‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 162 sur 173 · REVENUS DES INDES 42 I · texte numérisé non relu

REVENUS DES INDES 42 I

Séville même, il y avait un grand nombre d'étrangers : des Flamands, des Génois et surtout des Portugais. Ils fournissaient des vaisseaux à meilleur marché et des équipages à meilleur compte que les Sévillans. Malgré toutes les mesures protectionnistes prises pour garantir le commerce castillan, les Portugais s'imposèrent de plus en plus (i).

L'obligation de faire les retours par Séville subsista pendant longtemps, mais elle fut donc lettre morte. Les Portugais faisaient leurs retours à Lisbonne et venaient seulement ensuite accomplir leur registre à la Casa de coiitratacion. Ils laissaient à Lisbonne l'or et l'argent qu'ils avaient tirés des Indes espagnoles en fraude. Ils ne tenaient pas à faire leurs retours à Séville, car très souvent ils avaient vu confisquer par le gouvernement espagnol « l'argent des retours». Ils n'avaient reçu en échange qu'une reconnaissance remboursable à plus ou moins longue échéance, ou des titres de rente perpétuelle, etc.. (2).

L'influence que les colonies exercèrent sur la métropole comme débouchés, fut, on l'a vu, de courte durée, mais bienfaisante ; celle qu'elles exercèrent comme sources de production, fut plus longue, mais elle eut des conséquences opposées à celles qu'en avaient attendues les promoteurs de l'expansion coloniale. Il est difficile d'évaluer, même approximativement, les quantités d'or et d'argent que l'Espagne a retirées de ses possessions d'outre-mer. Pendant longtemps il a été impossible de s'en faire une idée plus ou moins exacte. Les évaluations des auteurs du XVIP et du XVIIP siècle ne reposent sur aucune base sérieuse {-i^^. En ce qui concerne les revenus du XVP siècle, les calculs de Humboldt et de Soetbeer sont également controuvés. Les comptes de la Casa de coniratacioii permettent de constater que l'on avait exagéré jusqu'à présent dans de fortes proportions le chiffre des importations des Indes en Espagne pendant la première moitié du XVP siècle.

(1) Scelle, La traite négrière..., t. I, pp. 290 à 3o2.

(2) Scelle, La traite négrière..., t. I, p. 225.

(3) CoLMEiRO, t. II, pp. 410,411. — Soetbeer, Edelmetallprodiiktion (Ergàn- ^ungsfieft, Petermami's Mitteilungen, n" Sy). — Haebler, Die wirtschaftliche Blûthe Spaniens, p. 1 14.

De 1509 à 15 14, la Casa de contratacion enregistra à l'importation en moyenne une valeur de 27.089. 154 maravédis (812.674 fr.); de 1516 à 1523, 17.250.595 maravédis (517.517 fr.)(i). Mais après la conquête de Mexico, la moyenne par an s'éleva beaucoup : l'année 1525 donna 57.703.712 maravédis (1.731.111 fr.). Les cinq années suivantes furent moins productives : leur moyenne fut de 3 2 . 0 6 7 . 1 5 i maravédis (962.014 fr.). La production des métaux précieux des Indes augmenta dans de fortes proportions après l'occupation du Pérou : pendant la décade de 1531 à 1540, elle fut en moyenne de 105.770.427 maravédis (3. 173. 112 fr.);puis elle diminua quelque temps : de 1541 à 1546, la moyenne fut de 82.274.524 maravédis (2.468.235 fr.) et de 1547 à 1550, de 41.660.678 maravédis (1.249.820 fr.) ; mais elle reprit de plus belle après la découverte de mines nouvelles au milieu du XVP siècle : elle atteignit de 1551 à 1555 la mo3'enne, énorme pour l'époque, de 459.941.187 maravédis (13.798.234 fr.) (2). En 1556, elle s'éleva jusqu'à environ 700.000 ducats (8.400.000 fr.) et, les années suivantes, elle augmenta encore.

L'aristocratie laïque et ecclésiastique de la métropole, de même que la bourgeoisie, profitèrent des positions lucratives qui furent créées en grand nombre dans le vaste domaine colonial de l'Espagne. L'administration des possessions d'outre-mer fournit un débouché précieux pour les carrières libérales, les fonctions coloniales étant rémunératrices par les profits indirects qu'elles procuraient. Les vice-rois de la Nouvelle-Espagne et du Pérou jouissaient d'un traitement considérable (3). A ce

(i) J. DE Laiglesia, hos caudalcs de Indias (dans la revue Niiestro iiempo, mars 1904, Madrid), pp. 12 a i5 du tirage à part. — Ces sommes ne représentent pas la totalité de l'or et de l'argent des Indes importés en Espagne. La fraude était considérable.

(2) J. DE Laiglesia, article cité, p. 18. — A cause de la dépréciation des métaux précieux, causée par la grande quantité, ces sommes du milieu du XVI<= siècle ne représentent plus que les deux tiers de ce qu'elles auraient valu au début de ce siècle.

(3) Au XVI I" siècle, le vice-roi de la Nouvelle-Espagne touchait 20.000 ducats, celui du Pérou So.ooo. Au milieu du X\^II* siècle, leurs traitements furent fixés à 60.000 pesos, tandis que ceux des vice-rois de la Nouvelle-Grenade et de Buenos-Ayres furent de 40.000 pesos. — Les colonies constituaient aussi un

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