OCCUPATION DU HAUT-PEROU
justifier la conduite de son frère, mais il fut jeté en prison comme coupable du meurtre d'Almagro.
La deuxième phase de la colonisation du Pérou est caractérisée par une vigoureuse initiative de la part du gouvernement métropolitain et par une réaction contre le régime d'exploitation à outrance organisé par les fondateurs de la colonie. Le conseil des Indes ne pouvait avoir sur les gouverneurs du Pérou qu'une influence très faible à cause de l'éloignement considérable de ce pays et de la difficulté des communications. Les nouvelles qui lui parvenaient de la colonie, lui montrèrent la nécessité d'une action énergique de l'autorité souveraine. Il envoya, en qualité de commissaire ou «juge royal», un membre de YAndiencia de Valladolid, le licencié Vaca de Castro. Il lui confia la mission de régler les différends qui avaient éclaté entre Pizarre et ses rivaux, et lui donna l'autorisation de prendre éventuellement lui-même le gouvernement de la colonie. Pendant ce temps, François Pizarre poursuivait la conquête du Pérou : en 1539, il annexait le plateau des Charcas (Bolivie) et y fondait plusieurs établissements.
Au cours de son voyage, Vaca de Castro apprit que Pizarre avait été tué dans son palais de Lima par les partisans d'Almagro (26 juin 1541 ). Le commissaire ro^^al prit en mains le gouvernement de la colonie, mais le fils d'Almagro, allié à rinca Manco, se révolta contre lui. Le nouveau gouverneur lui infligea une défaite dans les plaines de Chupas (16 septembre 1542) : il parvint à s'emparer de la personne d'Almagro et le fit exécuter. Pendant ce temps la découverte de nombreuses et abondantes mines d'argent attirait dans le Haut-Pérou ou Bolivie une foule d'aventuriers et amenait la création de nouveaux établissements; près des mines du Potosi, découvertes en 1545, s'éleva la Vi//a Impérial (Potosi), à une altitude de 4.160 mètres ; au pied de l'Illimani, dans un ravin profond où sourd le Rio Béni, se forma en 1548 la ville de Nuestra Senora de la Paz.
La colonie ne jouit pas longtemps de la paix : un certain nombre de colons se tournèrent vers le frère de François Pizarre, Gonzalo, qui exploitait des mines d'argent à la Plata
308 LES GRANDES PHASES DE l'eXPANSION
en Bolivie (i), lorsqu'on apprit que le gouvernement métropolitain avait décidé d'introduire au Pérou une nouvelle législation plus humaine sur le travail des natifs et les repartimientos (2) dans le but d'empêcher l'exploitation à outrance de la colonie. Les troubles continuèrent même après l'exécution de Gonzalo Pizarre (1548). Ils ne cessèrent que vers 1556 à la suite d'une intervention énergique des autorités métropolitaines. Cependant le système d'exploitation ne fut guère modifié. On fit disparaître ou exécuter les derniers chefs péruviens : en 1 5 7 1 , la dynastie des Incas avait vécu. L'odieuse exécution du dernier des Incas et des chefs de sa suite fut l'œuvre du vice-roi François de Tolède, qui estimait que sans cela la domination espagnole ne pouvait être solidement établie.
Quant au Chili, il fut partiellement conquis par l'un des officiers de Pizarre, Pedro de Valdivia. Il eut beaucoup de peine à vaincre la résistance des indigènes, mais pénétra cependant jusqu'à la province de Mapocho, où il fonda la ville de Santiago ( i 54 1). Cet établissement se maintint péniblement à cause de l'hostilité des indigènes. Il aurait périclité si, au bout de quelques années, la découverte de dépôts aurifères dans la vallée de Ouillota, au nord-est de Valparaiso, n'avait attiré de nouveaux colons. Des renforts arrivèrent du Pérou. Valdivia créa alors au nord du Chili la ville deCoquimbo('i544), protégea les mines de Ouillota par la construction d'un fort et fit explorer la côte méridionale.
Malgré les luttes continuelles qui éclataient entre Espagnols et natifs (3), Valdivia, nommé gouverneur, parvint à accroître, par la création de nouveaux établissements, l'importance de la province qui lui était confiée. En 1550, il poussa dans le sud du Chili et y fonda la ville de Concepcion. L'installation de cette ville fut la cause première de la guerre continuelle que
(1) Cette ville fut appelée Plaia a cause des mines de Porco, situées dans le voisinage. Le nom actuel est Sucre (Chuquisaca ou Choquechaca dans la langue indigène).
(2) Voir le chapitre IV.
(3) P. GuTiÉRREz DE Santa Clara, Historia de las giicrras civiles del Peni,