‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 151 sur 173 · SURVEILLANCE DU COMMERCE COLONIAL · texte numérisé non relu

SURVEILLANCE DU COMMERCE COLONIAL

les ans exactement la même route ; afin de dépister les corsaires, l'itinéraire était fixé chaque année par le gouvernement et les lettres qui l'indiquaient ne pouvaient être ouvertes qu'aux Canaries. Il était défendu sous des peines sévères de charger de marchandises les navires des escadres royales, qui ne pouvaient rapporter des Indes que les revenus de la couronne (i). Cependant cette défense était souvent enfreinte avec la connivence des officiers de ces navires, qui se livraient d'ailleurs eux-mêmes au trafic. Ces bâtiments étaient parfois tellement encombrés qu'il était pour ainsi dire impossible de mettre les canons en état de tirer. Dans le but de maintenir les marchandises importées aux Indes à un prix très élevé, leur quantité fut cependant toujours assez restreinte. Au moment oii le commerce de Séville avait été le plus actif, les galions et la flotte ne portaient pas plus de 27.000 tonnes de marchandises par an aux possessions espagnoles (2).

Les relations entre l'Espagne et Buenos-Ayres furent véritablement réduites au minimum. Le gouvernement, voulant empêcher que ce port ne détournât une partie du commerce régulier de la carera de IndiaSy le ferma même officiellement pendant un certain temps au commerce (1618 et 1622), mais il toléra l'envoi d'un vaisseau registre. Ce fut là un prétexte constant de fraude. Buenos- A3Tes était tout désigné, par sa position à proximité des colonies portugaises, pour devenir un foyer du commerce interlope. De plus, il était en communication avec le Pérou et le Chili. Le conseil des Indes sacrifia toujours les intérêts de la colonie à ceux des marchands métropolitains ; il ne s'inquiéta pas de savoir quels débouchés les colons de la Plata pouvaient donner à l'excès de leurs pro-

(1) F. Le Blanc, Mémoires (1678), p. 90. (Manuscrit de la Bibliothèque de l'Université de Gand). — Les galions se composaient à cette époque de huit navires du roi, quatorze ou quinze des marchands et trois pataches. Parmi les huit galions du roi, il y en avait trois de mille tonnes, montés par 400 hommes (matelots et soldats); les cinq autres jaugeaient de six à neuf cents tonnes. La « flotte » ne se composait que de deux grands navires du roi et de dix à douze vaisseaux marchands (F. Le Blanc, Mémoires, p. 88).

(2) Cependant avant cette date des vaisseaux isolés obtenaient l'autorisation de se rendre à la côte de Cumana, à Buenos-Ayres et au Callao.

ductions, et notamment aux cuirs que l'élevage et la chasse produisaient en grande abondance (i).

Le commerce entre l'Amérique et les Philippines n'était assuré que par un seul galion partant tous les ans d'Acapulco. Cependant les marchands de la Nouvelle-Espagne et du Pérou faisaient à la fin du XVP siècle un commerce très lucratif par l'intermédiaire des Philippines. Ils venaient y chercher les produits des manufactures asiatiques qu'ils écoulaient ensuite dans leur pays. Ils firent ainsi une concurrence redoutable aux marchands de la mère patrie. Ceux-ci protestèrent énergiquement contre l'atteinte portée à leur monopole; ils allèrent même jusqu'à réclamer de la couronne l'abandon de la colonie « pour que l'argent des royaumes de Sa Majesté n'allât pas tomber aux mains des idolâtres » (2). Ils obtinrent satisfaction. Défense fut faite aux marchands de la Nouvelle-Espagne et du Pérou d'acheter des produits chinois, soit directement, soit par l'intermédiaire de commissionnaires établis à Manille. Il fut seulement permis aux habitants des Philippines d'expédier chaque année vers l'Amérique deux navires de 300 tonnes, dont le chargement n'excéderait pas la valeur de 250.000 pesos (environ 2.000.000 francs) ; les marchandises rapportées d'Amérique aux Philippines par ces mêmes navires ne pouvaient dépasser la valeur de 500.000 pesos (3).

Les colons de Manille ne se conformèrent pas à ces prescriptions. Ils éludèrent la défense en déclarant des valeurs inférieures à celles de leurs marchandises. A la suite des plaintes réitérées des marchands de Se ville et de Cadix, des mesures nouvelles furent prises pour empêcher ce trafic illicite. En 1635, un commissaire spécial, D. Pedro Quiroga, fut envoyé à Manille et il s'y distingua par une rigueur extraordinaire et par un excès de zèle inouï ; il suspendit, pour ainsi dire, le commerce extérieur des Philippines, à tel point, qu'en 1637 une seule patache

(1) Scelle {La traite négrière, t. I, p. 56) ne cite que quelques cas où des licences furent accordées à des particuliers pour trafiquer avec Buenos- Ayres.

(2) MoNTERO, H istoria gênerai de Filipinas, t. I, p. 220.

(3) Recopilacion de leyes de las Indias, livre IX, titre XLV. — Le commerce entre la Chine et les Philippines ne pouvait être fait que par les Chinois.

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