‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 13 sur 173 · ÉTAT INTELLECTUEL ET MORAL · texte numérisé non relu

ÉTAT INTELLECTUEL ET MORAL

vertus guerrières, la noblesse portugaise avait pour idéal celui que les romans et les chants des trouvères lui présentaient comme le seul digne d'un chevalier : acquérir de la gloire en combattant les ennemis de la foi ou du roi.

Cet état d'esprit devait naturellement détourner la noblesse des préoccupations d'ordre économique et lui faire dédaigner comme dégradantes les professions manuelles ou mercantiles. En temps de paix, un noble portugais ne pouvait que vivre oisif ou se mettre au service du roi ou d'un grand seigneur.

Les classes moyennes partageaient assurément les préjugés de la noblesse, — c'est un fait d'observation générale, — et d'une manière d'autant plus complète qu'elles formaient, avec elle, l'armée nationale. Les grands bourgeois, ceux qui étaient les plus riches ou exerçaient les professions les plus considérées, fournissaient même à l'armée comme cavalleiros un service identique à celui des nobles.

Plus que partout ailleurs, ce préjugé qui interdit aux hommes des classes supérieures l'exercice d'un métier manuel ou d'une profession mercantile, devait avoir des effets funestes en Portugal. Dans ce pays oii le climat rend l'activité ph3^sique et l'effort musculaire pénibles, le peuple aurait dû être encouragé au travail par l'exemple des classes dirigeantes. Mais celles-ci ne lui donnaient que le spectacle de leur oisiveté et de leur vanité. Aussi, de même que l'ambition des nobles pauvres était d'occuper des charges à la cour du roi ou des infants, celle des hommes du peuple était trop fréquemment de devenir domestiques dans une maison noble.

L'esprit de caste était fortifié et encouragé par les privilèges que la loi accordait à chaque classe, presque à chaque groupe de la société. Toute la population était répartie en catégories nombreuses et nettement séparées, depuis les péons, au degré inférieur de l'échelle, jusqu'aux comtes qui en occupaient l'échelon supérieur. La préoccupation de maintenir bien distincts les rangs sociaux faisait naître un souci exagéré de l'étiquette.

Le goût de l'ostentation et du faste régnait parmi les nobles au point de leur faire sacrifier tout confort intérieur pour

garder les apparences de la richesse. La sobriété et la simplicité de la vie domestique qui, inspirées par un esprit de prévoyance et d'économie, auraient procuré au pays de précieuses réserves de capitaux, n'avaient souvent d'autre cause que le désir d'accroître à de certains moments les dépenses somptuaires.

Les mœurs de la noblesse de cour, très licencieuses jusqu'à l'avènement de la dynastie d'Aviz, s'étaient heureusement modifiées sous l'influence de Philippine de Lancastre. Les chevaliers, uniquement adonnés auparavant aux plaisirs sensuels, prirent goût à la culture des arts et des lettres. La littérature se ressentit de cette transformation et brilla à cette époque d'un assez vif éclat. Mais elle ne produisit que des œuvres poétiques ou d'imagination et point de travaux scientifiques. La culture des sciences, peu étendue et peu répandue au moyen âge, l'était moins encore en Portugal que chez les autres nations de l'Europe. Il fallut la forte influence des trois fils si remarquables de Jean d'Aviz, Edouard (plus tard roi), Pierre et Henri (le Navigateur), pour faire naître en Portugal un certain courant scientifique (i).

11.' Estudo gérai, établi tantôt à Coïmbre, tantôt à Lisbonne, avait obtenu, en 1 3 80, de Clément VII la faculté iihique docendi, et était devenu ainsi une université dont le siège fut, en 1384, fixé à Lisbonne (2). Mais son organisation resta fort rudimentaire jusqu'à la réforme que Jean III lui fit subir en 1537.

Les Portugais du début du XV^ siècle avaient-ils connaissance des travaux si remarquables effectués par les cartographes italiens et majorcains du XIV^ siècle? On ne saurait répondre avec certitude à cette question. Il est probable que les marins portugais, comme ceux des autres nations, se servaient de portulans qu'ils se procuraient à Gênes ou à Majorque. Mais s'ils les ont utilisés, ils n'ont pas cherché à en dresser euxmêmes. On ne possède aucun document d'où l'on puisse

(i) OuvEiRA Martins, Osfillios, ch . I, et p. iSy et ss. — Gama Banos, Historia da administraçâo, pp. Sgg, 4i5 etpassim, ch. II, section 3.

(2) Elle y resta jusqu'en i5Z-j. Voir Th. Braga, Histor-ia da iiniversidade de Coimbra, I, ch. II. Cet ouvrage contient de multiples renseignements dans ses quatre volumes. Il est malheureusement dépourvu de critique. Voir entre autres les renseignements fantaisistes donnés sur l'école de Sagres, I, p. i35.

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