LES AUDIENCES
leur vice-royauté, une relation journalière de l'état du royaume où ils ont commandé, des affaires d'importance qui y sont arrivées pendant qu'ils y ont été, etc.. » (i). Ils devaient se soumettre, au moment où ils quittaient leurs fonctions, à la formalité de la réside Jicia. Le conseil des Indes nommait à cet effet un juriste chargé de recueillir les plaintes que l'on pouvait formuler dans la colonie contre leur gouvernement. Ces mesures de défiance prises à l'égard des vice-rois eurent pour principal résultat d'empêcher toute initiative de leur part, de leur enlever toute action durable sur le régime politique et économique des colonies et d'entraver en grande partie le développement et les progrès de celles-ci. D'ailleurs, en bien des cas, les vice-rois sortis de charges ont usé de mo5'ens de corruption à l'égard des commissaires enquêteurs, et avec plein succès.
L'autorité des vice-rois diminua encore au cours du XVIIP siècle, à cause des tendances centralisatrices que firent prévaloir dans toute l'administration les princes de la dynastie bourbonienne. D'autre part, dans les provinces éloignées du centre du gouvernement colonial, les capitainesgénéraux, d'abord soumis aux vice-rois, fondèrent peu à peu de véritables colonies distinctes et finirent par ne plus dépendre que du gouververnement métropolitain.
Pour contrebalancer l'autorité des gouverneurs, ~ capitainesgénéraux ou vice-rois, — le gouvernement métropolitain avait créé de bonne heure une institution spéciale, les aiuiiencias : c'étaient à la fois des corps politiques, chargés de contrôler la gestion des gouverneurs, et des tribunaux de deuxième instance ; les audiencias royales pouvaient correspondre directement avec la cour de Madrid, les audiencias ordinaires, avec le vice-roi. La première institution de ce genre fut créée à Saint-Domingue en 15 ii (2). Il y en eut successivement
(1) DE Vayrac, Etat présent de l'Espagne, t. III, p. 349.
(2) Le nombre des membres d'une audience, dépendait de la quantité d'affaires qui étaient portées devant elle. Les juges civils s'appelaient auditeurs (oidores), les juges criminels, alcaldes .de crimen. L'audience de Mexico se composait, au XVIII'' siècle, de huit juges civils et de quatre juges criminels. Les audiences moins importantes comprenaient des membres qui jugeaient à la fois les causes civiles et criminelles.
dans les principaux centres de la colonisation espagnole : Mexico (i), Panama, Lima, Guatemala, Guadalajara, Bogota, La Plata, Quito, Manille, Santiago de Chili, Buenos-Ayres. L'audience de Saint-Domingue qui avait d'abord dans son ressort toutes les possessions de l'Espagne dans le Nouveau- Monde, perdit de son importance à mesure que le centre de l'empire colonial espagnol se déplaça. La conquête du Mexique fit négliger les premiers établissements dans les îles des Indes occidentales. La plupart des institutions qui avaient été établies à Haïti (Espagnola) comme centre de l'empire colonial, furent peu à peu restreintes et cette île ne resta que le siège du gouvernement des Indes occidentales proprement dites, c'est-à-dire des Antilles et de la côte septentrionale de l'Amérique du Sud. En 1527, son audience royale fut soumise à celle de Mexico et plus tard (en 1778), au capitaine-général de Porto-Rico.
L'audience royale avait la juridiction suprême sur les audiences ordinaires ou tribunaux inférieurs établis dans son ressort. Elle avait pour les cas royaux (casos de Corte), le droit de prononcer en première instance. Elle était toujours présidée par le vice-roi ou le capitaine-général et, en cas de vacance du siège du gouverneur, elle exerçait les pouvoirs de celui-ci (2). Très influents, les juges de l'audience pouvaient même recevoir les réclamations des habitants de leur ressort contre une décision quelconque du gouverneur. Enfin, ils étaient convoqués de temps à autre en session {ciciierdo) pour former un corps consultatif, donnant avis sur toutes les affaires colo-
(1) L'audience de Mexico fut érigée en 027 pour restreindre l'autorité alors toute puissante de Cortez. « Les soldats étaient suivis par les hommes de loi. Comme il n'était pas possible de confier le gouvernement à une seule personne capable de contrecarrer l'intluence de Cortez, le gouvernement métropolitain institua une audience » (Icazbalceta, Don Fra>^ Juan de Zumarraga. Mexico, 1881, p. 18).
(2) D'après Frézier, ingénieur français qui visita le Pérou en 1712, l'audience royale de Lima était subdivisée en différentes chambres : une chambre de justice, une chambre criminelle, une chambre des comptes, une chancellerie et deux chambres du Trésor. L'une de celles-ci gérait les « rentes que les Indiens riches ont laissées en mourant pour subvenir aux nécessités des pauvres de leur nation ». (Frézier, Relation du Voyage de la Mer du Sud, t. II, p. 388.)