EXTENSION DE LA « NOUVELLE-ESPAGNE
■Cortez s'occupa alors de l'organisation du pays qu'il venait de conquérir au prix de tant de peines. Il résolut de faire reconstruire Mexico et d'y établir le siège de son gouvernement. Il força les indigènes à fournir la main-d'œuvre et dirigea les travaux de telle manière qu'au bout de quatre ans on vit s'élever, à l'emplacement de l'ancienne capitale mexicaine, une nouvelle ville construite sur un plan analogue, mais au milieu de laquelle se dressait, au lieu du vieux temple païen, une grande église catholique. Le palais de Montezuma fut rasé et fournit la Plaza-Mayor, dans l'angle de laquelle s'éleva le palais de Cortez, plus tard résidence des vice- rois. Des fortifications défendirent la cité de toutes parts contre une attaque de l'extérieur; elles furent même pourvues de canons que Cortez fit couler à Mexico, à défaut de ceux qu'il n'avait pu obtenir de la métropole. La ville se repeupla assez rapidement, grâce aux faveurs accordées aux nouveaux habitants : ils reçurent des habitations et des concessions de terres.
La nouvelle de la conquête d'un pays riche et avancé en civilisation provoqua en Espagne un mouvement d'émigration assez considérable. Depuis le deuxième voyage de Colomb, il n'}' avait plus eu un tel afflux de colons et d'aventuriers.
Cortez poursuivit la conquête du pays jusqu'à la « mer du Sud ». Il envoya des commissaires pour procéder à la prise de possession de cette mer au nom du roi de Castille. Pendant ce temps, deux de ses lieutenants, Sandoval et Alvarado, pénétraient dans les parties méridionales du Mexique et s'emparaient entre autres de la riche vallée d'Oaxaca. Bientôt Cortez annexa la région de Colima à l'ouest et celle de Tabasco au sud-est. D'autre part, il étendit encore sa domination du côté du golfe du Mexique en s'emparant du territoire de Panuco, ce qui ne se fit pas sans difficulté, à cause de la résistance acharnée des indigènes. Les expéditions entreprises par Cortez avaient surtout pour but la conquête des pays côtiers, car il avait toujours en vue la recherche d'un passage maritime entre l'Atlantique et le Pacifique.
Après avoir été méconnu pendant longtemps par la cour de Madrid, oii Fonseca dirigea, après la mort de Ximénès, les
296 LES GRANDES PHASES DE l'EXPANSION
affaires coloniales, après avoir même été destitué officiellement par celui-ci, Cortez obtint enfin la récompense des services qu'il avait rendus à la couronne. Une commission royale, nommée par Charles-Quint, fît une enquête sur les différends qui avaient surgi précédemment entre le conquistador et les autorités métropolitaines et conclut à l'unanimité en faveur de Cortez. Celui-ci fut nommé, le 15 octobre 1522, gouverneur, capitaine général et grand juge- de la Nouvelle-Espagne (nom donné au Mexique), avec des pouvoirs quasi illimités (i).
La colonie fut alors définitivement organisée et sa mise en valeur fut préparée avec le plus grand soin par Cortez. Il choisit comme port principal une baie située à l'embouchure de la rivière Antigua et lui donna le nom de l'ancien établissement de Vera-Cruz, qui fut abandonné (2). Il fit établir de distance en distance sur le territoire septentrional des postes militaires ou presidios. Il fonda quelques autres cités et accorda partout aux colons de grandes concessions de terres, à condition de se marier à des femmes indigènes ou de faire venir leurs femmes d'Espagne.
Il songea alors à étendre encore la colonie de la Nouvelle- Espagne. N'ayant pas trouvé de passage maritime à l'isthme de Tehuantepec, il envoya Cristoval d'Olid occuper la partie de l'Amérique centrale resserrée entre le golfe de Honduras et le Pacifique, partie dans laquelle il espérait rencontrer le fameux passage maritime. L'expédition de d'Olid aboutit à la création d'un établissement sur le golfe du Honduras. ]Mais le but principal de l'expédition n'était pas atteint. Cortez chercha alors le passage maritime du côté du nord entre le Mexique et la Floride et entre la Floride et Terre-Neuve.
Le plateau du Guatemala, avec ses riches productions végétales et ses villes populeuses, ornées de temples magnifiques, attira également la convoitise de Cortez. Il chargea son lieutenant, Pedro de Alvarado, de le conquérir en commençant par la côte du Pacifique (1522). Son infanterie considérable,
(1) Les documents officiels relatifs à Cortez se trouvent dans la Coleccion de documentos ineditos relativos al descubrimicnto...,X. XXVI à XXIX (1876-1878).
(2) La ville actuelle de Vera-Cruz fut bâtie sur un autre emplacement à la fin du XVI« siècle.