COMMERCE DES PHILIPPINES
sortit du port de Manille ; encore était-elle à destination du duc d'Olivares.
Le mécontentement des colons philippins se manifesta à plusieurs reprises contre les mesures vexatoires dont ils étaient l'objet. Le gouverneur dut faire quelques concessions. Il publia une ordonnance (30 septembre 1639) suspendant les visites, le pesage et l'évaluation officielle des marchandises embarquées sur le navire à destination d'Acapulco, pourvu qu'il fût fait déclaration expresse de la valeur des marchandises exportées des Philippines et que cette valeur n'excédât pas le chiffre fixé précédemment-
Malgré les vives instances des marchands de Manille et du Mexique, le gouvernement métropolitain hésita longtemps à relever ce chiffre. Il attendit jusqu'en 1702 pour porter à 300.000 pesos (environ 2.400.000 francs) le maximum de la valeur que pouvaient atteindre les exportations vers la Nouvelle- Espagne, et à 600.000 pesos (environ 4.800.000 francs), celui de la valeur des importations provenant de cette colonie. Mais en même temps il prit une série de mesures restrictives et continua de défendre aux marchands de Mexico de participer au trafic direct avec les Philippines.
Il paraît que des infractions furent commises à ce règlement : des quantités relativement considérables de soie et de tissus de soie arrivèrent chaque année à Acapulco. Les industries métropolitaines ne purent supporter la concurrence des articles de provenance chinoise, de sorte qu'elles demandèrent et obtinrent de nouvelles mesures protectionnistes. Dès 1718, une ordonnance (8 janvier) défendit les importations de soie de Chine, soit en tissus, soit en ramettes, dans les ports d'Acapulco et, moins de deux ans après (1720, 2^] octobre), une autre ordonnance prohiba l'entrée de ces articles dans les ports espagnols du monde entier.
Ces mesures menaçaient d'arrêter le développement économique des Philippines ; cependant le gouvernement métropolitain ne voulut pas revenir sur sa décision. Un pétitionnement général fut organisé parmi les Philippins ; les ordres religieux et les autorités administratives se joignirent à eux
pour obtenir le retrait des ordonnances. Le conseil des Indes consentit enfin à en suspendre l'exécution pendant cinq ans. Mais les cinq années écoulées, les ordonnances furent de nouveau appliquées rigoureusement. De vives protestations s'élevèrent de la part des marchands de Manille. Ce fut en vain. Lorsqu'on 1734 l'ordonnance de 1720 fut abrogée, le commerce de Manille était pour ainsi dire complètement détruit. Il reprit cependant peu à peu un certain essor, surtout lorsque le commerce de soies de Chiné fut enfin officiellement autorisé (1769) : en vertu d'un règlement nouveau, la cargaison annuelle du navire d'Acapulco put atteindre une valeur de 500.000 pesos (environ 4.000.000 de francs), celle des marchandises de retour une valeur d'un million de pesos d'argent.
Cette situation se maintint à peu près jusqu'en 1 8 1 1 , année où le dernier navire officiel fit le trajet entre Manille et Acapulco. Dès lors le commerce fut libre.
Roscher a comparé avec raison les groupes de marchands opérant sur les marchés coloniaux à des compagnies privilégiées placées complètement sous la tutelle du gouvernement (i). Ce qui les différencie des associations commerciales constituées en Hollande et en Angleterre, c'est leur dépendance absolue vis-à-vis de la couronne : les marchands espagnols allant à la foire de Portobello étaient placés sous la direction de l'amiral des « galions », ceux du Pérou sous celle du président de Panama. A l'arrivée du vaisseau-amiral, les délégués des uns et des autres se rendaient sur ce navire et fixaient de commun accord le prix des marchandises. La même chose se faisait à Vera-Cruz ou plutôt à Jalapa, endroit situé à proximité que l'on avait préféré à Vera-Cruz à cause de l'insalubrité du climat de cette dernière ville.
Ce ne fut qu'en 1735 (2) que le gouvernement permit aux particuliers de commercer avec les Indes à l'aide de vaisseaux isolés, dits vaisseaux autorisés (registros), mais il leur imposa toutes sortes de formalités, notamment l'obligation de fournir un inventaire détaillé des cargaisons. Les marchands n'obte-
(1) Roscher, Koîonien, p. 164.
(2) Desdevises du Dezert, L'Espagne. La richesse et la civilisation, p. 147.