CONQUETE DU PEROU
La plupart des habitants s'étaient enfuis et Pizarre ne trouva aucune trace des compagnons qu'il y avait laissés. Contrairement à son système, il essaya de gagner les indigènes par la douceur et explora la contrée, afin de trouver un endroit favorable pour un établissement. Il choisit la vallée du Tangarala (5° lat. S.), procéda à la répartition des terres et des indigènes entre un certain nombre de ses soldats, auxquels étaient venus se joindre une centaine d'aventuriers de Panama sous la conduite de Hernando de Soto. Cet établissement, qui reçut le nom de San-Miguel, fut transporté plus tard à Piura^ à cause de l'insalubrité du premier emplacement. Pizarre s'avança alors vers l'intérieur dans la direction du camp de rinca Atahualpa, situé à dix ou douze jours de marche de San-Miguel. Les renseignements qu'il se procura concernant les richesses du pays, excitèrent l'enthousiasme de sa petite armée, qui ne se composait que de cent dix fantassins, soixante-sept cavaliers et quelques arquebusiers. La troupe gravit les Cordillères et arriva non sans difficulté à proximité de Caxamalca, autour de laquelle était campée l'armée de rinca, forte de 40.000 hommes. La ville elle-même était déserte : Pizarre en prit possession au nom de son souverain. Puis il se rendit auprès de l'Inca et lui adressa par l'intermédiaire d'un interprète qu'il avait avec lui, une allocution où il se disait l'envoyé d'un puissant monarque et engageait l'Inca à se convertir à la religion catholique. Dans l'impossibilité d'emporter d'assaut le camp des indigènes, il essaya, à l'instar de ce que Cortez avait fait au Mexique, de s'emparer de la personne de l'Inca. Il invita celui-ci à venir lui rendre visite à l'intérieur de la ville. L'Inca répondit à cette invitation et, sans soupçonner aucun danger, il arriva au jour fixé (16 novembre 1532) au centre de la ville, oi^i les Espagnols s'étaient installés. Il n'était accompagné que d'une suite peu nombreuse, qui n'était pour ainsi dire pas armée. Un dominicain s'avança d'abord au devant de lui, un bréviaire dans une main et la croix dans l'autre; il lui fit exposer par l'interprète les principes de la religion chrétienne et lui demanda de reconnaître la suzeraineté du roi de Castille, auquel le pape, succès-
304 LES GRANDES PHASES DE l'EXPANSION
seur de Saint Pierre et vicaire du Christ, avait concédé le Nouveau Monde dans le but de convertir tous les peuples à la vraie foi. L'Inca refusa d'abandonner la religion de ses ancêtres et déclara ne vouloir devenir le vassal de personne. Tout à coup les trompettes sonnèrent et les canons tonnèrent ; tous les Espagnols, qui jusqu'alors s'étaient tenus cachés, firent irruption sur la place oii avait lieu l'entrevue, tuèrent tous les Péruviens qui voulurent protéger leur chef et firent celui-ci prisonnier. Beaucoup de guerriers indigènes s'enfuirent; les autres se constituèrent prisonniers. Leurs richesses en métaux précieux et leur bétail, qui se composait principalement de troupeaux de lamas, tombèrent aux mains des Espagnols.
Atahualpa essaya de recouvrer sa liberté et offrit comme rançon tout l'or qui pourrait remplir jusqu'à hauteur d'homme la chambre où il était retenu prisonnier, ce qui équivalait à une somme d'environ 88.000.000 francs. Il fallut plusieurs mois pour rassembler autant d'or ; les trésors des temples furent vidés et, lorsque la quantité nécessaire fut à peu près atteinte, des conflits éclatèrent parmi les Espagnols, qui étaient devenus plus nombreux par suite des renforts amenés par Almagro et qui ne purent se mettre d'accord sur le partage. Ce fut la première des luttes intestines qui reparurent à chvers intervalles parmi les conquérants (i).
Pendant que Pizarre procédait au pillage des temples dans d'autres villes, l'Inca Atahualpa était toujours maintenu en captivité, sous prétexte que des mouvements de révolte se manifestaient chez le peuple péruvien. A la suite de troubles qui éclatèrent parmi les indigènes pour réclamer la mise en liberté de leur chef, Pizarre fit faire une enquête et, malgré les protestations de quelques-uns de ses officiers, convoqua un tribunal pour juger l'infortuné monarque. Le procès se termina par la condamnation à mort de l'accusé, pour meurtre, polygamie, idolâtrie, trahison, etc.. Il fut exécuté le 29 août 1533.
Tout le pays se divisa : les provinces éloignées se séparèrent
(1) W. H. Prescott, History of the conquest of Peni. Londres, 1854. — C. R, Markham, History of Péril. Chicago, 1892.