CHAPITRE IV
Le régime économique des colonies espagnoles se caractérise par la hâte que mettaient les colons et le gouvernement à se procurer le plus de revenus possible et particulièrement les métaux précieux. Ce système d'exploitation rapace se constate surtout dans l'attitude que prirent les Espagnols à l'égard des populations indigènes. Ils leur imposèrent, sous forme de tribut ou corvée (mita), le travail dans les mines et les plantations; ils organisèrent même au début de véritables chasses aux indigènes pour se procurer à bon marché la main-d'œuvre nécessaire. A Espagnola, Colomb procéda déjà au partage des cultures et des indigènes entre les colons. Bobadilla et Ovando obligèrent les natifs des districts aurifères dans cette ile à fournir tous les trimestres une certaine quantité d'or et ceux des districts non-miniers, une partie de leurs récoltes. Ils les placèrent sous la surveillance directe des colons et les contraignirent à un travail presque ininterrompu en établissant le système des repartimieyitos ou encoiniendas, c'est-à-dire en répartissant le sol et les indigènes entre les colons. D'après les instructions royales (i), les naturels auraient dû recevoir un salaire proportionné à leur travail ; en réalité, ils furent réduits à la servitude et astreints à un labeur excessif. Il en résulta une mortalité effrayante.
(i) Une ordonnance de i5o3 porte que les Indiens doivent être traités comme des hommes libres et non comme des esclaves ; le salaire qu'ils toucheront pour leurs corvées doit être fixé par le gouverneur [Documentos ineditos ... de India, t. XXXI, p. 209).