‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 16 sur 173 · EXPEDITION CONTRE CEUTA EN 1 4 I · texte numérisé non relu

EXPEDITION CONTRE CEUTA EN 1 4 I

qui, après la mort du roi, aurait dit à son frère Pierre : « L'opinion générale est que l'expédition contre Ceuta eut lieu pour nous permettre de devenir chevaliers avec honneur, cependant quand je songe à la grande prudence du roi Jean et à sa grandeur d'âme, je ne vois là. qu'un prétexte ; car, après le service de Dieu, la chose qui lui tenait le plus à cœur, était d'entretenir dans son royaume l'habitude des exercices militaires dans lesquels il voyait une garantie pour la stabilité et la gloire de sa dynastie et de son royaume (i). »

Il est cependant probable que d'autres considérations n'ont pas été étrangères à la décision du roi. Le développement de la piraterie au Maroc au début du XV^ siècle, était une menace continuelle pour la marine naissante du Portugal et même pour les habitants de l'Algarve. Il était utile d'inspirer aux pirates, par une sévère leçon, le respect du pavillon portugais. Jean d'Aviz dut évidemment comprendre ce résultat parmi ceux qu'il se proposait d'atteindre (2). C'est un motif analogue qui, en 1399, avait engagé Henri III de Castille à saccager la ville de Tétouan, non loin de Ceuta.

Parmi les agents qui lui fournirent des renseignements sur Ceuta, se trouvaient des négociants anglais et allemands. Le roi a certainement connu par eux la richesse de ce port, l'activité encore relativement considérable de son commerce, et n'a pu manquer de supputer les bénéfices que les marchands de son ro3'aume pouvaient retirer de la possession de cette ville. Peut-être entrevit-il même la possibilité de faire de Ceuta une escale maritime. La résolution qu'il prit dès le début, si nous en croyons Mathieu de Pisano^ de conserver la ville s'il parvenait à la conquérir, s'expliquerait mieux dans ce cas ; car, pour atteindre les résultats indiqués par Ruy de Pina, il suffisait au roi de détruire la ville (3).

Sa décision prise, le roi se mit avec autant d'activité que de prudence à organiser l'expédition. Pour ne pas éveiller

(1) Ruy de Pina, Chronica do S. Rei Don Duarte. Inédites, I, p. 107.

(2) Godard, Histoire du Maroc, I,p. 894 et ss. — Mekcier, Histoire de l'Afrique septentrionale, II, p. SgS.

(3) Matth. de Pisano. De bello septensi, p. 16. — Cour, Établissement des dynasties des chérifs au Maroc, p. 28. Note.

l'attention de ses ennemis, il garda secret le but réel qu'il poursuivait, et fit répandre le bruit que ses armements étaient dirigés contre le comte de Hollande, dont les sujets avaient pillé quelques marchands portugais.

Malgré l'incertitude qui planait sur la destination véritable de l'expédition, la nation entière, les communes comme la noblesse, répondit avec un empressement extraordinaire, disent les chroniqueurs, à l'appel que son roi lui avait adressé. L'armée ne comprit qu'un petit nombre de chevaliers étrangers qui demandèrent au roi la permission de participer à la croisade avec leurs hommes d'armes.

Tous les navires que possédait le Portugal, furent armés par les soins de l'infant Henri; d'autres furent affrétés sur les côtes de Galice, de Biscaye, d'Angleterre et même d'Allemagne. Au milieu du mois de juillet 141 5, une flotte de 33 gros vaisseaux, de 27 trirèmes, de 32 birèmes et de 120 petites embarcations était réunie dans le port de Lisbonne. En ce moment le roi dévoila le projet qu'il avait gardé secret. Il annonça solennellement la croisade qu'il se proposait d'entreprendre, et fit donner lecture de la bulle pontificale accordant des faveurs spirituelles à tous ceux qui y prendraient part.

La flotte quitta Lisbonne le 2 8 juillet 1 4 1 5 , et atteignit Algesiras le 10 août suivant. Le 12, elle se dirigea vers Ceuta, mais^ le vent n'étant pas favorable, les bâtiments à voile furent rejetés jusqu'à Malaga, et ce n'est que le 21 août que l'armée débarqua sur la terre d'Afrique.

Une brusque attaque des princes Henri et Edouard amena la prise de la ville. Le roi se contenta de cette conquête. Il trouvait probablement son armée trop faible pour s'avancer à l'intérieur du pays et pour résister en rase campagne aux attaques des Maures qui allaient certainement s'efforcer de reprendre Ceuta. Peut-être même craignait-il de ne pouvoir conserver la ville, car il en permit le pillage. Il laissa néanmoins 3000 hommes pour la défendre, mais l'armée considérait en général l'occupation comme peu solide et elle quitta l'Afrique pleine d'appréhensions sur le sort réservé à la garnison de Ceuta.

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