‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 123 sur 173 · MISSIONS AU VENEZUELA · texte numérisé non relu

MISSIONS AU VENEZUELA

dans une ville nouvellement fondée alors, sur les bords de rOrénoque, Angostura, dont le nom officiel est Santo Tomas delà Nueva Guyana.

La colonisation de la région orientale du Venezuela a été l'œuvre des missions religieuses. En 1648, l'évêque de Porto- Rico avait adopté le projet d'un bourgeois de San Cristobal de Cumanagotos, appelé Francisco Leite, relatif à un nouveau mode de colonisation et il réussit à le faire appliquer en partie. Il s'agissait de remplacer le système de conquête violente des territoires indigènes par l'organisation pacifique d'établissements religieux au milieu des régions encore insoumises. Des moines franciscains pénétrèrent bientôt dans le pays et fondèrent des missions près de Barcelona. En dépit de nombreuses difficultés, leurs tentatives furent couronnées de succès, à tel point, qu'en 1799 on comptait trente-huit établissements avec une population totale de 25.000 Indiens.

Dans le district de Cumana les capucins créèrent, de leur côté, un assez grand nombre de missions. A la fin du XVIIP siècle, ils en possédaient vingt-neuf, avec une population de 18.000 habitants. Ils avaient essayé aussi de pénétrer dans la région de l'Orénoque, mais la maladie et les privations les empêchèrent d'accomplir leur œuvre (i). Grâce à ces missions, un grand nombre de tribus indiennes furent épargnées, non seulement dans les régions mentionnées ci-dessus, mais encore dans les districts de Caracas, Maracaïbo, Apure, Valencia et Barquisimeto.

Le Venezuela proprement dit ne comprenait, jusqu'au XVIIP siècle, que la région comprise entre Maracapana et le cap de la Vêla. Cumana et les territoires adjacents avaient été incorporés, en 1591, à la province de Nouvelle-Grenade, et constituèrent, en 1641, une colonie distincte sous le nom de Nouvelle- Andalousie. En 1678, Maracaïbo etMerida qui firent

(1) En 1723, seulement, ils réussirent à y prendre pied. Sur l'Orénoque et le Caroni, on comptait, en 1799, une trentaine d'établissements fondés par eux, avec 21.000 habitants. L'agriculture et l'élève du bétail y constituèrent les principaux éléments de richesse : les missions du Caroni entre autres, possédaient, à la fm du XVI I !•* siècle, d'immenses troupeaux de bœufs, dont les premiers avaient été introduits par des moines.

326 LES GRANDES PHASES DE l'EXPANSION

plus tard partie du Venezuela furent annexés à la Nouvelle- Grenade, de même que la province de Caracas (17 18) (i).

Dans la région du Mexique aussi bien que dans l'Amérique méridionale, l'extension de la domination espagnole est due en grande partie aux missionnaires. En 1687, elle atteignit au nord le Rio de la Asuncion et des établissements se fondèrent bientôt jusque dans la Basse-Californie : en 1697, Loreto, sur la côte orientale (26° lat. N.), constitua un point d'appui solide pour la colonisation de la péninsule. Dans la région située à l'ouest et au sud-ouest du Mexique, les Espagnols ne firent guère de progrès à cause de la résistance des tribus indigènes, entre autres des Moquis, au sud du Colorado. Le Nouveau- Mexique fut rattaché plus intimement au Mexique proprement dit par la création d'une mission à Casas Grandes. Du côté du nord-est, les Espagnols perdirent plutôt du terrain. Ils fondèrent bien, à partir de 1675, quelques établissements isolés dans la Coahuila ou « Nouvelle-Estrémadure », mais dans le bassin du Mississipi ils furent devancés par des Français: l'aventurier normand La Salle pénétra même jusqu'au golfe du Mexique et construisit sur la baie de Matagorda le fort Saint-Louis (1684). Pour protéger la frontière est de la Nouvelle-Espagne, le gouvernement espagnol fit élever un presidio sur les bords du Rio Grande. On songea bientôt à coloniser le Texas : en 1690, deux rnissions y furent envoyées, mais elles ne purent s'}"" maintenir. Un fort fut érigé dans la baie de Santa Maria del Galve (1696) dans le but de contrecarrer l'extension de l'influence française dans le bassin du golfe du Mexique (2).

Mais ce qui resta la principale préoccupation du gouvernement métropolitain, ce fut d'assurer les communications entre la Nouvelle-Espagne et la mère patrie et de chasser de la mer des Antilles et du golfe du Mexique les corsaires qui inquiétaient les flottes espagnoles. En 1690, lorsque l'Espagne entra dans la ligue d'Augsbourg, que l'Angleterre et la Hollande avaient formée contre la France, le conseil des Indes prit des mesures

(1) Ce ne fut qu'en lySi, que le Venezuela fut érigé en capitainerie-générale et on y incorpora successivement les territoires de Caracas, Coro, Barquisimeto, Carabobo, Cumana, etc..

(2) ViCENTE Riva Palacio, Mexico a traves de los siglos, t. II, p. 662.

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