‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 140 sur 173 · FORMATION DE LA MARINE MILITAIRE · texte numérisé non relu

FORMATION DE LA MARINE MILITAIRE

Philippines étaient livrées à l'arbitraire des fonctionnaires. Ceux-ci se livraient à la concussion et vivaient aux dépens de la colonie, se dédommageant eux-mêmes de l'insuffisance de leurs traitements et des sommes qu'ils devaient payer pour entrer en charge.

La Marine et l'Armée.

L'Espagne disposait souvent de forces navales considérables, mais elle les utilisa rarement pour la défense de ses colonies. Elle ne s'en servit guère que dans les eaux européennes. En temps de paix, la marine militaire permanente était réduite au strict minimum : elle comprenait principalement les escadres qui accompagnaient les navires autorisés à faire le commerce entre la métropole et les colonies (i ), et quelques bâtiments pour la garde des côtes.

Dès le XVP siècle, l'Espagne fut incapable de suffire ellemême aux besoins de sa marine : elle recourut à d'autres puissances maritimes, comme Gênes, pour l'acquisition de navires et elle dut souvent accepter des marins étrangers parmi les équipages de ses flottes, notamment des Génois, des Portugais, des Flamands et des Hollandais.

Au cours du XVIP siècle, le gouvernement comprit la nécessité de développer la marine de guerre pour protéger l'empire d'outre-mer, mais l'immixtion de l'Espagne dans les grandes luttes européennes fut fatale à sa prépondérance mondiale et lui fit perdre une grande partie de ses forces navales. Le gouvernement dut même parfois emprunter des vaisseaux

(i)Au début de l'expansion coloniale, tout navire autorisé à faire le commerce des Indes pouvait partir seul à condition d'être convenablement armé (Voy. la cédule de i522 résumée dans Fabié. Ensayo histurico..., p. 174). Mais au milieu du XVI® siècle, à la suite des attaques des corsaires contre les bâtiments isolés, le gouvernement décida de réunir en flottes les vaisseaux circulant entre l'Espagne et les Indes. En i56i, une cédule royale stipula qu'aucun navire ne pourrait plus se rendre isolément aux Indes, sous peine de confiscation (Veitia Linage, Norte de la contrataciôn, livre II, chap. VI. — Recopilacion, livre IX, titre II, loi I").

à des nations amies pour compléter l'armada qui accompagnait les convois annuels allant aux Indes : en 1662, il acheta entre autres un galion de construction étrangère et fut obligé de renflouer de vieux galions afin d'avoir une flotte de soixante unités, nombre jugé nécessaire pour protéger le commerce en Espagne et aux Indes (i). A la fin du XVIP siècle, la marine était dans une décadence complète : il n'y avait que quelques vaisseaux armés pour le service des Indes, quelques galions et quelques galères (2); le recrutement des marins était si difficile qu'il n'y en avait pas mille pour équiper la flotte (3) ; il n'y avait pour ainsi dire plus d'arsenaux ni de chantiers pour la construction des navires ; le gouvernement se vit même obligé de s'adresser à l'étranger pour obtenir la main-d'œuvre nécessaire à cette industrie (4).

La création d'une véritable marine de guerre date du début de la dynastie bourbonienne. Dès 17 14, fut constitué un ministère de la Marine et des Indes qui s'occupa activement de la réorganisation des forces maritimes, entre autres de la formation des officiers de vaisseau : en 171 7, fut érigée à Cadix une école navale sous le nom de « Compagnie des gardes marines ». Mais cette institution fut très défectueuse : l'école n'était ouverte qu'aux jeunes gens qui pouvaient faire preuve de noblesse en ligne paternelle et en ligne maternelle. En outre la durée des études était beaucoup trop courte, un an à un an et demi, et les gardes-marines promus officiers restaient le plus

(i) Scelle, La traite négrière, t. I, p. 497.

(2) Depuis que le trafic avec le Pérou ne se faisait plus par l'intermédiaire de Portobello, la petite esca.ire chargée d'escorter VAnnadilla de Panama était laissée à l'abandon. L'ingénieur Frézier rapporte {Relation du voyage de la mer du Sud, t. Il, p. 242) que les vaisseaux qui la composaient, étaient en si mauvais état, qu'ils étaient « incapables de prendre la mer sans un radoub considérable ; néanmoins le Roi entretient toujours des troupes de marine. »

(3) En 1700. il n'y avait que 690 marins. (Desdevises du Dezert, L'Espagne de l'ancien régime. Les institutions, p. 283.)

(4) L'Asiento conclu en i663 avec les Génois Grillo et Lomelin stipulait la livraison de 5oo nègres destinés à la construction d'arsenaux et de chantiers aux Indes et en Espagne. (Scelle, La traite négrière aux Indes de Castille, p. 52i.) Toutefois cette stipulation ne put être exécutée, au grand détriment de la marine espagnole.

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