‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 12 sur 173 · ARMEE ET MARINE · texte numérisé non relu

ARMEE ET MARINE

solde, mais ils pouvaient être employés par l'amiral sur les navires qu'il envoyait dans un but commercial à Gênes, en Flandre ou ailleurs. Jusqu'à l'époque de Jean I", le contrat conclu entre les Peçanha et le roi Denis resta en vigueur et l 'état-major de la flotte continua à être composé d'officiers génois. Cette circonstance, jointe à la faiblesse numérique de cette flotte et au peu d'éclat de ses services dans les guerres contre la Castille, donnait peu de considération à la marine militaire, tellement qu'en 1372, les Cortès de Lisbonne demandèrent que les nobles fussent dispensés de servir sur mer.

Quand eut lieu, en 141 5, la première expédition outre mer, le Portugal ne constituait donc pas une puissance navale. Il n'entretenait qu'une faible escadre mercenaire chargée principalement de la police des côtes. Aussi n'est-on pas surpris de voir Jean P"" considérer comme deux des plus grosses difficultés de l'expédition qu'il prépara contre Ceuta, la distance qui sépare cette ville de l'Algarve, distance bien courte cependant, et le nombre insuffisant des navires dont il disposait en Portugal (i).

Etat intellectuel et moral.

Sauf les Juifs qui, en Portugal comme ailleurs, vivaient séparés du reste de la population, et quelques communautés arabes de peu d'importance, on ne rencontre plus, au début du XV^ siècle, au sein de la nation portugaise, de groupes ethniques distincts. Tous les peuples celtes, romains, vandales, arabes qui sont successivement arrivés sur son territoire, s'y sont fondus en une seule nation, sensiblement plus marquée cependant de l'empreinte arabe dans les provinces situées au

(1) Ayres de Sa, Talent de bien faire, p. loS et ss. — Rebello da Silva, Hist. de Port., V, p. 40. — Matth. de Pisano, De bello septensi, p. i5.

sud du Tage que dans celles qui se trouvent au nord de ce fleuve (i).

Les écrits des auteurs nationaux comme les récits des voyageurs, nous montrent dans le Portugais un homme vigoureux et d'une grande sobriété, d'une bravoure frisant parfois la témérité, possédant donc les qualités qui font le soldat solide et l'aventurier endurant (2). Ses habitudes de sobriété et son accoutumance au climat déjà très chaud de son pays, devaient lui permettre de supporter sans peine le soleil des tropiques dont les ardeurs sont si souvent mortelles pour les autres Européens (3).

Par contre, la longue durée des guerres contre les Maures et contre la Castille et le développement des institutions militaires qui en était résulté, avaient faussé l'esprit chevaleresque et engendré l'orgueil nobiliaire.

La noblesse élevée dans l'admiration des exploits de ses ancêtres durant les guerres contre les Maures, prisait au plus haut point la bravoure, la fierté, la fidélité à Dieu et aux Dames, qualités qu'on regardait au moyen âge comme les plus belles qu'un chevalier pût posséder. Quand, dans la seconde moitié du XI V^ siècle, Vasco de Sobeira écrivit son Amadis de Gaule, qui devait être admiré dans l'Europe entière, il ne faisait que dépeindre, sous une forme poétique, le type du parfait chevalier tel que le concevaient ses compatriotes.

Passionnée pour les joutes, les tournois et autres exercices qui lui donnaient en temps de paix l'occasion de se former aux

(1 ) Les colonies étrangères formées par les compagnons des chevaliers français ou flamands qui vinrent, au XII" siècle, aider les rois de Portugal dans leurs guerres contre les Maures, avaient perdu au XV^ siècle leurs caractères propres. Gama Barros, Historia da administraçâo. H, ch. VIII.

(2) Latino Coelho, Historia militar, III, p. 2.

(3) Cleynaerts, le précepteur belge du frère du roi Jean III de Portugal, dans une lettre pleine d'humour où il dépeint les mœurs des Portugais, prétend que dans le livre de compte d un noble de haut rang, on lisait aux dépenses de table pour chacun des jours de la semaine les chiffres suivants : « Quatre sextiles pour l'eau, deux reis de pain, un reis et demi de raves. » La dépense journalière ne se montait donc qu'à quatre reis et un sextile ou environ 12 centimes. Cette lettre de 1539 est publiée par de Reiffenberg, Coup d'œil sur les relations entre les Pays-Bas et le Portugal.

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