‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 14 sur 173 · ÉTAT INTELLECTUEL ET MORAL · texte numérisé non relu

ÉTAT INTELLECTUEL ET MORAL

conclure qu'il y ait eu en Portugal, avant l'époque d'Henri le Navigateur, des savants possédant une connaissance approfondie des travaux géographiques de l'antiquité et du moyen âge, ou au courant des méthodes employées par les cartographes de leur époque (i).

Les marins portugais étaient peu experts dans la navigation. Aussi, au XI V^ siècle, recourait-on à des officiers génois pour conduire les flottes. C'est au prince Henri que revient le mérite d'avoir, le premier, formé un état-major naval en Portugal.

Les Juifs dont l'activité contrastait vivement avec l'indolence des Portugais, étaient l'objet d'une réprobation générale. Ils étaient forcés d'habiter des quartiers spéciaux (juderias) et étaient placés souvent au point de vue juridique dans une position d'infériorité vis-à-vis des chrétiens; ils n'étaient cependant pas persécutés par le gouvernement. Jean d'Aviz appréciant les services qu'ils rendaient au Portugal, définit nettement dans une ordonnance les droits dont ils devaient jouir (17 juillet 1392) et obtint du pape une bulle (2 juillet 1389) défendant aux chrétiens de les molester. Les concessions que la loi leur faisait, étaient, pour l'époque, très généreuses. Ils n'étaient justiciables, au civil comme au criminel, que du procureur du grand rabbin (rabbi mor), personnage qui jouissait d'une haute considération et qui possédait même un droit refusé à la plupart des grands donataires, celui de rendre des arrêtés ou décrets obligatoires pour toutes les personnes soumises à sa juridiction.

Certains rois protégèrent ouvertement les Juifs et les admirent à de hautes charges de l'État : le rabbi mor est ministre des finances sous le roi Denis; Ferdinand, un Juif, est conseiller du roi, un autre trésorier général (thesoitreiro mor); Jean d'Aviz a pour médecin en chef (fisico mor) le Juif Moïse (2).

Grâce à la situation assez supportable qui leur était faite,

(1) Gabriel Pereira, Importancia da cartographia portitgue^a [Boletim da Sociedade de geogr. de Lisboa, igoS, p. 443),

(2) ScHAEFER, Geschichte von Portugal, III, pp. i5-i6.

2(i LE PORTUGAL AU DÉBUT DE SON EXPANSION

surtout à partir du règne de Jean d'Aviz, les Juifs purent mettre au service de leur patrie d'adoption leurs aptitudes commerciales et leur activité. La plus grande partie, sinon tout le commerce extérieur du Portugal, était entre leurs mains. Ils jouissaient sur toutes les places où ils trafiquaient, d'une haute réputation pour leur connaissance du commerce et leur intégrité. Dans aucun pays, leur présence n'était plus utile qu'en Portugal, car ils possédaient précisément l'application et le sens des affaires qui manquaient aux autres classes de la population.

On ne connaît pas le nombre des Juifs établis en Portugal à l'époque des premières acquisitions d'outre-mer. Mais différents faits prouvent que leur communauté était riche et puissante. C'est d'abord l'étendue qu'occupent dans les ordonnances alphonsines de 1446 les règlements qui les concernent. Ce sont ensuite les plaintes qui se firent jour dans les Cortès, sur le luxe qu'affichaient certains d'entre eux.

En résumé, si l'on en excepte les communautés juives, le Portugal était habité au début du XV" siècle par une race sobre et robuste, mais indolente et vaniteuse, presque dépourvue de toute culture scientifique ou littéraire. Cependant sous l'influence de la reine, princesse de la maison de Lancastre, la classe dirigeante, la noblesse, s'éveillait à la vie intellectuelle et prenait goût aux productions de la littérature nationale.

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