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PREMIÈRE PÉRIODE

L'expansion outre mer jusqu'à la réunion du Portugal à l'Espagne (1415-1580).

L'expansion du Portugal outre mer eut pour point de départ une expédition que Jean P' dirigea, en 14 15, contre Ceuta. Antérieurement, en 1341, une flottille portugaise visita les îles Canaries et Alphonse IV tira prétexte de cette visite pour protester (12 février 1345) contre la donation de l'archipel canarien que le pape Clément VI avait faite à Don Louis d'Espagne (i). Mais il est impossible de voir dans cette entreprise la première manifestation d'une politique d'extension maritime. Il est probable qu'Alphonse IV a simplement accordé son patronage à une expédition organisée par les marins génois qu'il avait à son service. Les navires qui la composaient étaient, en effet, pilotés par des Génois et avaient pour équipages des Florentins, des Génois, des Castillans, des Portugais et « autres Espagnols ».

C'était donc une expédition génoise plutôt que portugaise.

(1) Voir la partie du présent volume consacrée à l'Espagne.

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. Voulait-elle simplement explorer les îles Fortunées^ nom qu'on donnait alors aux îles Canaries ou, comme Tedisio Doria et les frères Vivaldi en 129 1, essayer d'atteindre les ports de l'Inde? On ne sait. En tout cas, elle n'aboutit à aucun résultat durable et paraît avoir été promptement oubliée (i).

L'expédition contre Ceuta, en 14 15, qui amena l'expansion du Portugal outre mer, n'était pas une expédition coloniale, c'était une simple croisade. Mais elle exerça une influence décisive sur la politique extérieure du Portugal en lui donnant une possession séparée de ses autres provinces par un bras de mer d'une assez grande largeur et en faisant de lui le champion de la chrétienté contre les Maures d'Afrique. Pour combattre ceux-ci, pour ravitailler Ceuta, le Portugal dut créer une force navale. Puissance continentale jusqu'alors, il eut, à partir de ce moment, des intérêts maritimes à défendre. Un homme de génie, Henri le Navigateur, élargit le champ de la lutte : il la dirigea vers des routes nouvelles où des terres riches s'offraient au premier occupant. Il ajouta aux ambitions chevaleresques qui l'avaient fait naître, la recherche de bénéfices commerciaux. Une série d'établissements naquirent le long de la route que suivaient les flottes, et de proche en proche se forma un riche collier de colonies depuis Ceuta jusqu'aux Indes.

Le projet d'entreprendre une croisade contre les Maures d'Afrique surgit vers 141 2. Le roi de Castille venait de reconnaître comme roi de Portugal Jean d'Aviz (141 7) et, par cet acte, avait mis fin au long conflit qui durait depuis qu'à la mort de Ferdinand (1382), Jean I" de Castille avait élevé des prétentions au trône de Portugal. Après 1398 aucune rencontre n'avait plus eu lieu entre les troupes des deux pays, mais, la paix n'étant garantie que par une simple trêve, Jean d'Aviz avait dû, par crainte d'une nouvelle attaque, maintenir ses troupes sur le pied de guerre.

La masse de la nation, fière assurément des succès remportés

(1) Major, Henry the Navigator, p. 140. — Oliveira M artins, Os filhos de D. Joâo I, p. 68. — Beazley, Chronicle of A:{urara, II, p. lxxvui et ss. — Sur de prétendues expéditions d'Henri le Navigateur en 1410 ou 1412, voir Major, pp. 64 et 65.

EXPEDITION CONTRE CEUTA EN 1 4 1 5 2 g

par les armes portugaises sur les Castillans, et prête à recommencer la lutte, s'il le fallait, sous un chef toujours victorieux comme Jean d'Aviz, accueillit néanmoins la paix avec joie, car le poids de toutes les dépenses militaires retombait sur elle. Il n'en fut pas de même de la jeune noblesse à qui la paix enlevait l'espoir de trouver dans un nouveau conflit, l'occasion de se signaler par de hauts faits d'armes. La célébration de la paix, qui donna à la cour comme aux grandes familles un prétexte pour organiser une suite de joutes et de tournois, accrut encore l'ardeur guerrière des jeunes nobles et leur fit désirer avec plus de force d'employer dans des entreprises glorieuses leur vaillance et leurs talents militaires.

Plus que tous les autres, les trois fils aines du roi, Edouard, Pierre et Henri, tous trois en âge d'être armés chevaliers — en 141 2, ils avaient respectivement 21, 20 et 18 ans — étaient impatients de gagner leurs éperons d'or par des services effectifs sur le champ de bataille (i).

Volontiers, pour la gloire de leur maison et la leur propre, ils eussent vu leur père déclarer la guerre aux Maures de Grenade. Mais une telle entreprise pouvait donner à la Castille un prétexte pour rompre la paix qui venait d'être conclue. Le seul moyen qui s'offrait à eux de combattre pour une cause digne d'un chevalier, sans éveiller la susceptibilité de la Castille, c'était, comme l'avait fait Saint Louis de France, de franchir la mer et d'aller attaquer les infidèles en Afrique.

Dans l'état d'esprit où ils se trouvaient, ils accueillirent avec un véritable enthousiasme l'idée que leur suggéra Joâo Affonso, un des officiers les plus distingués de leur père, d'entreprendre une expédition contre Ceuta. Immédiatement ils firent auprès de leur père les plus vives instances pour qu'il leur permît de se rendre en Afrique.

Ceuta était un objet digne de leur ambition. Par sa situation, cette place était le port d'attache préféré des corsaires arabes qui croisaient nombreux dans le détroit de Gibraltar et rançonnaient les navires chrétiens. C'était surtout par Ceuta que se recrutaient dans l'Afrique du nord-ouest les hommes qui

(1) Oliveira Martins, Osjilhos de D. Joâo I, p. 17 et ss.

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allaient dans la Péninsule soutenir la guerre sainte contre les chrétiens. Aussi nommait-on Ceuta, non sans raison, « la clef de la chrétienté et l'effroi de l'Espagne (i) ».

Le roi, qui voyait mieux que ses fils les difficultés et les dangers de l'entreprise, refusa de l'approuver. Il leur faisait remarquer que pour exécuter leur projet avec des chances de succès, il devrait mettre sur pied toutes les forces du pays, réunir à grands frais un matériel considérable et imposer par conséquent au peuple déjà appauvri par la guerre avec la Castille, de lourds sacrifices. En outre les moyens de transport que possédait le Portugal étaient absolument insuffisants et il faudrait, ce qui serait très onéreux, louer des navires au dehors. Enfin, la prise de Ceuta allait affaiblir le royaume musulman de Grenade et par conséquent augmenter indirectement la puissance de la Castille déjà bien supérieure à celle du Portugal (2).

La résistance du roi finit cependant par fléchir devant les prières que la reine joignit à celle de ses fils. Au bout de trois ans, il donna son assentiment à l'expédition, d'accord en cela avec la majorité des membres de son conseil et avec son connétable, Nuno Alvares Pereira.

Son opinion à l'égard des difficultés de l'entreprise s'était modifiée depuis qu'il avait appris par ses espions les querelles intestines auxquelles était en proie l'empire mérinide du Maroc, et l'état d'hostilité qui régnait entre le sultan de Fez, suzerain de Ceuta, et celui de Tlemcen. Ceuta devait très probablement dans ces circonstances être abandonnée à ses seules forces.

On est mal renseigné sur les motifs véritables qui déterminèrent un politique aussi avisé que Jean d'Aviz à entreprendre une expédition contre Ceuta. Le chroniqueur Ruy de Pina suppose que le roi voulait accomplir une œuvre pie en combattant les Maures, et entretenir l'esprit militaire de son armée en donnant à celle-ci une occasion d'acquérir de nouveaux lauriers. Ruy de Pina attribue cette opinion au prince Henri

(1) Léo Africamis, p. i58, verso. — Azurara, Chronicle of the discovery of Guinea, p. 16. — Cour, Établissement des dynasties des chérijs au Maroc, p. 29.

(2) Matth. de PisANO, De bello septensi, p. i5.

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