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LA GUERRE DE LA SUCCESSION D ESPAGNE

énergiques pour exterminer les boucaniers sur terre et sur mer. Une armée de 2.600 hommes fut envoyée à Saint-Domingue; elle remporta quelques succès, mais ne réussit pas à détruire les foyers de la piraterie dans les Antilles, dont le principal était la partie occidentale d'Espagnola. Une nouvelle tentative fut faite en 1695, cette fois avec l'aide des Anglais. Mais cette alliance ne procura à l'Espagne aucun avantage: en 1697, la paix de Rijswijk la força de céder définitivement à la France un partie de l'île d'Espagnola.

D'autres événements européens eurent bientôt leur répercussion au delà des océans. La guerre de la succession d'Espagne ébranla l'empire colonial de la Castille (i) : elle permit à l'Angleterre de renouveler les attaques tentées à l'époque de Cromwell. Les flottes françaises se chargèrent bien de la défense des colonies espagnoles, mais ce fut sans résultat efficace. Elles furent battues par les escadres anglaises. C'est alors que Philippe V, espérant détacher le Portugal de l'Angleterre, lui fit certaines concessions : il lui céda entre autres définitivement Sacramento, sur la rive gauche du Rio de la Plata. Mais lorsque le Portugal eut été entraîné dans l'alliance anglaise, les troupes espagnoles de Buenos-Ayres reprirent Sacramento (1705). De leur côté, les Portugais du Brésil pénétrèrent en 1708 dans le bassin supérieur de l'Amazone et entamèrent le territoire des missions des jésuites autour de Quito.

Pendant ce temps les Anglais attaquèrent les Philippines (1704) et interceptèrent les communications entre l'Espagne et les Indes. Cette situation dura trois ans : de 1708 à 171 1. En 1712, Vera-Cruz fut surprise et pillée par les Anglais et ce ne

(1) On n'a pas assez fait ressortir le caractère économique de la guerre de la succession d'Espagne. Ce fut l'union économique des deux peuples gouvernés par les Bourbons, bien plus que leur union politique, qui fit naître cette guerre. L'Angleterre voulait empêcher la prédominance maritime de la France aussi bien dans l'Atlantique et le Pacifique que dans la Méditerranée. Lorsque le Portugal adhéra à la coalition, il dénonça dans son manifeste la mainmise de la France sur le commerce des Indes. — L'Angleterre aurait voulu faire de l'Espagne comme du Portugal une dépendance économique afin de s'emparer du commerce mondial.

328 LES GRANDES PHASES DE l'EXPANSION

fut que l'année suivante que le traité d'Utrecht assura pour quelque temps à l'Espagne la paisible possession de ses établissements d'outre-mer. Mais elle n'obtint cette sécurité qu'au prix d'un grand sacrifice: l'abandon de son système de monopole commercial (i). Elle dut autoriser la France à faire le commerce avec le Pérou et le Chili par le cap Horn, laisser Sacramento au Portugal, qui en fit de nouveau un foyer de contrebande, et céder le monopole du trafic des esclaves nègres à sa puissante rivale, l'Angleterre (2). Le traité de VAsienlo (11 avril 1713) assura pour trente ans à l'Angleterre le privilège d'introduire des esclaves africains dans les possessions espagnoles et d'y établir des factoreries. Il lui ouvrait à cet effet tous les ports des Indes espagnoles, même Buenos- Ayres. Il ne réservait à la couronne que le quart des profits de ce trafic, s'il y en avait ; par contre la couronne devait intervenir pour un quart dans les pertes éventuelles (3).

Ce traité de VAsienlo n'était que la consécration de la contrebande faite depuis si longtemps par les Anglais ; il fut la première atteinte officielle portée au monopole espagnol (4).

En somme, le domaine colonial de l'Espagne était resté à peu près intact au début du XVIIP siècle, mais la métropole avait perdu en grande partie les moyens de l'exploiter seule. Elle avait dû l'ouvrir à de redoutables rivales et elle avait en même temps dû renoncer à son rôle de puissance maritime. Les seules acquisitions nouvelles furent faites sur le continent, sauf les îles Mariannes qui entrèrent dans la sphère d'influence de l'Espagne. Situées sur la route des navires venant d'Acapulco, elles furent peu à peu occupées : à partir de 1668 une grande

(i) Elle perdait en même temps les moyens de devenir une puissance maritime dans la Méditerranée : elle cédait à l'Angleterre Gibraltar et Minorque.

(2) G. Weber, Der Friede von Utrecht. Gotha, i8gi.

(3) Les Asientistes ne profitaient pas tant du commerce des esclaves que du commerce interlope, de sorte que le roi d'Espagne ne pouvait guère espérer beaucoup de bénéfices de sa participation à la traite officielle.

(4) C. VON NooRDEN, ^e;- S/7c7)n'sc/ze Erbfolgekrieg, 1870-1882. — A. Parnell, The war ofthe succession in Spain during the relgn of Qiieen A nne ( 1 702- 1711). Londres, 1888. — Scelle, La traite négrière aux Indes de Castille. Paris, 1906, t. II, pp. 455 3629.

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