FONDATION DE LA NOUVELLE-GRENADE
découvrit en effet le pays des Chibchas (i)^ où le précieux métal était très abondant, et en prit possession pour le gouverneur de Darien. Mais il y rencontra bientôt deux autres expéditions : la première, composée d'Allemands, dirigée par le gouverneur allemand du Venezuela, la deuxième, espagnole, sous le commandement d'un officier de Pizarre nommé Benalcazar, gouverneur de Quito. Le pays fut appelé Nouvelle- Grenade et les trois chefs y fondèrent en 1538, sur le Funza ou Bogota supérieur, à 2.045 "''• d'altitude, la ville de S. Fe de Bogota, laissant au roi d'Espagne le soin de décider à qui appartiendrait le « pays de l'or et des émeraudes » (2).
Quesada n'attendit cependant pas la décision royale pour occuper la Nouvelle-Grenade, tandis que Benalcazar s'installa sur le territoire qui s'étend plus au sud, le Popayan, autre contrée aurifère. Les Espagnols recueillirent surtout de l'or dans les huacas (sépultures indigènes), où longtemps se firent de fructueuses razzias. Ce fut une profession, celle des huagiieros, de découvrir dans les pays des Chibchas les sépultures à violer.
La Nouvelle-Grenade fut exploitée d'une manière intensive et elle se couvrit d'un grand nombre d'établissements espagnols. Tolu fut fondée sur le Rio Sime par Alonso de Heredia(i 535), et Popayan et Cali(i537) par*Benalcazar. S'élevèrent ensuite Cartago sur le Cauca (1540), Antioquia (1541), Arma, autre création de Benalcazar (1542), Rio Hacha (1545), Timana, Pamplune, au nord-est de Bogota (1549), Neiva sur le Magdalena (1550), Mariquita, etc.
Il fallut vingt années aux Espagnols pour conquérir les mines et ce résultat ne put être obtenu que par l'extermination complète des Indiens de la région.
(1) Les Chibchas ou Muyscas formaient de petits Etats théocratiques fédérés. Leurs principales villes étaient Funza, au nord-ouest de Bogota, et le célèbre centre religieux Iraca (aujourd'hui Sogamoso), où ils adoraient le soleil. Après les Incas, ils étaient, dans l'Amérique du Sud, le peuple dont la civilisation était le plus avancée.
(2) J. M. Groot, Historia ecclesiastica y civil de la Nxieva-Granada, 4 vol. Bogota, 1892. — R. S. Pereira. Les États-Unis de Colombie. Paris, i883. — M. DE Peralta, Costa-Rica y Colombia de iS^3 à iSSi ; su jurisdiccion y sus Vunites territoriales. Madrid, 1886.
Pendant longtemps la côte du Venezuela, qui fut — on le sait — la première région du continent américain découverte par Christophe Colomb, ne fut visitée que par des aventuriers ou des marchands espagnols avides de butin. Quelques missionnaires tentèrent ensuite de s'y établir et Las Casas voulut aussi y introduire son système de colonisation. Mais il se heurta, de même que ses prédécesseurs, à une résistance indomptable de la part des indigènes, très nombreux dans ces parages. Nouvelle-Cadiz, dans l'île de Cabagua et Nouvelle- Tolède, plus tard Cumana, furent, paraît-il, les plus anciens établissements espagnols (1521). Mais le premier qui eut quelques chances de prospérer, fut celui de Coro (1527), qui fut fondé dans des conditions assez modestes, par un planteur de canne à sucre nommé Ampues ; cet établissement servit de base d'opérations pour plusieurs entreprises vers l'intérieur.
Cependant la plus grande partie du territoire vénézuélien passa bientôt entre les mains d'un des principaux banquiers allemands du XVP siècle, Welser. On supposait alors que le golfe de Maracaïbo donnait accès à l'Eldorado, en outre qu'un détroit se trouvait à proximité de ce golfe et mettait en communication l'Atlantique avec le Pacifique. C'est le 2 7 mars 1528, que Xharles-Ouint octroya officiellement le Venezuela à une association de banquiers allemands, dont les principaux membres étaient les Ehinger de Constance et les Welser d'Augsbourg (i); il leur confiait la propriété, l'administration et la juridiction du territoire dont ils entreprenaient la colonisation, en leur accordant une part des revenus. Les premiers efforts furent dirigés vers Coro, 011 Ambroise Ehinger arriva en 1529. Cette année même la colonie devint la propriété exclusive des Welser.
Comme on ne découvrit pas au Venezuela de riches filons de métaux précieux, le pays fut abandonné aux Espagnols en 1546 et le peuplement s'y fit d'une manière extrêmement
(1) K. Haebler {Die iiberseeischen Unteniehmuugen der Welser tind ihrer Gesellschafter. Leipzig, igoS), a prouvé que la première colonisation du Venezuela est due aux Ehinger. Ce ne fut qu'après la mort d'Ulrich Ehinger (i529) que la colonie appartint exclusivement aux Welser.