OCCUPATION DE CEUTA
Grâce à la vaillance des Portugais et à l'anarchie qui régnait au Maroc, les événements prirent une tournure plus favorable qu'on ne l'espérait. Ceuta resta aux Portugais. Mais, isolée sur la côte d'Afrique, abandonnée par sa population indigène, cette ville n'avait pour eux que la valeur d'une place forte d'où ils pouvaient entretenir la guerre contre les Maures.
L'occupation de Ceuta ne serait qu'un incident glorieux dans l'histoire du Portugal, si elle n'avait été le point de départ des grandes expéditions maritimes organisées par l'infant Henri, plus connu sous le nom d'Henri le Navigateur.
L'infant, qui avait pris une part importante à la croisade contre Ceuta, avait reçu de son père, entre autres récompenses de sa valeur, le gouvernement de cette forteresse. Le soin de diriger la lutte contre les Maures lui incombait donc. Il accepta cette tâche et bientôt, en revêtant la charge de grand maître de l'ordre du Christ, il y consacra sa vie. Il ne borna pas son ambition à guerroyer contre les Maures aux environs de Ceuta •et à échanger avec eux de beaux coups d'épée. Esprit entreprenant, réunissant l'ardeur religieuse du moine à la curiosité du savant, il conçut, pour lutter contre eux, un plan de large envergure, dont la réalisation devait, à ses yeux, être profitable à la religion, à la science et au Portugal.
Laissant à un habile homme de guerre, Pedro de Menezes, la mission d'occuper les Maures autour de Ceuta, il resta luimême en Portugal, le plus souvent à Lagos dans l'Algarve (i),
(1) Certains auteurs (par ex. Gûnther, Geschichte der Erdkunde, Leipzig und Wien, 1904, p. yS) admettent encore la légende suivant laquelle vers 1415 ou 1420, le prince Henri se serait établi à Sagres dans une ville fondée par lui, pour s'y livrer à l'étude. Il y aurait vécu entouré de cartographes, de géographes, de mathématiciens formant une sorte d'école ou d'académie, à laquelle était annexée un atelier de cartographie. Cette légende, créée pour exalter l'œuvre scientifique du prince Henri, ne repose que sur l'autorité d'auteurs du XV!"* et du XVII<= siècle. D'après les chroniqueurs contemporains du prince Henri (Azurara, Cadamosto, Diogo Gomez), celui-ci n'a habité la villa qu'il avait fait construire à Sagres (villa do infante) que vers 1450. Aucun document signé du prince Henri et antérieur aux dix dernières années de sa vie, n'est daté de Sagres. Le testament de l'infant, testament très détaillé, ne fait aucune mention de l'académie de Sagres, on ne sait rien des hommes qui l'auraient composée et on ne peut citer aucun progrès d'ordre scientifique réalisé par eux. Voir Beazley, Chronicle of Azurara, II, p. cvi et ss., et J. Mees, Henri le Navigateur et l'Académie portugaise de Sagres {Boletim da Sociedade de geographia de Lisboa, février igoS).
34 GRANDES PHASES DE l'EXPANSION
pour diriger contre les Maures une guerre maritime. Mais, afin de lutter contre eux avec plus d'avantage, il chercha à se mettre en rapport avec les communautés chrétiennes qui, d'après certaines relations, existaient en Ethiopie et avec le prêtre-roi chrétien, le prêtre Jean, dont Marco Polo, Rubruquis, Carpini et d'autres voyageurs avaient célébré la puissance: Dans ce but, il envo3'a des navires chercher vers le sud, le long de la côte occidentale d'Afrique, une route qui, contournant le Maroc, menât vers l'est, c'est-à-dire vers l'Ethiopie et vers l'Inde, où l'on plaçait le royaume du prêtre Jean. Avec l'aide de ces coreligionnaires, le prince Henri se proposait de prendre les Maures à revers, tandis que les troupes de Ceuta les attaqueraient de front. Si ce plan réussissait, il devait évidemment rendre la situation des Maures très précaire.
Mais, au dire d'Azurara, son biographe, en envo3"ant des navires explorer la côte occidentale d'Afrique, le prince Henri n'avait pas uniquement pour but de ruiner la puissance des Maures. Il voulait aussi, par curiosité scientifique, connaître le pays situé au sud du cap Bojador. Il espérait enfin découvrir de nouveaux peuples qu'on pourrait convertir à la foi chrétienne et trouver des pays avec lesquels le Portugal nouerait des relations commerciales ( i).
Dans quel ordre d'importance ces divers buts se classaient-ils aux yeux du prince Henri? Les a-t-il tous poursuivis dès ses premières entreprises ou, ce qui est plus probable, les a-t-il successivement aperçus, sans avoir au début d'autre désir que de combattre les Maures et de faire explorer la côte au sud du cap Bojador? A quel moment conçut-il l'idée qu'on pouvait atteindre les Indes (2) en longeant vers le sud la côte d'Afrique?
(1) AzuRARA, ch. VII, I, p. 27, — Beazley, Chronicle of Apirara, II, p. lx et ss. — Major, Henry the Navigator, p. 99 et ss. — Ruge, Zeitalter der Entdeckungen, p. 3;.
(2) On a beaucoup disserté sur le but exact des voyages du prince Henri. M. -H. ViGNAUD [La lettre et la carte de Toscanelli sur la route des Indes par l'Ouest, Paris, igot) a soutenu que, jusqu'à l'époque de Jean II, les Portugais n'ont eu en vue que l'Inde du prêtre Jean, l'Inde d'Afrique, c'est-à-dire l'Abyssinie. 11 est beaucoup plus probable que par Inde, ils entendaient l'Inde asiatique, c'est-à-dire le pays d'où venaient les épices et les pierres précieuses. C'est seule-
Les sources que nous possédons ne nous permettent pas de répondre à ces questions avec certitude. Mais on se tromperait en considérant l'établissement de relations commerciales comme d'importance secondaire aux yeux du prince Henri. Ses préoccupations scientifiques et religieuses ne lui faisaient pas dédaigner les bénéfices matériels que ses entreprises pouvaient rapporter soit à lui-même, soit à son pays. La façon dont il réglementa l'exploitation des îles Madère et Açores et le commerce de l'île d'Arguin, nous le révèle même comme un homme d'affaires expérimenté (i). Le désir d'apporter par une large expansion outre mer de nouvelles ressources à son pays, est né chez lui, semble-t-il, dès les premières découvertes faites par ses marins, sinon au début même de ses expéditions (2). Très tôt en effet, peut-être dès l'époque de son premier séjour à Ceuta en 14 15, il dut acquérir la conviction que ses entreprises produiraient des résultats lucratifs bien que la possibilité d'atteindre par la voie du sud le royaume du prêtre Jean et les Indes restât très problématique.
Personne ne savait où se trouvait le royaume du prêtre Jean. On le plaçait d'ordinaire en Asie, du côté des Indes, le pays d'où venaient les épices et les pierres précieuses, le pays de toutes les merveilles. Mais on n'avait qu'une idée fort peu
ment à l'époque de Jean II qu'on identifia le prêtre Jean avec le Négus d'Abyssinie. Avant cette époque, tous les géographes plaçaient ses Etats en Asie. — Angel de Altolaguirre, Cliristobal Colon y Pablo del Po:{io Toscaiielli. Madrid, igo3, ch. VI.
(1) Cf. Braga, Histon'a da universidade de Coimbra, I, p, i Sy, d'après des études commencées par le D'" J. Teixeira Scares.
(2) M. HuRoi^ [Systèmes coloniaux et peuples colonisateurs, p. Sy), indique comme cause unique des premières explorations maritimes des Portugais a la situation avantageuse de leur pays », situation « dont l'esprit mercantile plutôt que scientifique de leurs princes sut profiter. Leurs progrès furent lents, comme il convient à des négociants qui risquent peu à la fois dans une entreprise douteuse ». Ces assertions de M. Dubois ne sont pas conformes à la vérité historique. Les princes de Portugal jusqu'à Jean II, que par dérision la cour appela le roimarchand, étaient des chevaliers et non des hommes d'esprit mercantile. Ce ne sont pas eux qui prirent l'initiative d'explorer la côte d'Afrique, mais le prince Henri, membre de la famille royale, il €st vrai, mais qui agit pour son propre compte, comme aurait pu le faire tout autre grand seigneur. — Les découvertes se firent lentement, non par esprit de spéculation, mais parce que les chefs des expéditions manquaient d'une préparation scientifique et technique suffisante.
36 GRANDES PHASES DE l'EXPANSION
précise des limites et même de la position des Indes. On comprenait souvent sous ce nom les Indes orientales, l'Arabie méridionale, l'Ethiopie et l'Afrique orientale. Quant à l'espoir de les atteindre en suivant la côte occidentale de l'Afrique, il reposait uniquement sur l'hypothèse d'une communication entre la Guinée et le Nil (i). La forme et les dimensions de l'Afrique étaient absolument inconnues. On ne pouvait donc évaluer la distance qui séparait le Portugal des Indes et, bien que plusieurs cartographes du XIV^ siècle eussent dessiné la partie méridionale de l'Afrique en forme de péninsule effilée, on ne croyait pas qu'il fût possible de la doubler (2).
Au contraire, on possédait des renseignements beaucoup plus précis et plus certains sur la Guinée. Les géographes chrétiens connaissaient, peut-être par les écrits des Arabes, l'existence, au sud du Grand Désert, d'un pays habité par des nègres et très riche en or, qu'on appelait Gana ou Guinoa.
Le prince Henri était mieux documenté que personne sur les caractères géographiques et la situation de cette région, sur les ressources commerciales qu'elle possédait. Aux renseignements puisés dans les œuvres des géographes de son temps, s'en joignaient d'autres plus certains et infiniment plus précis, qu'il avait recueillis à Ceuta de prisonniers maures ou de marchands, sur les caravanes arabes qui, à cette époque, circulaient entre Tunis, Timbouctou et la Gambie. Il avait même obtenu d'eux l'indication de certaines particularités dans la disposition des palmiers garnissant l'embouchure du Sénégal ou Nil occidental, qui devaient permettre à ses marins de reconnaître aisément l'embouchure de cette rivière (3).
(1) Cette communication est indiquée sur la carte catalane de i3-j5, et sur celle des frères Pizzigani de iSôj (Ruge, Zeitalter der Entdeckungen, p. 78.) Quand les Portugais arrivèrent au Sénégal, ils crurent avoir découvert une branche du Nil. (Voir AzuPARA, ch. LX.) En i4Si, l'opinion courante était encore qu'ils étaient parvenus jusqu'au Nil. (Cf. la bulle de Sixte IV : ad ostium ciijiisdam magni
Jluminis Nili commiiniter repiitati pervenissent. Alguns documentos, p. 48.)
(2) Peschel, Zeitalter der Entdeckungen, p. 58. Au milieu du XV^* siècle, on croyait encore que l'Afrique finissait au sud dans une région de ténèbres où la navigation était impossible. Voir la carte de Fra Mauro de i^5g.
(3) Peschel, Geschichte der Erdkiinde, p. 190 et p. 197. — Ruge, Zeitalter der Entdeckungen, p. 78. — Beazley. Chronicle of A:^urara, II, pp. xliii-xlvui. — Sur Timbouctou, voir Félix Dubois, Tombouctou la Mystérieuse.
L'abondance et la précision des renseignements que le prince avait su réunir, nous expliquent la fermeté avec laquelle il poursuivit la réalisation de ses projets sans se laisser rebuter par les échecs, par les dépenses, par les critiques, sans avoir égard à la tradition universellement admise à son époque que, sous la zone torride, toute vie cessait. Il savait que si ses marins ne découvraient ni la route des Indes, ni le royaume du prêtre Jean, ils parviendraient tout au moins à une terre peuplée et riche (la Guinée), oii le Portugal pourrait trouver de précieux débouchés pour ses marchands et un vaste champ d'action pour ses missionnaires.
Mais avant d'atteindre aucun de ces résultats, le prince Henri avait de colossales difficultés à vaincre.
Il avait tout d'abord à former des équipages et des capitaines assez hardis pour se risquer sur des mers inconnues que l'imagination naïve du moyen âge remplissait de terribles mystères.
Pour les marins portugais de ce temps, comme pour ceux des autres pays, la mer qui s'étend au sud du cap Spartel vers le cap Bojador, n'était plus l'océan Atlantique tels qu'ils le connaissaient, mais la « Mer Ténébreuse » si féconde en dangers. L'aspect revêche de la côte qu'ils devaient longer pour atteindre le cap Bojador, cette côte basse, embrumée, bordée de dunes de sable, dépourvue d'ancrages et d'aiguades, était bien propre k leur faire croire que celui qui tentait de franchir le cap Non marchait à une mort certaine (i) et qu'au delà de la zone tempérée, aucun homme ne pouvait vivre.
Pendant longtemps ni les ordres du prince Henri, ni l'attrait des récompenses qu'il pouvait leur accorder comme grand maître de l'ordre du Christ et comme gouverneur des Algarves, ne parvinrent à leur faire surmonter ces craintes.
Mais il ne suffisait pas au prince Henri d'inspirer à ses marins l'audace qui leur manquait. Pour rendre leurs explorations aisées et fructueuses, il devait les mettre à même de naviguer hors de la vue des côtes et de noter sur une carte
(i) Q uem passai- o cabo de Nâo ou tornara, ou nâo. Ce cap est situé par 29° 18' lat. N. (Cf. RuGE, Topographisclie Studien, p. 97.)
^8 GRANDES PHASES DE l'EXPANSION
leurs découvertes. Cette partie de la tâche du prince Henri n'était pas la moins délicate à une époque où la science nautique, encore bien peu avancée, était transmise plutôt par la tradition orale que par l'écriture.
Henri le Navigateur trouva un auxiliaire précieux dans son frère Pierre. Depuis l'époque du siège de Ceuta jusqu'en 1428, celui-ci visita la plupart des pays d'Europe et y entra en relations avec de nombreux savants ; il réunit une si riche collection d'œuvres littéraires et scientifiques, qu'à sa mort, la bibliothèque de la cour de Portugal était réputée l'une des plus considérables de l'Europe (i).
Le prince Henri fut également aidé par un certain nombre de savants étrangers. L'histoire ne nous a pas conservé leurs noms, sauf celui d'un certain Jacome ou Jaime de Majorque, homme très versé dans l'art de la navigation, excellant à dresser des cartes et à construire des instruments. Au prix de grands sacrifices pécuniaires, le prince le décida à venir communiquer son savoir aux marins portugais (2). Grâce à ce savant et à d'autres peut-être, les sciences qui se rattachent à l'art nautique, progressèrent en Portugal. En 1431, le prince Henri créa à l'université de Lisbonne une chaire de mathématiques (3) et nous savons par le témoignage d'Azurara, de Diogo Gomez et de Cadamosto que ses pilotes utilisaient la boussole et savaient prendre des hauteurs d'étoiles au moyen du quadrant. Ils faisaient également usage de cartes marines. Cependant leur habileté, soit comme astronomes, soit comme cartographes, n'atteignait pas encore, vers la fin de la carrière du prince Henri, celle des peuples maritimes d'Italie, car lorsque le roi Alphonse V voulut, en 1457, posséder une carte du monde montrant les découvertes faites par les Portugais, il en confia la construction à Fra Mauro de Venise (4).
La construction navale, par contre, avait fait de grands
(1) Braga, Historia da universidade de Coimbra, I, ch. IV.
(2) Barros, Asia, dec. I, liv. I, ch. XVI.
(3) Th. Braga. Historia da universidade de Coimbra, I, p. i35.
(4) RuGE, Geschichte des Zeitalters der Entdeckungen, p. 9S. — Beazley, Chronicle ofAi^urara, II, pp. cxl et ss. — Peschel, Gescliiclite der Erdkunde» p. 236.
progrès et, au dire de Cadomosto, bon juge en sa qualité de Vénitien, les caravelles portugaises étaient les meilleurs voiliers de l'époque. Ce n'en étaient pas moins de petits bâtiments dont la valeur nautique n'était pas très grande. Les dangers de la navigation sur des navires d'aussi faible tonnage, l'insuffisance des connaissances scientifiques, l'état particulier de l'atmosphère le long de la côte nord-ouest de l'Afrique, atmosphère souvent trouble et chargée de poussière, tous ces motifs joints à l'inexpérience des matelots et de leurs officiers, expliquent la lenteur avec laquelle s'effectuèrent les explorations organisées par le prince Henri.
C'est seulement en 1434 que Gil Eannes, écuyer du prince, dépassa le cap Bojador et ouvrit la série des voyages vers des terres complètement inconnues (i).
, Jusqu'alors, et malgré les ordres formels du prince, les flottes envoyées chaque année contre les Maures, se contentaient de longer la côte au nord de ce terrible cap sans oser le franchir. Parfois même, cédant à la crainte que ces parages leur inspiraient, elles se bornaient à courir sus aux Maures dans la Méditerranée, rachetant par quelques prises leur désobéissance aux ordres du prince (2).
L'occupation, en 1425, des îles Madère, découvertes fortuitement vers 14 18-1420, ne compensait pas les échecs essuyés dans l'exploration de la côte d'Afrique. Le prince n'avait pas été plus heureux dans ses efforts pour acquérir les îles Canaries où il eût trouvé d'excellents points de relâche et beaucoup de terres fertiles. Sur le refus du roi de Castille de lui concéder ces îles, le prince Henri demanda au pape la permission de les conquérir. Le pape y consentit. Mais devant les protestations de la Castille, Jean d'Aviz invita son fils à ne pas laisser partir la flotte qu'il se préparait à envoyer aux îles Canaries (1424).
Le prince Henri obéit. La question de la propriété des îles Canaries fut débattue devant le concile de Bâle en 1435. La Castille se basa, pour réclamer les îles Lanzarote et Fuerte-
(1) AZURARA, II, p. X.
(2) AzURARA, Ch. Vin.
Ventura, sur la prise de possession qu'en avait faite, en son nom, Jean de Béthencourt, mais à l'égard des autres îles, elle ne put invoquer que sa qualité d'héritière des rois Visigoths qui, d'après une tradition, avaient occupé les Canaries.
Le concile ne prit pas de décision. Mais le pape, sans se prononcer sur la valeur assez problématique des droits de la Castille, engagea le roi de Portugal à renoncer aux îles Canaries (i).
Les résultats pratiques obtenus jusqu'en 1434 par le prince Henri, se bornaient donc à la possession des îles Madère et à la reconnaissance de la côte d'Afrique jusqu'un peu au delà du cap Bojador. C'était un mince succès pour près de vingt années d'efforts continuels. Il fallait au prince Henri une foi robuste dans le triomphe final pour renouveler ses expéditions chaque année malgré leur insuccès, d'autant plus qu'il avait à lutter, non seulement contre la timidité de ses agents, mais contre l'opinion publique de son pays. On s'indignait en Portugal de voir le prince, par pur caprice, disait-on, hasarder des vies nombreuses et dépenser des sommes considérables dans des expéditions inutiles. Et l'on ajoutait qu'au lieu de chercher de nouvelles terres où une partie de la population portugaise pourrait s'établir, il aurait mieux fait de peupler les nombreux districts du royaume qui manquaient d'habitants (2).
Le hardi voyage de Gil Eannes au delà du cap Bojador (1434) ne produisit pas immédiatement de résultats importants. Deux expéditions envoyées en 1435 et 1436 prolongèrent jusqu'un peu au nord du cap Branco (Blanco) la côte reconnue par Gil Eannes, mais sans rapporter d'indications sur les productions du pays, ni sur sa population. Un seul dédommagement fut offert vers cette époque aux efforts du prince Henri : le pilote Diego de Séville retrouva, vers 1437, sept des îles Açores, en suivant les indications d'anciens portulans italiens (3).
(i) Voir Al^iins doaimentos, pp. 3 et 4, les allégations de l'évêque de Burgos au concile de Bâle et la bulle Dudiim cum du 3i juillet 1436.
(2) Barros, dec. I, liv. I, ch. V.
(3) Mees. Hist. de la découverte des îles Açores, p. 72.
A partir de cette année et jusqu'en 1441, les explorations furent suspendues à la suite d'événements qui retinrent toute l'attention et l'activité du prince Henri.
Pour répondre aux vœux de son frère cadet, Fernand, désireux d'acquérir la même gloire que ses aînés, le prince Henri obtint de son frère Edouard, qui occupait alors le trône de Portugal, l'autorisation de conduire une nouvelle croisade contre les Maures. Le roi ne donna son consentement qu'à contre-cœur. Une grande partie de son conseil, son frère Pierre, les représentants des communes, le pape lui-même qui avait été consulté, étaient hostiles à ce projet : il devait entraîner de fortes dépenses et, même en cas de réussite, imposer au Portugal de nouvelles charges^ en lui donnant plus de forteresses à défendre en Afrique.
Mais le roi refusa de retirer le consentement qu'il avait donné au projet de ses frères. Le principal motif qu'il invoqua pour justifier cette entreprise devant les Cortès, fut son désir de contribuer à une œuvre pieuse pour la rémission de ses péchés et de conserver à son royaume la haute réputation militaire que son père lui avait fait acquérir (i).
Le corps expéditionnaire avait été mal organisé par suite des hésitations du roi et du mauvais vouloir du peuple. Il ne comptait que 2000 cavaliers, 1000 archers et 3000 fantassins, soit moins de la moitié de la force qui, au début, avait été jugée nécessaire. Beaucoup de Portugais, obligés au service militaire, avaient préféré s'exposer à la confiscation de leurs biens plutôt que de prendre part à une entreprise dont le succès leur paraissait fort douteux (2).
Le prince Henri néanmoins marcha de l'avant et conduisit sa petite armée à l'attaque de Tanger. Mais, au lieu d'assaillir immédiatement la ville, il tergiversa et laissa aux Maures le temps de réunir une armée beaucoup plus nombreuse que la sienne. Assiégé dans son camp, il ne put se retirer avec ses troupes que grâce au dévouement de son frère Fernand qui resta en otage entre les mains de l'ennemi. L'infant Jean
(1) Discours prononcé à Leiria (août 1436), Ruy de Pina, p. 1 ig.
(2) Oliveira Martins, Osfilhos, p. 223.
le Brave tenta vainement de le délivrer par la force. Le roi essaya de le racheter, mais les Maures ne voulaient lui rendre la liberté que moyennant la rétrocession de Ceuta. Volontiers le roi eût sacrifié cette ville pour sauver son frère, mais la majorité de son conseil fut d'un avis contraire. Les motifs que ses conseillers firent valoir, n'étaient pas d'ordre économique. Ils ne prétendaient pas qu'il y eût un avantage matériel à conserver Ceuta, mais ils estimaient indigne d'un prince catholique de restituer aux musulmans une ville où l'on avait construit des églises chrétiennes.
Les Cortès se prononcèrent également contre la restitution de Ceuta aux Maures ( i). Rien dans leurs délibérations ne nous autorise à croire qu'elles adoptèrent cet avis pour des raisons d'intérêt matériel. Elles pouvaient cependant déjà à cette époque apprécier la valeur de Ceuta comme centre commercial. Une bulle du pape Eugène IV (Preclaris tue) du 25 mai 1437, avait autorisé les Portugais à trafiquer avec les Maures sauf en munitions de guerre (2). Ceuta formait évidemment une excellente escale pour les marchands qui useraient de cette autorisation.
Quels que fussent les motifs qui déterminèrent les Portugais à ne pas restituer cette ville aux Maures, leur décision était grosse de conséquences. En la prenant, ils approuvaient la politique d'intervention en Afrique que Jean P"^ avait inaugurée, et ils acceptaient l'éventualité très probable de nouvelles guerres avec les Maures, soit qu'il fallût défendre Ceuta contre leurs attaques, soit que la possession de cette ville fît naître le désir d'organiser de nouvelles croisades contre les infidèles.
L'entreprise contre Tanger, puis des troubles qui survinrent en Portugal à la mort du roi Edouard (1438), forcèrent le prince Henri à interrompre pendant quelques années les explorations sur la route de Guinée. Mais à peine la paix étaitelle rétablie dans le royaume (1441), qu'il envoyait vers ce
(1) Cortès de Leiria de janvier 1438 (Rdy de Pjna, pp. 175-181). Quatre partis se formèrent au sein des Cortès. Un seul se prononça pour l'abandon de Ceuta.
(2) AlgiDis dociimentos, p. 5.
pa3''s deux nouvelles expéditions, l'une sous le commandement d'Antam Gonçalvez, l'autre sous celui de NunoTristam. La première avait pour unique objet de prendre un chargement de peaux et d'huile de loups de mer, auxquels des expéditions précédentes avaient déjà donné la chasse dans ces parages. Mais son commandant, un jeune chambellan du prince, fit plus qu'il ne lui était ordonné : il s'empara de quelques indigènes qu'il ramena en Portugal (i).
Le prince fut extrêmement satisfait de ce résultat, car il désirait beaucoup avoir à sa disposition un certain nombre d'indigènes qui, après un séjour en Portugal, pourraient servir de guides et d'interprètes à ses capitaines et les aideraient à propager la foi chrétienne. Cependant, en dépit des ordres formels du prince, aucun de ses officiers n'avait pu, avant Antam Gonçalvez, se saisir d'un indigène.
Henri le Navigateur vit dans l'arrivée de ces premiers captifs un gage de succès pour ses projets à l'égard des Maures. Résolu à redoubler d'efforts contre les ennemis de la foi, il demanda et obtint du pape Eugène IV une indulgence plénière pour tous ceux qui coopéreraient à ses expéditions contre les Maures, soit sous son commandement direct, soit en vertu d'instructions données par lui (1442) (2). C'était un moyen d'accroître le zèle de ses collaborateurs et de réduire au silence ses adversaires en mettant ses entreprises sous le patronage du saint-siège.
Les caravelles qui revinrent d'Afrique quelque temps après celle d'Antam Gonçalvez, apportèrent la preuve que le pays nouvellement découvert, tout différent de celui qui se trouve au nord du cap Bojador, était habité et offrait des ressources commerciales. L'activité du prince Henri, à partir de cette époque, ne fut plus dirigée d'une manière aussi exclusive vers la reconnaissance de nouvelles côtes. Il s'efforça de tirer un profit commercial des parties déjà explorées et d'y fonder des établissements coloniaux.
Tandis que certains capitaines cherchaient une route vers les
(1) AzuRARA, ch. XII et XIII.
(2) La bulle est reproduite par Azuraka, ch. XV.
« Indes » et le «pays du prêtre Jean », d'autres ne dépassaient pas le Rio do Ouro ou la baie d'Arguin et y prenaient des peaux, des gommes, de la poudre d'or et surtout des esclaves.
La plupart des escadres armées uniquement dans un but commercial, n'appartenaient pas au prince Henri, mais à des particuliers qui entreprenaient le voyage à leurs risques et périls et, au retour, remettaient au prince le quint de leur cargaison. Un revirement complet s'était fait dans l'opinion des Portugais à l'égard des entreprises du prince Henri, depuis qu'elles avaient atteint un résultat positif et faisaient espérer de riches bénéfices. « Quand on vit arriver le premier charge- » ment d'esclaves et le second qui le suivit presque immédiate- » ment, et quand on apprit qu'un troisième était en mer avec » Nuno Tristam, le blâme fit place aux éloges, l'infant fut » appelé un nouvel Alexandre (i). »
De toutes parts, mais principalement des Algarves où s'organisaient les expéditions, on demanda au prince Henri de pouvoir envoyer des navires en Afrique. Le prince accueillit nombre de ces demandes à la condition que les vaisseaux navigassent sous la bannière de l'ordre du Christ (2). En 1445, quatre ans seulement après le retour d'Antam Gonçalvez, 36 navires firent voile vers la côte occidentale d'Afrique. Ce développement de la navigation nécessita la fondation de colonies. En 1448, on érigea un établissement permanent, protégé par un fort, à la baie d'Arguin, qui fut pendant une série d'années la partie de la côte la plus fréquentée par les Portugais.
Nonobstant le risque de susciter en Castille de nouvelles protestations, le prince Henri essaya derechef, en 1445-1446, de créer un établissement aux îles Canaries. Il lui était impossible de trouver entre le Portugal et Arguin une meilleure escale. Ses agents n'ayant pu vaincre la résistance des habitants de l'île Gomera, l'infant acheta à l'héritier de Jean de Béthencourt tous les droits qu'il possédait sur l'île Lanzarote, moyennant une rente annuelle et perpétuelle de 20.000 réaux
(1) AZURARA, I, p. 61.
(2) AzURARA, I, p. 62.
CONQUÊTES d'ALPHONSE V AU MAROC (1458-1471) 45
blancs (1.480 francs) (i). En 1447, Antam Gonçalvez fut nommé gouverneur de l'île. Il en prit immédiatement possession au nom du prince Henri (2).
Pendant ce temps, les explorations vers le sud continuaient. A la mort du prince Henri (1460), elles avaient atteint au moins Sierra Leone.
En dehors du fort d'Arguin, on ne signale pas, à cette époque, la construction de forts ni l'établissement de garnisons dans les terres nouvellement reconnues. Aucune puissance ne contestant au prince Henri le droit d'exploiter ces régions à titre exclusif, il n'avait pas à prendre de mesures pour défendre éventuellement les droits qu'en sa qualité de découvreur, il s'attribuait sur elles. Il avait eu soin, d'ailleurs, de faire consacrer ses droits par le pape. La bulle Romamis pontifex du 8 janvier 1454, défendait à tout chrétien de se rendre sur les côtes d'Afrique depuis le cap Non jusqu'à l'extrémité de la Guinée, sans l'autorisation du roi de Portugal dont le prince Henri était le représentant (3).
Tandis que ce dernier donnait à son pays de riches domaines coloniaux dans l'Océan et en Sénégambie, son neveu, le roi Alphonse V (1448-1481), s'efforçait d'étendre les possessions portugaises dans l'Afrique du Nord. Ce prince, fier de la gloire acquise par ses ancêtres, avait, comme la plupart des fils de Jean I", le tempérament d'un chevalier et d'un croisé. Quand, après la prise de Constantinople par les Turcs, le pape convia les princes chrétiens à s'unir dans une croisade générale contre l'Islam, Alphonse V répondit à l'appel du Souverain pontife et offrit de participer à l'expédition avec 12.000 hommes. Il commença sur le champ ses préparatifs, arma des vaisseaux, mais, aucun prince ne paraissant disposé à s'unir à lui, il dut renoncer à se mesurer avec les Turcs. Ses armements ne devaient cependant pas lui être inutiles. A la nouvelle que le roi de Portugal se préparait à partir pour l'Orient, le roi de Fez avait mis le sieste devant Ceuta. Immédiatement
()) Alguns documentas, p. 12.
{2) AzuRARA, II, p. 287.
(3) Algiins docianentos,p. 14.
46 GRANDES PHASES DE l'EXPANSION
Alphonse V résolut de punir le roi maure de son audace et de chercher au Maroc la gloire qu'il ne pouvait acquérir en délivrant Constantinople.
Divers motifs pouvaient justifier cette expédition, notamment le besoin d'établir sur la côte du Maroc des ports de refuge pour les flottes nombreuses qui se rendaient à Arguin et en Guinée. Mais le côté utilitaire de l'expédition était chose négligeable aux yeux du roi. Le prince Henri l'affirmait aux Maures en disant : « le roi n'est pas venu chez vous pour faire du butin, mais pour servir Dieu et délivrer les chrétiens prisonniers(i)». Quoiqu'il eut avec lui 22.000 hommes, Alphonse V se borna à enlever la petite ville d'Alcacer (1458). Il retourna ensuite en Portugal pour y chercher des renforts.
La mort du prince Henri le Navigateur (1460) survint au moment où le roi préparait la nouvelle expédition qu'il voulait conduire lui-même au Maroc. Le grand maître de l'ordre du Christ mourait en pleine possession de sa gloire, presque divinisé (2), laissant une œuvre inachevée mais assez magnifique et assez appréciée par ses compatriotes, pour que ceux-ci ne l'abandonnassent pas. L'expansion coloniale dont il avait été le promoteur, était devenue pour toujours, grâce à lui, l'objet principal de la politique extérieure du Portugal.
Henri le Navigateur avait choisi pour héritier son neveu Fernand, frère du roi Alphonse V. Mais Fernand se montra peu disposé à poursuivre les entreprises de son oncle. Il fit continuer l'exploration de l'archipel du Cap Vert dont quelques îles avaient été découvertes ayant la mort du prince Henri, mais borna là son activité. Peut-être était-il effrayé des dépenses qu'entraînaient ces voyages. Son oncle y avait employé tous ses revenus et avait contracté en outre des emprunts considérables que son héritier dut rembourser.
Ce fut Alphonse V lui-même qui, épris de l'œuvre accomplie par le prince Henri, se chargea de la continuer. Il fit réparer le fort d' Arguin (146 1) et envoya successivement deux expé-
(1) Cf. ScHAEFER, Geschichte von Portugal, II, p. 485.
(2) « O toi prince à peine moins que divin » écrit Azurara, son biographe, Chronicle of the discovery and conqiiest ofGuinea, ch. II.
CONQUÊTES d'ALPHONSE V AU MAROC (1458-1471) 47
ditions (1461-1462) qui s'avancèrent jusqu'au delà de Saint- George del Mina. La lutte contre les Maures absorba ensuite toute son attention, mais, en 1469, voulant que les découvertes se continuassent sans qu'il dût s'en occuper personnellement, il afferma pour six ans le commerce de la côte occidentale d'Afrique à Fernand Gomez, négociant de Lisbonne, moyennant une redevance annuelle de 300 milreis (9.370 francs) et l'obligation d'explorer chaque année 300 lieues de côtes à partir de Sierra Leone. Ce contrat assez original fut partiellement exécuté par Gomez qui atteignit le Cap Catherine (1° 52' lat. Sud) et découvrit les îles Sâo Thomé, Annobon et du Prince (d'abord appelée île Sainte- Anne) .
Pendant ce temps le roi déployait les plus grands efforts pour conquérir quelques villes sur la côte du Maroc. En 1463 , avec une flotte de ^^8 voiles montée par 23.000 hommes, il tenta une attaque contre Tanger. Repoussé de ce côté, il tourna ses armes sans plus de succès contre la ville voisine d'Arzilla. L'armée revint décimée en Portugal. Cet échec ne découragea pas le roi. Malgré les plaintes de ses sujets, qui voyaient les ressources du ro3^aume dilapidées dans ces expéditions ruineuses, il réunit en 1471, à Lagos, point de départ ordinaire des escadres, une flotte de 477 voiles et la mena à l'attaque d'Arzilla. Grâce aux forces considérables qu'elle portait (24.000 soldats et 6.000 marins et serviteurs), il put enlever d'assaut la ville. Tanger, craignant un pareil sort, se rendit sans résistance.
Ces conquêtes n'étaient assurément pas sans importance. Les deux villes prises avaient une réelle valeur commerciale, comme nous le montrerons dans un autre chapitre ; en outre elles apportaient aux marins chrétiens une utile protection contre les attaques des Maures. Néanmoins les Portugais trouvaient que leur acquisition constituait un dédommagement insuffisant des dépenses qu'entraînait la politique africaine du roi. Mais loin de satisfaire aux vœux de ses sujets en diminuant les dépenses militaires, Alphonse V leur imposa de nouvelles charges pour se faire reconnaître comme roi de Castille à la mort de son beau-père Henri IV. Les Castillans se défendirent
48 GRANDES PHASES DE l'EXPANSION
énergiquement et, en 1479, Alphonse V dut, par le traité d'Alcacevas, renoncer à ses prétentions (i).
L'intervention d'Alphonse V en Castille n'amena qu'un arrêt momentané de l'expansion coloniale du Portugal. Son fils Jean II, qui lui succéda en 148 1, s'inspira uniquement dans sa politique extérieure des principes qui avaient guidé le roi Jean P' et Henri le Navigateur : il prit pour règle, comme l'avait fait Jean P', de maintenir la paix avec la Castille et chercha, dans la voie qu'avait ouverte Henri le Navigateur, les moyens d'augmenter la prospérité de son royaume.
De môme que les autres rois de la maison d'Aviz, il continua la lutte contre les Maures au Maroc, mais sans sans y mettre la même ardeur que son père, Alphonse V, et Henri le Navigateur. Un moment il manifesta l'intention de conduire lui-même une expédition contre eux et obtint du pape une bulle de croisade (18 février i486). Mais l'expédition n'eut pas lieu et les domaines portugais au Maroc ne s'accrurent sous son règne que de la petite ville d'Azamor dont les habitants demandèrent à passer sous la souveraineté portugaise (3 juillet i486) (2).
L'attention du roi se porta principalement vers l'extension des colonies sur la côte occidentale d'Afrique et vers la recherche de la route maritime des Indes.
Les avantages de l'occupation des côtes de Guinée entrevus par Henri le Navigateur, apparaissaient d'une manière tangible à l'époque de Jean II. L'expansion outre mer qui avait semblé une entreprise stérile aux contemporains de Jean P"", était considérée par les sujets de Jean II comme une œuvre féconde et pleine de promesses. Loin de demander l'abandon des conquêtes, les Cortès (1473) priaient, au contraire, le roi de concéder au plus offrant le commerce de la Guinée, à raison des bénéfices considérables qu'il procurait (3). A cette époque les possessions d'outre-mer étaient déjà nombreuses : Ceuta, Tanger, Arzilla, dans FAfrique septentrionale, les îles Madère,
(1) ScHAEFER, Geschichte von Portugal, II, p. 58o.
(2) Alguns documentas, pp. 5" et 58.
(3) Vie. DE S.\NTAREM, Mejnovias para a historia das Cartes, II, p. Sg.