GOUVERNEMENT DES PHILIPPINES
extraordinairement élevés (i). Il faut y ajouter l'impôt de Yalcabala et X almojarifazgo, qui viennent d'être mentionnés, La perception de tous ces impôts était lente et onéreuse à cause du grand nombre d'agents qui y étaient employés (2). Les colonies devaient subvenir elles-mêmes aux besoins de leur administration : mais le Mexique et le Pérou fournirent la plupart du temps des subsides {situados) pour couvrir les frais d'administration des autres colonies.
D'une manière générale, le gouvernement métropolitain eut beaucoup de difficultés à enrayer les abus commis par ses fonctionnaires dans les colonies, abus qu'il ignorait souvent. Malgré toutes les précautions, il ne put leur faire exécuter ses volontés; il n'arriva que trop fréquemment que les administrations coloniales agirent à leur guise, subirent l'influence du milieu dans lequel elles se trouvaient, et firent obstacle aux réformes émanant du gouvernement métropolitain.
Les fonctionnaires opposaient souvent une résistance passive aux ordres venant de la péninsule ; n'occupant que peu de temps un même poste, ils ne se souciaient guère de remplir avec zèle les devoirs de leur charge ; ils se contentaient le plus souvent de publier les ordonnances qu'ils avaient à appliquer. On « respecte » l'ordre, mais on ne l'exécute pas (se gnarda la orden pero ?io se cuniple) : telle est la formule qui résume leur conduite vis-à-vis du gouvernement métropolitain.
Les Philippines furent soumises à un régime spécial, bien qu'elles dépendissent administrativement, depuis 1590, delà vice-royauté du Mexique. L'autorité militaire y était prépondérante, à cause de la situation troublée dans laquelle vécut la colonie. Au sommet de l'administration se trouvait le capitaine-général, dont les pouvoirs étaient presque ceux d'un souverain. Il était comme le vicaire de la couronne et le représentant du prince. Il dirigeait les affaires civiles et militaires
(i) Voirie chapitre relatif au régime économique.
(2) HuMBOLDT (Essai sur la Nouvelle-Espagne, t. V, p. 21-22), montre que les frais de recouvrement des impôts au Mexique s'élevaient à plus de 12 p. c.
et exerçait le patronat royal vis-à-vis de l'Eglise. Le gouvernement métropolitain désigna presque toujours, pour remplir ces fonctions, des militaires ou des officiers de marine, rarement des magistrats ou des ecclésiastiques. L'administration supérieure qui assistait le gouverneur, se composait d'un secrétaire général, d'un directeur des finances, d'un directeur de l'administration civile et de différents officiers. Les emplois étaient généralement affermés ou vendus au plus offrant. h'Atidieficia joua un rôle moins important qu'au Mexique ou au Pérou. Elle se borna le plus souvent à exercer le pouvoir judiciaire comme tribunal de deuxième instance.
Les districts étaient administrés militairement ; ils étaient placés sous l'autorité d'officiers, représentants du gouverneur, investis de pouvoirs civils et militaires. Ils répartissaient le contingent de la milice, contrôlaient la rentrée des impôts et jugeaient en premier ressort. Isolés dans leur province, ils y acquirent souvent une assez grande indépendance : ils en monopolisaient parfois le trafic entier.
Quant aux villages, ils furent plus ou moins organisés sur le modèle espagnol. Ils étaient répartis en sections de 50 à 100 feux, composant chacune une cabeceria o\x chefferie; le chef {caheza de barmigay) était l'indigène chargé de la perception des impôts pour les autorités coloniales. Ce régime des impôts était antérieur à l'arrivée des Espagnols, et ils l'avaient conservé. Vers la fin du XVIIP siècle, ils établirent encore un autre système d'impôts supplémentaires : ils obligèrent les indigènes, conformément aux procédés de la compagnie hollandaise des Indes orientales, de semer et de cultiver un certain nombre de plants de tabac, qu'ils ne pouvaient vendre qu'au gouvernement de la colonie. Ce fut en 1781 que fut appliqué ce régime de monopolisation des cultures de tabac. Le gouvernement colonial achetait les tabacs aux habitants à un prix qui atteignait à peine vingt pour cent de leur valeur.
L'administration des îles Philippines fut plus défectueuse que celle des autres colonies. Elle présente d'une manière plus accentuée les mêmes défauts avec une tendance encore plus forte à l'autocratie militaire. Négligées par la métropole, les