NOUVELLE REGLEMENTATION DU COMMERCE 40I
de 2 p. c. sur toutes les marchandises rapportées des Indes par les galions et la flotte, que le gouvernement espagnol lui offrit comme indemnité pour la suppression du vaisseau de permission. En 1738, Philippe V protesta contre la présence de quarante bâtiments anglais de 150 à 200 tonneaux sur les côtes des Indes espagnoles comme contraire aux traités ; il lit saisir quelques navires et ferma ses ports au commerce anglais, mais il ne put empêcher la contrebande. En 1748, des contrebandiers s'établirent sur le golfe de Parita, à l'ouest de Panama, y construisirent un fort et y commercèrent jusqu'au moment où ils furent expulsés par les troupes espagnoles (i).
Le gouvernement espagnol obtint, en 1750, la dissolution de la compagnie de ïAsie/ilo, et il crut ainsi pouvoir supprimer le commerce interlope. Mais le traité de Paris (1763) accorda aux marchands anglais le droit de couper des bois de teinture sur la côte du Honduras et facilita ainsi la contrebande avec le Mexique (2). D'autre part, l'occupation de la Trinité (1797) par les Anglais, fit de cette île un nouveau foyer de contrebande près de la côte septentrionale de l'Amérique du Sud.
Malgré toutes les mesures prohibitives les plus minutieuses, le gouvernement espagnol ne parvint pas à empêcher la concurrence des marchands étrangers sur les marchés coloniaux. Il ne voulut pas s'engager dans la voie de la liberté commerciale, préconisée cependant, dès la première moitié du XVIIP siècle, par des économistes espagnols, tels que Zabala et Campillo ; mais il réduisit les droits de douane pour les produits nationaux destinés au Nouveau-Monde afin de permettre à ces produits de mieux supporter la concurrence des produits étrangers introduits en contrebande dans les colonies ; d'autre part, pour
(i) Desdevises DU Dezert, L'Espagne de l'ancien régime. La richesse et la civilisation, p. i55.
(2) HuMBOLDT, Essai sur la Nouvelle-Espagne, t. IV, p. 477) estime le produit de la contrebande, au début du XIX« siècle, pour toute l'Amérique espagnole au quart du commerce général et affirme (t. IV, p. 484) que les magasins de Mexico étaient encombrés de « mousselines des Indes et de produits des manufactures anglaises ». Il fait remarquer (t. IV, p. 433) que l'accès difficile des côtes du Mexique, le manque de ports, y rendent le commerce frauduleux plus difficile que sur les côtes de l'Amérique du Sud.
fortifier le commerce national, il encouragea la formation de compagnies privilégiées à l'imitation des compagnies hollandaises, anglaises et françaises (i). La plus importante de ces associations fut la compagnie guipiizcoane de Caracas. Fondée en 1729 pour enlever aux Hollandais le commerce du cacao (2), elle eut pour principal objet l'importation de cette denrée en Espagne ; en outre elle obtint, en 1742,1e monopole du commerce avec Caracas et, en 1752, avec Maracaybo. Ses navires donnèrent la chasse aux fraudeurs. La compagnie fit rapidement de bonnes affaires, mais lorsque l'Espagne s'engagea dans la guerre entre l'Angleterre et ses colonies de l'Amérique du Nord, cette compagnie perdit plusieurs navires et, pour compenser ses pertes, se livra elle-même au commerce de contrebande. Le gouvernement, après lui avoir retiré le titre de compagnie royale, la supprima en 1783 et la fondit dans la compagnie des Philippines.
Cette compagnie des Philippines n'eut qu'une existence précaire : créée une première fois en 1733, elle n'avait pu soutenir la concurrence étrangère et avait rapidement disparu. Elle fut reconstituée en 1783. Ses navires devaient partir de Cadix, doubler le cap Horn, toucher à Lima et à Manille et revenir par le cap de Bonne-Espérance. Elle fit de mauvaises affaires malgré le monopole dont elle disposait : elle ne distribua que quatre fois des dividendes à ses actionnaires (3).
En dehors de ces compagnies assez importantes, il y en eut encore un certain nombre d'autres, notamment celle de Barcelone, fondée en 1751 pour commercer avec Porto-Rico, Cumana et Margarita, celle d'Escaray et celle de Burgos ; leurs opérations ne furent pas très lucratives; elle ne purent soutenir la concurrence des contrebandiers étrangers.
(1) {]i.i.OA, Restablecimiento de los fabricas y comercio espafiol. Madrid, 1790. — Mémoires et considérations sur le commerce et les finances d'Espagne. Amsterdam, lySb. — Ustariz, Tcorica y pràctica de comercio y marina, 3® éd. Madrid, 1767.
(2) Sa charte de fondation date de 172g (Du Mont, Corps diplom., t. VIII, 2' partie, p. 157).
(3) Desdevises du Dezert, L' Espagne de l'ancien régime. La ricliesse et la civilisation, p. 161.