CONQUETE DU CHILI
les envahisseurs eurent à soutenir contre la puissante tribu des Araucans. Ceux-ci ne souffrirent pas l'établissement de colonies espagnoles aux frontières de leur territoire et tentèrent même, en 1551, de s'emparer de Concepcion, mais ils n'y réussirent pas. Le gouverneur Valdivia s'occupa néanmoins de la colonisation du Chili méridional. Il fonda, en 1552, une nouvelle cité dans le pays des Araucans, procéda au partage des terres (repartlmieiitos), tandis que des soldats indigènes étaient enrégimentés sous le commandement d'officiers espagnols. Il s'enfonça de plus en plus dans le sud et y jeta les assises de la ville qui porte son nom. Mais il eut de nombreuses luttes à soutenir contre les vaillants Araucans. Il périt lui-même avec tous ses soldats, sauf deux, dans la bataille qu'il leur livra sur leur territoire, près de Tucapel, le 3 décembre 1553. Ce fut le signal d'une débandade générale du côté des Espagnols. Presque tous les établissements créés dans le sud furent abandonnés et Concepcion même fut laissé aux mains des ennemis. Les villes de Valdivia et d'Impérial, qui purent recevoir des renforts par mer, résistèrent seules victorieusement à leurs attaques.
En 1555, le gouvernement de Lima ordonna de reconstruire Concepcion. Mais la ville fut de nouveau détruite par les Araucans, qui décidèrent aussitôt de se porter en masse vers Santiago, dont ils ne purent s'emparer. Les Espagnols reçurent, en 1557, des renforts assez nombreux sous le commandement d'un gouverneur jeune, mais énergique, Garcia de Mendoza, le fils du vice-roi du Pérou, et remportèrent près de l'emplacement de la ville de Concepcion, une victoire qui les décida à s'avancer jusque sur le territoire des indigènes. Une armée nombreuse venue à leur rencontre fut mise en déroute. Puis, après une troisième victoire, qui fut décisive mais chèrement disputée, Mendoza établit à l'endroit où avait péri Valdivia, la ville de Caiîete, et la fît fortifier de manière à pouvoir résister à toute nouvelle attaque de l'ennemi. Il procéda à la reconstruction de Concepcion et pénétra plus avant dans le pays. Il atteignit ainsi les côtes près desquelles se trouve l'archipel de Chiloë et y créa l'établissement bientôt prospère d'Osorno.
Les Araucans ne s'étaient pas tenus pour battus lors de la dernière guerre qu'ils avaient soutenue contre les Espagnols. Ils revinrent à la charge et mirent, à un moment donné, Mendoza dans une situation extrêmement critique en l'enfermant avec son armée dans la ville d'Impérial. Finalement ils furent défaits. Ils recommencèrent toutefois la guerre à l'arrivée du nouveau gouverneur, Francisco de Villagran (i 560) ; cette fois, ils réussirent à s'emparer de Canete, qu'ils détruisirent. Pendant ce temps les Espagnols avaient fondé des établissements au delà de la Cordillère : l'un de ces établissements, appelé Mendoza, aurait pu devenir un centre important d'agriculture et d'élevage, mais celui de S. Juan, installé à proximité de gisements aurifères, attira bien plus de colons.
L'érection du Chili en province distincte (1567) ne changea rien à la situation intérieure du pays. Ce n'est que nominalement que cette colonie s'étendait sur près de 1500 kilomètres de longueur, depuis le désert d'Atacama jusqu'à l'île Chiloë. La capitale seule, Concepcion, semblait en sûreté, grâce aux fortifications qui la défendaient. Les autres établissements étaient en butte aux attaques des Araucans, qui renouvelaient sans cesse leurs incursions dans les provinces qu'on leur avait enlevées. Afin d'augmenter l'effectif des expéditions dirigées contre eux, le gouvernement métropolitain replaça, peu de temps après, le Chili sous l'administration du gouverneur du Pérou. Toutes les atrocités commises par les Espagnols à l'égard de ces indigènes ne firent que les encourager à la résistance. Plus tard même, les rares tentatives de quelques gouverneurs pour les réduire à l'obéissance par la douceur et la persuasion échouèrent. Presque tout le Chili retomba, en 1597, au pouvoir des Araucans. Cinq années après, la plupart des villes chiliennes fondées par les Espagnols étaient entre leurs mains et il fut sérieusement question à Santiago d'abandonner pour toujours la colonie. Elle resta pendant longtemps dans une situation précaire (i).
(1) J. T. Medina, Colecciôn de dociimentos incditos para la historia de Chile desde el viaje de Magallanes hasta la batalla de Maipo {1S18-1S1S). Santiago de Chile, 9 vol., 1890-97.