des aventuriers espagnols qui avaient quitté leur patrie, et pendant un certain temps il y eut un afflux de colons vers

Page 1