CONQUETE DE LA FLORIDE
lente. San Felipe s'éleva en 1551, Nueva-Segovia, en 1552 et Merida en 1558, sous le nom de Santiago de los Caballeros. D'ailleurs les côtes de ce pays étaient infestées de corsaires venant des petites Antilles. Certains postes furent complètement délaissés.
On s'occupa uniquement de l'exploitation des mines de métaux précieux, au moyen d'Indiens et de nègres. Cette colonie, appelée aussi Nouvelle-Andalousie, eut une existence^ précaire : l'établissement de Caracas, fondé en 1561, dut être abandonné en présence de l'attitude des Indiens ; il ne fut reconstruit qu'en 1567. Les quelques tentatives qui furent faites pour conquérir la Guyane n'eurent aucun résultat. D'autre part, les attaques fréquentes des Anglais, au XVP siècle, entravèrent la colonisation du territoire. La région la plus orientale, celle de Cumana, ne fut occupée en partie que vers la fin du XVP siècle, et seulement dans le but d'y faire la chasse aux indigènes (i).
Sous le règne de Philippe II, l'empire colonial s'agrandit de deux possessions qui avaient déjà été visitées dans le premier quart du XVP siècle, mais à l'occupation desquelles on n'avait plus songé depuis : la Floride et les Philippines.
Sous le nom de Floride on comprenait alors non seulement la presqu'île de ce nom, mais toute la côte nord du golfe du Mexique. La possession de cette région était nécessaire pour protéger le grand port de la Havane. La conquête en fut opérée par Pedro Menendez de Aviles, capitaine-général de la flotte des Indes sous Philippe II. S'il faut en croire son plus récent biographe, Ruidiaz, Menendez ne fut pas, comme l'avaient cru plusieurs historiens, un bandit et un homme d'une cruauté inouïe. Il est représenté comme un navigateur intrépide et un guerrier valeureux. Le roi lui confia la double 'mission de détruire l'établissement que des huguenots français avaient
(1) Le Venezuela dépendit d'abord administrativement de la vice-royauté de la Nouvelle-Espaj^ne (Mexique). Voyez la Recopitacion de leyes de las Indias, livre III, titre III, loi I".
3l6 LES GRANDES PHASES DE l'eXPANSION
fondé en Floride, et d'entreprendre la colonisation de cette région. Il lui donna le titre de gouverneur à vie de la Floride, Parti de Cadix, le 28 juillet 1565, à la tête de trois cents soldats, Menendez arriva en vue de cette terre le 28 août suivant. Il fonda à l'entrée d'une baie un établissement qu'il appela San Augustin.
A la suite d'une violente tempête, les huguenots, installés en Floride, perdirent tous leurs navires, qui se brisèrent contre les rochers. Menendez profita de leur situation difficile pour les attaquer : sans difficulté il réussit à s'emparer de leur fort ; il massacra 142 hommes, mais il épargna la vie de ceux qui se déclarèrent catholiques, ainsi que de 70 vieillards, femmes et enfants, malgré les ordres formels qu'il avait reçus de Philippe II, d'exterminer indistinctement tous les hérétiques (i).
La seule possession que la couronne de Castille acquit dans les Indes Orientales au XVP siècle, fut l'archipel des Philippines. Les troupes de Magellan n'avaient pris effectivement possession d'aucune de ces îles. Elles avaient été battues par les indigènes de l'île Cebu, et forcées de renoncer à leurs tentatives d'occupation. Diverses expéditions espagnoles furent dirigées dans la suite vers les Moluques, mais aucune n'atteignit les Philippines.
Ce fut sous Philippe II que de nouveaux essais furent faits pour occuper une partie de l'archipel. Le basque Miguel Lopez de Legaspi fut mis à la tête de 400 soldats et matelots et chargé de protéger les moines augustins qui allèrent catéchiser les indigènes sous la direction d'Urdaneta, ancien capitaine entré dans les ordres. L'expédition arriva à l'île Cebu le 2"] avril 1565. Pour inspirer tout d'abord aux naturels de l'île la crainte de l'Européen, Legaspi déploya toutes ses forces et ordonna de tirer les arquebuses et les canons. Les habitants effrayés prirent la fuite et se montrèrent dès lors craintifs et défiants à l'égard des Espagnols, qui eurent toutes les peines
(1) E. RuiDiAZ Y Caravia, La Florida, su coiiqidsta y coloni:^acion, 2 vol. Madrid, 1894. — La principale source narrative de l'histoire de la Floride est Garcillasso de la Vega, Histoire de la conquête de la Floride, trad. P. Richelet, 2 vol. Leide, lySi.