LE COMMERCE
Lorsque Charles-Quint vit le développement que prenait, au début du XVP siècle, le commerce des Indes, il voulut supprimer le monopole de Séville, mais ce projet ayant soulevé de vives protestations, il dut l'ajourner (i). Cependant il établit une Casa de contratacion à la Corogne en 1525; on espérait trouver une route vers les Indes par le Nord-Ouest et faire de la Corogne un centre d'expéditions commerciales. Charles-Quint autorisa ses sujets de tous pays à se livrer au commerce colonial. Il restreignit (1529) le monopole de Séville en permettant à certains ports d'envoyer des navires aux Indes (2). Ce furent la Corogne, Bayonne, Aviles, Laredo, Saint-Sébastien, Carthagène, Cadix et Malaga (3) ; mais les navires en destination de ces villes et venant des colonies furent obligés de relâcher à Séville ; des peines sévères, la peine de mort et la confiscation des biens, frappaient les infracteurs. D'ailleurs cette mesure de 1529 fut modifiée en 1573. Les ports de la Galice, des Asturies et de la Biscaye furent exclus du commerce colonial et, en 1591, elle fut complètement rapportée : les navires en destination des colonies durent partir de Sanlucar de Barrameda, Cadix ou les Canaries (4). Après l'ensablement du Guadalquivir, le centre du commerce colonial fut de nouveau transporté de Séville à Cadix (1720).
Les Castillans seuls avaient le droit de commercer avec les Indes; les Catalans n'obtinrent qu'en 1765 l'autorisation de trafiquer avec les Antilles, et les marchés de l'Amérique du Sud et du Mexique ne leur furent ouverts que dix ans plus tard. Les navires devaient être naturales, c'est-à-dire qu'ils devaient être la propriété d'Espagnols et construits en Espagne. Pour chaque voyage il leur fallait une licence spéciale (5).
(i) Haebler, Die wirtschaftliclie Blùlhe Spaniois, p. 53.
(2) CoLMEiRo, Historia de la economia politica, t. II, p. 402. — Coleccion de doc. ined. de Ultra^nar, t. IX, p. 401.
(3) Antunez y Acevedo, Alemorias historicas sobre la legislacion y gobierno del comercio de las Espanoles con sus colonias en las Indias Occidentales. Madrid, 1797, p. 10.
(4) Antunez y Acevedo, op. cit., pp. 12 et 23.
(5) Au début de l'expansion coloniale, les Génois, qui occupaient une place importante dans le commerce maritime de l'Espagne, jouirent pendant un certain temps d'une situation privilégiée. Le gouvernement leur permit de faire le trafic
Le commerce était entravé par des droits de douane considérables : depuis environ 1528 jusqu'en 1543, une taxe de 5 p. c, en dehors de V almojarifazgo , frappait les articles exportés aux colonies ; à cette date l'impôt fut augmenté et il le fut encore dans la suite. Les produits coloniaux étaient taxés à 2 1/2 p. c. à l'importation en Espagne. De même aux colonies, des droits énormes étaient levés tant à l'importation qu'à l'exportation.
Dans son âpreté au gain, la couronne surveilla étroitement la navigation océanique, surtout à partir de l'époque où commença l'exploitation de colonies riches en métaux précieux. Dans les principaux ports des colonies furent installées des casas de coiitratacioîi , succursales de la fameuse casa de Séville. Les navires trafiquant entre l'Espagne et le Nouveau- Monde furent escortés par des navires ro3'aux et purent ainsi être protégés contre les attaques de pirates et de corsaires. Une ordonnance de 1561 (i) régla l'organisation des flottes : une fois l'an seulement, les ports de Séville, Cadix et Sanlucar de Barrameda pouvaient envoyer deux convois de marchandises européennes escortés par des escadres royales : l'un pour le Mexique, l'autre pour l'Amérique du Sud. Le premier s'appelait la « flotte », le second, les « galions ». La « flotte » portait à Vera-Cruz les marchandises destinées à la Nouvelle- Espagne; les « galions », chargés d'approvisionner Caracas, la Nouvelle-Grenade, le Pérou et le Chili, débarquaient leur cargaison à Carthagène et à Portobello. Galions et flotte se retrouvaient à la Havane, chargés des métaux précieux et de quelques produits du Mexique et de l'Amérique du Sud, et revenaient ensemble à Cadix. Ces convois ne suivaient pas tous
avec les Indes; mais en i520, en présence des protestations des marchands de Séville, il le leur défendit.
Une cédule de 1607 stipulait que les amiraux et généraux des flottes qui admettaient le passage aux Indes des étrangers sans licence, perdraient leur emploi, et les capitaines, pilotes et maîtres des navires responsables encourraient la peine de mort [Recopilacion de leyes de las Indias, livre IX, titre XXV, loi 26).
(1) Recopil. de leyes de las Indias, livre IX, titre XXX, loi i^e. — Les seuls navires qui pouvaient se rendre aux Indes en dehors de ceux des flottes, étaient les navires d'avis, petits bâtiments destinés à porter des ordres urgents de la part du roi et les navires négriers venant d'Afrique.