COLONISATION DES GRANDES ANTILLES
la Jamaïque. De nouveaux établissements furent créés : Melilla, sur la côte septentrionale, et Oristan, Santiago de la Vega (15 20-1 5 2 6) (aujourd'hui Spanish Town, sur la rivière Cobre), et Esquimel, aujourd'hui Old Harbour, dans la partie méridionale. Dans la suite, comme la Jamaïque ne donna pas aux chercheurs d'or ce qu'elle avait promis, elle fut négligée et la colonisation n'y fit plus guère de progrès : cette île fut abandonnée à l'exploitation pastorale, mais ses ports servirent au ravitaillement des navires circulant entre l'Espagne et l'Amérique.
L'île si fertile de Cuba, la véritable « perle des Antilles », fut peu appréciée par les pionniers de la colonisation espagnole. C'est qu'elle ne leur offrait pas les richesses minérales ni végétales qu'ils cherchaient. La première tentative de colonisation de Cuba est due à l'initiative du conseil de Commerce des Indes ou Casa de Contratacion. Il fit préparer une expédition à Saint- Domingue en 1 5 1 1 . Un des plus anciens et des plus riches colons de cette ville, le capitaine Diego Velasquez, se mit à la tête de trois cents aventuriers qui partirent à la conquête de la plus grande des Antilles. Les indigènes de Cuba connaissaient les Espagnols de réputation ; ils avaient appris les horreurs commises par eux à l'égard des populations qui étaient tombées en leur pouvoir. Aussi se défendirent-ils avec énergie et ils ne succombèrent que par suite de l'imperfection de leur armement et de leur infériorité au point de vue stratégique. Velasquez créa un établissement à la baie de Palmas {Niiestra Seniora de la Asimcion de Baracoa) et procéda à la répartition des terres et des indigènes entre les colons. Ce ne fut pas sans difficultés. Les Indiens refusèrent de fournir les prestations de travail auxquelles on voulait les astreindre, et un grand nombre d'entre eux s'enfuirent à l'intérieur de l'île.
De même qu'à Espagnola, la Jamaïque et Porto-Rico, les Castillans qui voulaient s'installer à Cuba, obtinrent certains avantages, tels que des concessions de terres, des provisions pour une année, des instruments aratoires^ l'exemption des impôts pour un certain temps, etc. (i). Les premiers essais
(1) Documentas ineditos relativos al descubrimiento..., 2* série, t. I, IV et VI.
de plantation d'arbre à pain et d'élève du bétail réussirent à merveille. Peu à peu de nouvelles recrues arrivèrent pour la mise en valeur de cette terre si extraordinairement fertile. Des établissements s'échelonnèrent de la côte vers l'intérieur : en 1 5 1 8, on en comptait déjà sept. Mais bientôt la colonisation subit un temps d'arrêt. La plupart des colons étaient des aventuriers avides de butin et, comme Cuba ne les leur procurait pas assez promptement, ils tournèrent leurs regards vers le continent, du jour oi^i ils apprirent l'existence des trésors que renfermaient le INIexique et le Pérou.
L'occupation de l'Amérique centrale et de la côte septentrionale de l'Amérique du Sud fut lente et difficile à cause du climat et de la nature du sol. Ce fut encore la soif de l'or qui attira les Espagnols vers ces régions. Les bouches de l'Orénoque avaient été visitées dès 1498, le Honduras et l'isthme de Panama dès 1502, mais ces contrées ne furent occupées que quelques années après. En 1508, Alonso de Hojeda, ancien compagnon de Colomb, et Diego de Nicuesa, un planteur qui s'était enrichi à Espagnola, obtinrent l'autorisation de fonder deux provinces qui s'étendraient à l'est et à l'ouest du golfe d'Uraba d'un océan à l'autre (i). Mais leurs entreprises se réduisirent à des chasses à l'indigène. Elles eurent d'ailleurs des suites désastreuses pour les soldats de Hojeda. Ceux-ci durent reculer devant les Caraïbes, qui l'emportaient sur eux grâce à la force du nombre et à leurs flèches empoisonnées. Mais ils furent bientôt renforcés par les gens de Nicuesa et, avec leur aide, ils s'établirent aux bords du golfe de Darien et y fondèrent San Sébastian (i 5 10) qui, protégé par un fort, leur servit de centre d'opérations pour les rapts d'indigènes. Cependant les subsistances vinrent à manquer presque complètement et l'insalubrité du climat fit parmi les colons de nombreuses
(1) Hojeda obtint la Nouvelle-Andalousie (depuis le cap Vêla jusqu'au golfe d'Uraba); Nicuesa, la Castilla del Oro (depuis îe cap Gracias a Dios jusqu'à l'isthme de Panama). — (Coleccioii de docwnentos ineditos relatives al desciibrimiento..., i« série, t. XXII, p. i3.)