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LES VICE-ROIS

en exerçant sur 'eux un contnMe constant. Les encoincnderos furent remplacés par des corregidors ou intendants, comme dans les territoires soumis dès le début à l'autorité directe de la couronne.

Le régime administratif imposé aux colonies tendait essentiellement à faciliter l'exploitation intensive de leurs richesses, en maintenant toutes les possessions dans une dépendance étroite à l'égard de la couronne. Leur éloignement aussi bien que leur grande étendue rendaient très difficile une surveillance permanente et pouvaient contribuer à développer chez les colons et même les gouverneurs des sentiments d'indépendance. Aussi le gouvernement métropolitain chercha-t-il à remédier autant que possible à ces inconvénients, en limitant la durée du séjour des gouverneurs dans un même établissement. Les vice-rois étaient choisis pour un terme de trois ans, plus tard (au XVIIP siècle), de cinq ans ; rarement le roi prolongeait ce terme. De plus, il ne leur était pas permis d'acquérir une grande popularité : toute une série de prescriptions avait pour but de restreindre le plus possible leurs rapports avec leurs subordonnés; ils ne pouvaient même inviter personne à leur table ; enfin, on eut soin de ne pas les choisir parmi les Espagnols résidant dans les colonies (i).

D'autre part, pour maintenir les colons dans l'obéissance, on flattait leur vanité en leur envoyant des vice-rois, capitainesgénéraux, munis de titres et de distinctions honorifiques et dont le prestige était encore relevé par un entourage très décoratif de gardes du corps et de pages. Ils jouissaient en outre d'une brillante situation matérielle. La plupart touchaient des traitements énormes : dès le XVIP siècle, les vice-rois du Mexique et du Pérou recevaient respectivement vingt et trente mille ducats ; les gouverneurs de Buenos- Ayres et de la Nouvelle-Grenade, de dix à quinze mille ducats et un casuel équivalent au moins au montant de leurs traitements. Sous les Habsbourg, il n'}' eut que deux vice-royautés, celle du Mexique et celle du Pérou et trois capitaineries générales : le Guatemala,

(i) Cependant à partir de 1717, la Nouvelle-Grenade avait un gouverneur portant déjà le titre vice-roi.

34 o ADMINISTRATION

Porto-Rico et Manille. Ce ne fut qu'au XVIIP siècle qu'en raison de l'importance qu'avaient prise différentes' colonies, le régime administratif fut modifié : en 1739, on créa la viceroyauté de la Xouvelle-Grenade (i) et en 1778, celle de Buenos-Ayres. A côté des quatre vice-royautés, il y eut au XVIIP siècle six capitaineries générales : la Havane (1777), Porto-Rico, Guatemala, Caracas ou Venezuela (1773), Santiago du Chili (1778), et les Philippines.

L'autorité des vice-rois et des capitaines-généraux, très grande au début de la colonisation, se restreignit peu à peu dans la suite. Ils étaient à la fois chefs civils et militaires; ils proposaient des candidats à tous les emplois ; mais, en réalité, ils n'étaient que des commissaires royaux chargés de surveiller pendant quelques années l'administration coloniale. Ils n'avaient que peu d'autorité sur les fonctionnaires coloniaux, puisque le droit de nommer ceux-ci était réservé à la couronne ; ils ne pouvaient désigner que les fonctionnaires intérimaires. Leur mission, réglée jusque dans les moindres détails (2), consistait essentiellement à exécuter les ordres royaux : « On envoyé, dit de Vayrac, par les Flottes, Galions et X'^avires d'avis aux Vice-rois et aux Audiences, une relation des cédules générales et autres dépêches, afin qu'ils les fassent publier. » Pour surveiller la gestion des vice-rois et des capitaines-généraux, le gouvernement métropolitain envoyait parfois des sortes de commissaires (visitadores) qui procédaient à une enquête ou visita (3). Dans toutes les instructions données aux vice-rois, on leur ordonnait « d'envoyer en droiture au Roi, à la fin de

(1) HuMBOLDT remarque {Essai sur la Nouvelle-Espague, t. II, p, 191, note) que parmi les cinquante vice-rois qui ont gouverné le Mexique depuis i535 jusque 1808, il n'y en a qu'un seul né en Amérique, le péruvien Don Juan de Acuna, marquis de Casa Fuerte (1722-1734), qui fut un bon administrateur et se distingua notamment par son désintéressement.

(2) Il y a dans la Recopilacion de Leyes plus de 70 lois relatives aux fonctions des vice-rois.

(3) En dehors des territoires soumis directement au vice-roi, il y avait encore des provinces nouvellement conquises, qui se trouvaient sous l'autorité de chefs militaires : ainsi, par exemple, au XVi II* siècle, au Mexique \esprovincias internas (le petit royaume de Léon, la colonie du NouveauSantander, le Texas, la Nouvelle- Biscaye, Sonora, Cohahuila e't le Nouveau-Mexique) déperdaient d'un commandant général. (Humboldt, Essai sur la Nouvelle Espagne, t. II, pp. 81 et 82.)

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