EXPEDITION DE PIZARRE AU PEROU 30I
bénéfices qui reviendraient à chacun d'eux : de Luque, qui couvrait la plus grande partie des frais (20.000 pesos d'or ou 160.000 francs) avait droit au tiers du territoire conquis et de tous les trésors que l'on trouverait; les deux capitaines pouvaient se partager le reste, mais promettaient de remettre tout leur avoir à de Luque, si l'entreprise ne réussissait pas. Ce ne fut pas sans peine que l'on recruta cent soixante hommes pour cette entreprise.
Pizarre atteignit d'abord l'embouchure du San Juan, où il captura un certain nombre d'esclaves et fit main basse sur l'or qu'il y trouva. Lorsqu'il s'avança plus lora jusque près de l'île Gallo, il se trouva en présence de populations belliqueuses, qu'il ne pouvait réduire à l'obéissance avec le peu de troupes qu'il avait avec lui. Il renvoya à Panama les soldats qui ne désiraient plus l'accompagner, leur abandonnant les navires, et resta lui-même avec quelques hommes seulement à Gallo, attendant des renforts. Mais le gouverneur de Panama lui adressa l'ordre de revenir et lui procura à cet effet les vaisseaux nécessaires. Toutefois Pizarre refusa de se conformer à cet ordre. Il aurait même dit alors à renvo3'é du gouverneur, après avoir tracé sur le sable avec son épée une ligne dirigée dans le sens du parallèle : « Voici, le Pérou avec ses trésors, voilà Panama avec ses misères. Choisissez! Je m'en vais vers le sud. » Et il reprit aussitôt sa périlleuse expédition. Il navigua jusqu'à la baie de Guayaquil, où il débarqua; il fut émerveillé de la beauté du pays et constata qu'il était très peuplé. Les indigènes se montrèrent bienveillants : un de leurs chefs alla faire visite aux nouveaux venus et les invita à se rendre dans la ville de Tumbez qui se trouvait à proximité. Pizarre s'informa des mœurs et de l'organisation politique du pays et il apprit que cette ville se trouvait déjà dans le royaume des Incas. Pour s'assurer de l'importance de la région qu'il venait de découvrir, il navigua le long des côtes jusqu'au port de Santa, puis, laissant quelques-uns de ses compagnons à Tumbez, il retourna à Panama pour y annoncer l'heureuse issue de son voyage. Il s'était rendu compte des difficultés que présenterait la conquête du royaume des Incas qui s'étendait sur plus
de 35 degrés de latitude, depuis le fleuve Ancasma}^! au nord de Quito jusqu'au Rio Maule (i). Il demanda à cet effet au gouverneur des forces considérables. Mais l'accueil peu encourageant qu'il reçut, l'engagea à différer l'exécution de ses projets. Il partit pour l'Espagne (1528) et, après toutes sortes de péripéties (on l'arrêta pour dettes à son arrivée à Séville), il réussit à obtenir une audience de l'empereur Charles-Ouint. Le monarque l'écouta avec bienveillance et fut émerveillé des produits du Pérou, surtout des ornements en or que Pizarre lui montra ; il fit examiner le projet de celui-ci par le conseil des Indes. Finalement, le 25 juillet 1529, ce conseil octroya à Pizarre l'autorisation de conquérir le Pérou, surnommé la Xouvelle-Castille : Pizarre était élevé à la dignité de gouverneur de ce pays, avec tous les pouvoirs administratifs, judiciaires et militaires, tandis qu'Almagro était nommé commandant de Tumbez et le curé de Panama, évêque de cette ville; les quelques soldats restés fidèles à Pizarre lors de son premier voyage au Pérou, étaient anoblis. Le conseil des Indes favorisa l'émigration vers le Pérou en promettant aux colons certaines exemptions d'impôts et le droit d'établir des installations pour le lavage de l'or. Il insista sur la nécessité de bien traiter les indigènes et de faire accompagner l'expédition d'un grand nombre d'ecclésiastiques.
Pizarre obtint du gouvernement les vaisseaux et le matériel de guerre nécessaires, mais il eut beaucoup de peine à réunir assez de soldats. Il put cependant quitter l'Espagne en janvier 1530. Au commencement de l'année suivante, il partait de Panama avec cent quatre-vingts hommes et trente-sept chevaux. Il s'avança le long de la côte en pillant jusqu'à ce qu'il atteignit Tumbez, qu'il trouva presque en ruines. Cette ville avait énormément souffert des guerres civiles qui avaient éclaté entre les indigènes à propos de successions dynastiques.
(1) Le nord du Chili et le pays de Quito n'avaient été annexés que récemment au Pérou. La première région avait été conquise dans la deuxième moitié du XV*-' siècle et la seconde au début du XVI'^. l.e grand empire des Incas avait donc à peine acquis l'extension qu'il avait à l'arrivée de Pizarre. 11 manquait de solidité, constitué, comme il Tétait, de populations variées, aux intérêts les plus divergents.