‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 145 sur 173 · ORGANISATION DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU TRAVAIL

Quelques années suffirent à faire disparaître presque tous les natifs crEspagnola(i). Ils furent décimés par les maladies résultant en partie du travail épuisant des mines, travail auquel ils n'étaient pas habitués : ils n'avaient jamais recueilli en fait d'or que ce qu'ils avaient trouvé à ciel ouvert. En 15 17, Espagnola ne comptait plus qu'environ 14.000 natifs. Il fallut chercher la main-d'œuvre ailleurs et Fon recourut à toutes sortes de mo3"ens pour attirer dans l'île les indigènes des îles voisines, notamment ceux des îlesBahamas. Les Espagnols firent accroire entre autres à ces populations insulaires qui n'avaient jamais vu de blancs, qu'ils venaient du ciel pour les y conduire auprès de leurs ancêtres. Les malheureux se laissèrent séduire, s'embarquèrent en masse sur les vaisseaux espagnols, furent dès lors traités comme des bétes de somme et employés aux travaux d'extraction de l'or. Un grand nombre d'entre eux essayèrent de fuir : quelques-uns y réussirent et disparurent dans les montagnes d'Espagnola ou quittèrent l'île à la nage. Ces événements se passaient sous le gouvernement d'Ovando dans le premier quart du XVP siècle.

Pour suppléer au manque de bras indigènes, Ovando avait reçu dès 1501 l'autorisation d'importer aux Indes des esclaves nègres, nés en pays chrétien (2). Mais il demanda lui-même le retrait de cette autorisation, à la nouvelle que quelques esclaves s'étaient échappés, avaient fui parmi les Indiens et répandaient parmi eux des idées subversives. Isabelle défendit l'importation d'esclaves nègres, mais cette défense fut rapportée après sa mort par Ferdinand (1505); toutefois, ce ne fut que lentement que la main-d'œuvre nègre fut introduite : à partir de 1 5 1 1 , des mesures spéciales furent prises pour transporter directement des nègres de Guinée aux Indes (3). Mais le trafic ne se développa

(1) D'après Peschel {Zeitalter der Entdeckungen, p. 43o), Espagnola aurait eu, à la fin du XV^ siècle, une population de 200.000 à 3oo.ooo habitants. Ce chiffre est exagéré. En i5o8, l'île ne comptait que 60.000 indigènes et en i5i4, 14.000. En 1574, il n'y avait plus que deux villages occupés par les indigènes.

(2) Documentas ineditos, ... de India, t. XXXI, p. 23.

(3) Les grandes Antilles recoururent surtout au travail servile pour leurs plantations. La Jamaïque seule fit exception. Le régime économique de cette île fut essentiellement pastoral. Les vastes savanes divisées en huit, puis en douze hatos, immenses territoires appartenant à des grands d'Espagne, servaient de

l']2 REGIME ECONOMIQUE

que lorsque le gouvernement agit énergiquement pour protéger les indigènes.

Le gouvernement métropolitain avait envo3^é dès 1509 des instructions spéciales à Diego Colomb pour conjurer la destruction totale des indigènes : il ne permit la réduction en esclavage que des Caraïbes et des peuplades qui se révolteraient. Mais ces instructions n'étaient pas précises et pouvaient être interprétées de diverses manières. Les colons continuèrent comme par le passé à recruter par tous les moyens les travailleurs indiens et à pratiquer le système du travail forcé. En entrant en relations avec une peuplade indigène qu'ils désiraient asservir, ils procédaient parfois d'une singulière façon. Ils adressaient aux chefs une proclamation où ils les sommaient de se convertir au christianisme avec leurs sujets. En cas de refus, les natifs étaient aussitôt traités en rebelles par les envahisseurs, qui s'assuraient de leurs personnes et de leurs biens (i).

Des règlements publiés en 151 1 et 1512, renouvelèrent les prescriptions anciennes d'humanité et de douceur et stipulèrent quelques mesures nouvelles en faveur des Indiens, tout en maintenant le système des encomiendas. Les possesseurs à'encoiiiieiidas devaient aménager des huttes pour abriter les indigènes qui viendraient s'installer dans le voisinage des colons. Les Indiens employés dans les mines, resteraient occupés pendant cinq mois et obtiendraient ensuite un congé de quarante jours pour se livrer à la culture de leurs champs. Quant au mode d'alimentation des travailleurs, il était également spécifié, mais d'une manière très insuffisante. Le propriétaire de chaque encomienda pouvait astreindre aux travaux miniers au moins le tiers de la population qui y était installée. Annuellement il ne devait payer à chaque Indien qu'un peso (huit francs). Les mères étaient seules exemptes de certaines obligations. Enfin les règlements prescrivaient pour chaque

pâturages à des troupeaux de bœufs et de porcs. L'agriculture fut négligée ; le sol produisait cependant le cacao, le gingembre, le piment, la canne à sucre et le tabac. Dans les forêts, on trouvait du bois d'acajou, d'ébène et de cèdre, mais ces richesses restèrent inexploitées.

(1) Il y eut deux sortes d'esclaves : ceux qui avaient été faits prisonniers à la guerre et ceux qui avaient été vendus comme esclaves par les indigènes.

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